(Dédié à Michel Lelandais, 18 ans de Congo et d'histoires rocambolesques)
Brazzaville dans les années 80,
Michel habitait dans un appartement juste en face du commissariat.
Bon. Encore un coup d'état. Manqué celui-là. Mon ami entend des hurlements
désespérés qui fusent du poste de police. Des soldats torturent des hommes,
c'est sûr. Derrière une baie vitrée, il parvient à distinguer un prisonnier qui
reçoit une volée de coups de poings. Le journaliste en herbe saisit sa caméra
super 8 et filme, filme, sans regarder sur les cotés... Un flic
l'aperçoit. On le montre du doigt. Trois militaires
traversent alors la route et s'engouffrent dans l'immeuble. Le voleur d’images
a tout juste le temps de planquer sa caméra dans les culottes sales empilées
dans le panier à linge et fait semblant de faire jou-jou avec un misérable
appareil photos ne contenant que des images de singes du zoo...On frappe. Et
violemment. Le paparazzi amateur
ouvre, son Instamatic quasi vide à la main. Un sous-officier lui confisque
l'appareil ... Lelandais fait mine de ne pas être content et ajoute « qu'il ne faisait que l'essayer...
- C'est bon pour cette
fois-ci...
- D'accord, chef.
Merci, chef. Au revoir, chef... ».
Sur le palier l’adjudant-chef se retourne et, tout en levant un
index accusateur sur le coopérant qu'il soupçonne, ajoute :
« Faut pas me prendre pour un con,
d’accord ?
- Non, non, surtout pas, chef, au revoir chef
!… »
Michel referme la porte. De grosses gouttes de sueur dégoulinent sur son front…
(Une seule attitude devant ces machins-là : baisser la tête...)
JAC, le 17 octobre 2009
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