
Encore une fois, c’est une bonne vieille barcasse de 747-200 qui m’y a emmené ce mardi 1er juin, à la meilleure heure qui soit pour un vol intercontinental : décollage à 16h30 à Orly, ce qui laissait quelques bonnes heures de jour pour s’empiffrer d’images de voyage comme je l’avais prévu.
Mais ce jour-là, couverture nuageuse sur toute l’Europe : les Alpes émergeaient à peine, la Méditerranée était bouchée, la Libye itou, ce qui était un comble. J'avais toujours imaginé le désert de Libye critallin, fort d'images d'Epinal montrant le Colonel Khadafi en méditation transcendentale sous les étoiles, un 21 décembre 1988. Mais nous n'étions pas le vol Pan Am 103 quelque part sur Lockerbie, juste l'AF 688 au cap 140 en direction de Khartoum. Nous avons quand même affronté des murs jaunâtres, sans doute du sable emmené à 30 000 pieds.
Je ne me suis régalé que de passages fulgurants d'Airbus et autres Boeing sur la couche, filant comme des chasseurs. L'espace en était rempli.
Ensuite, une nuit d’encre qui a passé très vite. L’avion était à moitié vide. J’avais trois sièges pour dormir et j’ai dormi comme tout pékin. La honte ! J'ai quand même pu repérer le Nil Bleu.
A l’aube, j’ai retrouvé une ville de Saint-Denis déjà besogneuse et j’ai avalé la route de ceinture ouest comme on avale un médicament : feux, embouteillages façon Porte d’Orléans, et déjà, un soleil non pas ardent, mais puissamment éclairant, la seule chose qui me dépaysait vraiment.

Dépaysé? Surtout pas.
Gros bidon-citerne oublié dans les hauts de "L'entre-Deux", le bout du monde.
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Dépaysé, moi, alors qu'il y a peu, je vivais encore à Biarritz?
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Dépaysé? Pas vraiment...

De Bison Futé à Rosny-sous-Bois, affirmatif, piste claire
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En réalité, l’avion vous fait passer d’un monde à l’autre d’une manière consternante. Encore une fois, j’ai ressenti cette déception d’avoir survolé tout un continent et plus sans en tirer profit. Est-ce la fatigue ou un effet de changement d’hémisphère ?
Toujours est-il que je me suis retrouvé en France, mais dans une France extrême dans tous les sens du mot.

J'y ai même vécu les cérémonies du 18 juin, vu et complimenté l'armée française
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AH-CHOU est patriote, acho eu!
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La langue des sens est universelle. A Saint-Pierre, rue du Four à chaux, un chat reste un chat
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MAIS PARLONS EXOTISME!

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QU'EST-CE QUE LA REUNION?

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Certes, la Réunion n’est pas Tahiti. Ses lagons s’y comptent sur les doigts d’une main et la plupart se meurent. On n’y pêche pas au chalut, ni au harpon sur pirogue à balancier, mais on braconne, ce qui rapporte un ti’monnaie. C'est pourquoi sans doute on ne tient pas toujours à se faire photographier. Un bon chapeau pourvoit. Nos ti'zaffair sont nos affaires.

De la monnaie, on en a bien besoin. Tout est cher, rapport à la douane de mer. Presque tout s’importe : le camembert Président comme le savon de Marseille. C'est normal, mais a-t-on vraiment besoin de reblochon ou d'Etorki sous les tropiques, quand Mémé sait préparer la bonne cuisine ancestrale, riz, lentilles de Cilaos, caris ?

Bouquet "péï": une denrée de contemplatif. Alquimista (qui est orfèvre en botanique) me dit que ce sont des lantanas (voir son commentaire). Elles portent de jolis noms fleuris à La Réunion, tels Ma Bizou ou encore Melle Marie derrière l'hôpital. Il y en a au Portugal. Etonnant, non?
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Ça n’est pas non plus les Antilles, quand bien même beaucoup de Français, pétris à vie de feue l’école de Jules Ferry, récitent encore par cœur - et dans l'ordre établi - Martinique, Guadeloupe, Réunion. Une trilogie géopolitique, témoin de nos gloires sucrières ultramarines. Ils localisent par conséquent l’Île Bourbon quelque part entre Barbade et St Barth’, ou Cuba et St Domingue. Saint-Pierre et Miquelon, la Guyane seraient aussi dans le secteur. Ne riez pas, c'est courant. Plus d'un concurrent des jeux culturels de TF1 s'y est fait prendre!

