
"Apologie du Faux" est un petit dictionnaire sémantique illustré des vrais et des faux faux.
"A la vérité, le FAUX nous gouverne. Il règne en petit maître de comédie sur nos actes, nos passions, sur nos vices et nos vertus"

"Apologie du Faux" est un petit dictionnaire sémantique illustré des vrais et des faux faux.
"A la vérité, le FAUX nous gouverne. Il règne en petit maître de comédie sur nos actes, nos passions, sur nos vices et nos vertus"
13/04/2004 dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0)
A la vérité, le FAUX nous gouverne.
Il règne en petit maître de comédie sur nos actes, nos passions,
sur nos vices et nos vertus.
C’est si vrai, que le FAUX (ou tout ce qui en tient lieu) a besoin d’une palette de mille nuances pour s’exprimer, alors que le VRAI tient en un seul mot de quatre lettres. Essayez donc de faire un vrai pas sur une chaussée verglacée. Vous ferez forcément semblant.
Mais les choses ne pourront qu’empirer avec l’utilisation des techniques d’apparence, ce qu’on appelle le virtuel.
Déjà en 1991, Ceaucescu, pourtant vrai tyran, avait pu être déboulonné en partie grâce à la mise en scène du faux massacre de Timisoara.
Fin 98, l’acteur Christian Clavier réussissait à faire illusion (en dépit de sa petite taille) en expédiant dans les airs des centaines de légionnaires romains.
Où en serons-nous demain?

Jossif Djougachvili, alias "Staline"
dans "Les Fourberies de Scapin",
au Théâtre Bolchoï
En attendant, place au Dictionnaire des Vrais et des Faux faux, illustré de quelques trompe-l’œil en porte-à-faux (chronique à suivre)

Abuser
Chez les Romains, la propriété (qui n’était pas encore le vol) n’était complète que si l’on disposait de l’usus (l’usage), du fructus (la jouissance) et de l’ab_usus (le pouvoir de détourner de l’usage).
Que s’est-t-il donc passé dans la grosse tête de notre langue, pour qu’abuser (mal user) devienne tromperie ? Mystère. Pire, le mot abuser n’est guère éloigné du mot amuser qui lui, est aussi tromperie. Construisons une phrase quelconque, pour y voir plus clair :
- Ne m’amusez pas avec vos propos enjôleurs (V. ce mot), je sens bien que vous m’abusez et que vous êtes en voie d’abuser de moi. Otez votre main, je vous prie…
Vu ? Ainsi aurait pu parler Elmire, s’adressant à Tartuffe ou l’Imposteur (V. ces mots).
Accroire
Comme si le mot croire ne suffisait pas!
Il a fallu que la langue lui rajoute un préfixe pour bien signifier que faire croire est une chose, mais que faire accroire en est une autre pire.
Faire accroire, c’est tromper.
Ainsi, lorsque certains visionnaires veulent nous faire accroire que des petits hommes verts ont atterri dans leur jardin ou, dans un tout autre domaine, que des témoins dignes de foi ont bavardé avec la Vierge comme je vous cause, méfiez-vous!
Air (faux air)

"Zoreil".
Mot désignant le blanc de métropole en créole réunionnais
Avoir l’air est déjà faux en soi. Prendre de faux airs l’est encore plus.
Affecter, affecté
Mot compliqué que le plus doué des traducteurs japonais serait incapable de manier à bon escient dans une notice d’utilisation d’appareil électronique.
Seuls quelques Français lettrés savaient encore faire la distinction entre
l’affectation d’un haut fonctionnaire à la tête du gouvernement
et l’affectation dudit premier ministre à servir les intérêts de l'Elysée.
Ainsi, sur cette seule nuance, fut remercié Michel Rocard.
Dans un sens, affecté désigne un fait avéré (choix du premier ministre) et dans l’autre, il désigne une fausse attitude: "Y faisait rien qu'à m'énerver à la Roche de Solutré, avec ses airs affectés de disciple
de Tonton " (François Mitterrand in "Pourquoi j'ai viré Rocard").
Comment nous y retrouver dans cette langue difficile et ambiguë ?
Cerf brouillant les pistes
Alias
C'est l’autrement dit des Latins en plus court. Il désigne aujourd'hui l'autre l'identique, le jumeau, le clone. Il fut naguère employé comme agent de liaison pour servir de pseudonyme.
Exemple fameux : Fernand Contantin, alias Fernandel (V. Grimacier).
Les informaticiens qui sont plus latinistes qu'on ne le prétend dans les bouillons de culture, l'ont emprunté à César (alias Julius, alias IL Duce) pour désigner une copie de logiciel. L'option Créer un alias qui figure sur les menus Macintosh est la preuve de cet emprunt à la culture classique.
Il n'en est pas moins vrai que l'alias est et restera un faux.
Question: où est l'épicentre?
Ami (faux ami)
Il n'est de faux amis que chez les étrangers. Nous Français, nous n'avons que de vrais amis. Et quelle tristesse de traduire un faux ami!...
Etant entendu qu'un traducteur est un traître (traduttore, traditore...), le faux ami se déguise donc sous un semblant d'alias (V. alias) pour mieux nous faire queuter notre compo d'anglais.
Ex: actually. Une saloperie so british de mot faux-cul!
Le potache traduit logiquement actually par actuellement. Erreur grave !
Cette légèreté conduit inévitablement à 5 points de penalty avec cette mention en marge, gribouillée avec une rage jubilatoire par la main assassine du prof :

