(Photo Michel Leveillard)
Au lieu dit Le Mont-Gargan à Rouen, les Allemands avaient installé un canon DCA pour surveiller et protéger la ville.
Un avion de chasse anglais ayant voulu s'approcher, a été atteint par l’artillerie postée sur la colline. Aussitôt, il s’est écrasé au sol.
Ou était passé le pilote? Etait-il vivant? Du haut des miradors, il a été repéré, et la chasse à l'Anglais a vite commencé.
Dès qu’il s’est posé, l’aviateur a réussi à s’extirper de son harnachement de bretelles, puis il a dissimulé son matériel. Il était sain et sauf mais aux abois car il savait que les soldats allemands feraient tout pour le retrouver.
Mais quelques habitants de la colline l‘avaient repéré et s‘apprêtaient à le sauver d‘une mort certaine.
Le premier à lui porter secours fut un vieux vendeur en tous genres du Clos Saint-Marc, ce fameux marché de Rouen.
Pour parer au plus pressé, il a été décidé de le cacher chez un certain Henri Dewaere, rue Annie de Pêne.
Le logement était exigu. Le sauveur habitait avec sa vieille mère, mourante.
L'Anglais, grand escogriffe, devait endosser les vêtements d'Henri. Malheureusement, celui-ci n'avait qu'un seul costume à lui prêter, un vieil habit de cérémonies noir à queue de pie.
Au moment le plus inattendu, on frappe violemment à la porte.
Panique.
Branle bas de combat. Vite, il faut trouver une idée.
L’aviateur s'allonge dans la ruelle du lit de la grand-mère. On pousse le lit au maximum contre le mur.
Puis on fait entrer les visiteurs. Les Allemands trouvent Henry priant au chevet de sa mère, éclairée aux bougies. Bougies, encens, recueillement. L’atmosphère est celle de la mort.
Les soldats se retirent. S’excusent d 'avoir troublé les lieux et courent chercher ailleurs.
La première épreuve est réussie. Mais maintenant, comment se débarrasser de l’intrus?
Au petit jour, Henry, non dépourvu d'imagination, trouve la solution.
Sa charrette à bras ! Elle lui servait à tout faire : porter des légumes, du bois, transporter ce qu'il trouvait et qu'il pourrait revendre.
Il entasse divers objets de brocante, des vieux draps, des chaussures éculées, de la ferraille, des ficelles, « charge » aussi l'Anglais sous des bâches et commence son périple.
Pour ne pas alerter la population, il fait comme chaque jour, la tournée des bistrots, entre la rue de Pêne et le Clos Saint Marc. Il laisse la carriole bien en vue, devant chaque café. Lentement, en plusieurs étapes, il traverse sans encombres toute la villes.
Au marché, les copains viennent « prendre le relais », la livraison, le précieux colis.
Ou est allé ce grand gars ?
On n'a plus jamais entendu parler de lui.
Depuis lors, chacun croit en l’issue glorieuse de cette histoire.
La grand-mère a attendu quelques jours pour vraiment trépasser.
On aurait pu lui décerner une médaille à titre posthume, car ce sont ses râles qui effrayèrent les soldats allemands.
Jacqueline Paulus-Petit
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