Cliquez, pour que tout soit bien plus clair encore...
Les Français ne sont pas bons géographes, pas plus que bons historiens. Saviez-vous que les îles Mascareignes tirent leur nom de leur découvreur, un certain Pedro do Mascarenhas, un Portugais comme par hasard ? Je l’ai appris au Musée Stella Matutina de Saint Leu, établi dans une ancienne usine sucrière.

L'Usine morte de Bois d'Olives
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Gros plan sur feue l'industrie sucrière
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Une de ces usines qui se meurent aussi, car le sucre, principale richesse agricole de l’Île, ne paraît pas bien portant. Et la France s’en fout. C’est tellement loin tout ça, vu de Matignon. La preuve en est que lors de sa dernière visite, Jean-Pierre Raffarin s’est vu confier à l’oreille par la ministre ad hoc, que les Réunionnais étaient des enfants gâtés de la subventionnite et que l’Île ne valait pas un clou. Manque de pot, le micro était branché et la petite phrase s’est répandue avec le sucrier. Ah la belle gaffe ! Du Zoreil pur jus !

Couper la canne reste l'emploi de base
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COULEURS LOCALES, le beau cliché!

"Bien grillé l'Île là", autrement dit pistaches en cornets
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On dira tout ce qu’on voudra, on y vit bien tout de même. Là, point de défiance entre gens de couleurs, car tout le monde est couleur Chine, couleur Inde, couleur Comores, couleur Mada, couleur Afriques, du nord au sud. Ça fait un bon mélange et pour lier le tout, il y a le ciment créole.

Cousines germaines: Océane porte bien son prénom. Raïssa aussi. Vive le brassage et le renouvellement des cellules! N'en déplaise à Wagner, à Adolf Mein Kampf et à Céline mon amour
Ma petite nièce en est la preuve vivante, blanche, blonde, mais créole. Une autre preuve de brassage ? On peut très bien rencontrer sur l’Île un Français d’Europe, né au Maroc, élevé à Lisbonne et dont les parents étaient établis à Alcácer do Sal, Portugal, Alentejo…

Coca Rétro: ici, "Maafi mouchkela": Pas de problème...
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Mémé Testac, née Palma,
pur sujet du melting pot
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Et quand je vous aurai dit que Mémé Testac, née Palma, scandait « Viva Pourtougâl » au lendemain du match contre l’Espagne, vous aurez tout compris. Remarquons au passage que pas un Portugais ne sait ce que signifie Ilha da Reunião. Curieuse lacune pour des compatriotes de Pedro do Mascarenhas.

Rien que du sable noir, basaltique
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Côté tourisme, ne vous attendez pas aux plages de sable fin, aux paillotes sous les cocotiers, aux hôtels à la Djerba avec piscine à tous les étages. Ça n’existe pas. L’Océan Indien y est souvent furieux et dépourvu de plate-forme continentale. La lave a seulement émergé des abysses depuis 3 millions d’années. Elle a fabriqué des chaos, des cirques, des gouffres, des pitons. Et la végétation se les est appropriés comme comme nous en avions rêvé dans nos livres d'enfants.

Il y a de tout
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La Réunion est un paradis de photographes, de surfistes gourmands d’adrénaline, de parapentistes, d’amateurs de sports aériens, de randonneurs, de vulcanologues et en définitive, de contemplatifs, race s’il en est, en extinction.

Sur la Lune et au-delà
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Grand roue ou grand paon?
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Le tourisme de masse lui préfère les Seychelles, Maurice, Bali, au grand profit du solitaire capable de s’enivrer d’immensité silencieuse. Car outrepassés le tam tam tamoul, l’appel vibrant du mufti, les électrophones de voisins charmants et les gueuleries de chiens, le vacarme de la route de ceinture, les grands travaux de Saint Pierre down town, l’Île est silence absolu. Parfois même à la Plaine des Cafres, on se croirait dans un alpage bernois.

Vision bernoise de la Plaine des Cafres: simple effet d'altitude
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Coq Marans des Charentes?
Simple effet d'attitude
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Au marché de St Pierre
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Il suffit de monter à l'inspiration, pour entrevoir le Paradis
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C’est ça, la France extrême. Et je l’aime à la folie.
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