Amphigourique
Vient du grec amphi, qui veut dire « des deux côtés ». Littéralement discours farfelu, rempli de galimatias. Mais que signifie donc être des deux côtés, sinon jouer le double jeu ?
Aplomb (Faux)
Avoir de l’aplomb, c’est avoir l’audace d’affirmer une contre vérité. C’est soutenir que la Tour de Pise ne penche pas et que son faux aplomb ne présente aucun caractère dangereux.
Quant à l’expression :
– Vous alors, vous ne manquez pas d’aplomb !
Elle est symptomatique de l’exagération, donc de la fausseté. C’est encore la Tour de Pise qui prétendrait avoir un penchant pour le contraire de ce qu’elle est.
Apocryphe
Que le mot vienne du grec apocryphus ne nous touche guère dans la vie quotidienne. Par contre, que des visiteurs inopinés sonnent chez vous et vous proposent quelques apocryphes de la Bible, voilà de quoi donner matière à discussions sur le pas de la porte. Cela ne fait aucun doute.
Appeau
Voilà encore un mot qui a été inventé pour faire illusion auprès de nos amis les oiseaux. Un petit canard en bois ou en plastique (dit apoplexi), un miroir aux alouettes, une palombe électronique qui crie « t’as de beaux yeux, toi, tu sais ! » sont autant d’appeaux utilisés par les chasseurs pour leurrer le gibier.
En Gascogne, les paloumeyres savent même imiter à la perfection le langage des palombes. Ainsi, il n’est pas rare que des mâles hétéro colombophiles s’y trompent et roucoulent en réponse « je t’aurai, l’appeau ». On comprendra dès lors que les dindons de la farce soient aussi appelés « des pigeons » (voir infra escroc).
Arracheur de dents
Pour ajouter à l’ambiguïté, voici deux versions :
Version 1
Figure emblématique de la fausseté et du mensonge. Mentir comme un arracheur de dents est une formule tombée en désuétude depuis que les dents sont l'objet de soins génétiques in utero déjà et qu'elles ne s'arrachent plus à la tenaille. On les extrait.
L'extraction est exceptionnelle et point n'est besoin de mentir sur l'intensité de la douleur. L'injection transgingivale même, pratiquée dans les règles de l'art nouveau de l’odontologie, est indolore. Seule la sensation d'avoir la gueule qui enfle jusqu'à péter reste pénible, le temps que le curare fasse son oeuvre. Tout se passe mieux en définitive qu'au temps de Diafoirus, mais nul chercheur n'a encore pensé à anesthésier l'ouïe qui perçoit de désagréables crissements de cuvette de chiottes en train de céder sous le marteau du démolisseur.
Et si le praticien est masqué de nos jours, ce n'est pas pour dissimuler sa jubilation quand sourd l'hémorragie sous le davier et la lancette (acier au chrome et non fer Le Creusot), c'est pour ne pas inséminer ses propres germes buccaux dans la cavité d'autrui.
Version 2
Figure emblématique de la fausseté et du mensonge. Mentir comme un arracheur de dents est une formule tombée en désuétude depuis que les dents ne s'arrachent plus dans les foires agricoles.
L'arracheur de dents patenté proposait deux tarifs:
- C'est deux sous la dent avec douleur et c'est cinq sous sans douleur.
J'arrache ton chicot avec ou sans douleur?
Authentique!
Artificiel
Est-il besoin de souligner que ce mot traduit l’habileté humaine et non la main inspirée de la Divine Nature ?

Balivernes
Propos futiles et creux. Mot proche des très jolies calembredaines (V. ce mot).
L’usage commun qui tend indéfiniment vers la réduction du langage, lui préfère – hélas – baratin, vraiment très vulgaire. Exemple :
– Tu vois cette gonzesse, là ? Eh ben je l’ai baratinée.
Baratin
A la même gonzesse que précédemment :
– T’es un bon plan tu sais…
– Désolée, machin, mais j’te sens pas.
C'est-y pas bien envoyé? Ça c’est du baratin.
Barbie (V. aussi fausse blonde)
De tout temps, l’homme a eu besoin de poupées pour tromper son ennui. Dans la poupée, tout a l’air vrai, mais tout est faux. Cheveux, voix, peau, zizi, pipi, c’est tout faux.
Cela dit, gardons-nous de critiquer cette invention, sous le prétexte fallacieux (V. ce mot) que la Barbie symbolise l’insupportable société bourgeoise américaine, imbibée de puritanisme.
Le droit à l’insupportable est inaliénable et sacré, témoin ce monomaniaque des Barbie qui consacre son œuvre de vie à leur destruction par solution finale, comme d’autres (plus nombreux) la consacrent à leur collection de poupées. Consultez le TVBP, The Visible Barbie Project, pour vous en convaincre.
Baudruche
Le meilleur exemple de baudruche reste encore le mythe de la grenouille qui veut se faire aussi grosse qu’un bœuf.
Le mot s’applique aussi et en particulier aux humains. Un(e) dégonflé(e) se reconnaît aux plis flasques qui enlaidissent son corps et qui trahissent son manque de courage.
La baudruche est en fait un(e) menteur(euse) qui voudrait se faire aussi gros(se) qu’un bœuf, voilà la vérité.
Bercer
Utiliser de manière trompeuse un doux mouvement alternatif réservé à l’apaisement des bébés. Un nourrisson qui crie alors qu’il a déjà tété, que sa couche est propre et que ses dents ne sont encore qu’une minuscule petite graine est un bébé qui vous berce.
Ne vous laissez pas davantage bercer par des mots sucrés si vous possédez de l’argent, un bien quelconque, mais de valeur ou un haut poste de responsabilités.
La technique du berceau est redoutable. Elle est celle de l’escroc (voir ce mot) par excellence. Elle endormira votre confiance et vous serez fait.
– Apprenez que tout flatteur…
Bernard-l’hermite
Faux mollusque et squatter de coquille qui se déguise en minable crustacé, évitant ainsi de payer impôts, CSG, taxe d’habitation, loyer etc.
Berner
Action qui n’a strictement rien à voir avec la capitale administrative de la Suisse, quand bien même certaine grande banque se serait rendue coupable d’avoir berné les Juifs en faisant main basse sur leurs biens, en complicité avec le 3ème Reich.
Le sens est tout autre. Enfant, vous avez sans doute subi ce petit jeu qui consiste à vous placer au centre d’une couverture et de vous faire sauter comme une crêpe.
Ce jeu, c’est la berne, de l’arabe burnus.
Faire suer le burnous viendrait-il de là ?
En tout état de cause, la berne étant une brimade qui a pour but de ridiculiser, berner s’est forgé le sens de subir la berne.
La plume et le goudron sont une brimade du même tonneau, mais en plus noir.
Bide
Expression de théâtre qui signifie à peu de choses près faux succès.
Bidon
Mot qui résonne le faux, surtout quand il est vide.
Bidouiller
A l’origine, voulait dire arranger un truc avec les moyens du bord. Mais il y a tant de trucs bidon en circulation qu’on n’a pu s’empêcher d’appliquer le mot à tout ce qui est falsifié.
Bigot
Robert nous en apprend de belles. Il paraît selon lui que le mot aurait été le surnom des Normands qui se signaient à tout bout de champ, pour un yes, pour un no, comme des bigotes bretonnes en s’exclamant : by god !
Blonde (Fausse. V. aussi Barbie)
La vraie blonde ne présente aucun intérêt, à la différence de la fausse qui nous interpelle toujours, car elle excite l’imagination et perturbe les masses.
Regardez bien une fausse blonde droit dans les yeux, surtout si ses sourcils sont très fournis, d’un brun d’ours sans équivoque et que palpite une ombre de poils follets à la lisière de sa lèvre supérieure. Avouez qu’il y a de quoi gamberger.
Une vraie blonde qui serait astucieuse aurait donc tout intérêt à se teindre en fausse blonde afin de ne pas mourir dans l’indifférence. Mais ce cas, heureusement, reste rare.
Généralement elle renonce au premier essai dès qu’elle constate la déconvenue de son partenaire.
Bluffer
Mot du Nouveau Monde né dans les tripots clandestins. Le bluff consiste à voûter les épaules, faire tomber les sourcils et pousser des soupirs accablés quand on possède un full aux as par les rois (contre un autre bluffer tout juste chargé d’une paire de valets).

This stone faced man
is bluffing some rich partner.
Actually (voir faux ami) he is working
to win the Empire State Building
against Rockefeller.
Mais c’est du bluff!
Body building (V. gonflette)
Rien n’est plus faux qu’un muscle hormoné. Ne vous attendez donc pas à un couplet musclé sur la hideur des selfbodybuiltmen et autres shippendale qui ont pourtant le pouvoir de mettre les groupies cinquantenaires dans des transes intimes à faire rougir un hygromètre blasé : l’image n’est pas d’un goût certain, mais elle a le mérite d’être criante de vérité. Il faut voir l’hystérie pour y croire.
Bond (Faux)
Chez l’humain, faire faux bond consiste à poser un lapin à une carpe qui fait le poireau. L’acte se traduit généralement chez la victime par une consommation anormale de cigarettes, d’apéritifs et par une grande soif de vengeance entrecoupée de regrets.
Chez le kangourou, le faux bond est une sorte de feinte, comme une espèce de commencement de dribble non suivi d’effet.
Bourdon (Faux)
Abeille mâle à la courte vie qui ne copule qu'une seule fois (et encore s'il a de la chance et n'est pas trop emprunté) lors du vol dit nuptial. Son honey moon se résume à « dzim dzim dzim ».
Une fois sa semence ensemencée, il est éjecté comme l'amant de la mante, mais à sa différence, il est précipité dans l'abîme.
Bourres (raconter des)
Le bourre est du remplissage. Raconter des bourres, c’est comme raconter des craques. Bourrer le crâne, le chou ou le mou, c’est faire accroire que les vaches, dès le soir venu, se juchent sur les pommiers.

Luciano Pavarotti jouant du violoncelle
sans chaise dans le "Concerto d'Aranjuez"
Bruit (Faux)
Intéréssant, sémantiquement et humainement parlant. Car un bruit est ou n’est pas. S’il y a bruit, il y a bruit. Mais il y a mieux dans le genre obscur. Prenez « il paraîtrait qu’un bruit court »…Voilà de quoi nous interpeller, du moins les durs d’oreille qui n’ont plus qu’à le suivre des yeux pour le percevoir. Mais à quoi reconnaîtront-ils le vrai du faux bruit ?
On s’y perd dans ces faux. C’est d’ailleurs le but du jeu. Faux bruit, rumeur (voir ce mot), calomnie et l’on voit le pauvre diable, menacé comme un coupable sous cette arme redouta-â-bleu…Don Basile en connaissait un rayon dans ce domaine.
Bien sûr, dans le faux bruit, rien n’est vrai. Mais il n’y a pas de fumée sans feu, direz-vous.
Exemple caractéristique de faux bruit

Mé réconnaissez-vous?

Cafard
« Ô vous les arracheurs de dents, tous les cafards, les charlatans, les prophètes »… (voir ces mots)Brassens réintroduisait ainsi le mot cafard à sa vraie place dans la chanson « Oncle Archibald ». Le cafard n’est pas seulement une blatte, mais un renégat, un kafir comme disait le prophète Ali, très justement. Parti du sens de mécréant, c’est-à-dire d’incroyant, le cafard s’est muté en son contraire, en bigot et en bigote. Mais à trop en faire les bigots sont devenus faux dévots, cagots, hypocrites, tartufes. Curieux retournement de situation!
Quant au verbe cafarder, beurkh ! Le cafteur est une balance sournoise, un cafard qui ne mérite qu’une giclée de fly tox.
Cagot
Faux dévot. Faut-il le répéter ?
Calembredaine
En voici un joli mot, cossu, fleuri, ventru si ce n’est pas ventripotent, dans la veine des mots chansons, fadaises, fariboles (V. ces mots) et autres sornettes de nos grand-mères.
Nos temps iconoclastes, vulgaires et « populophiles » ont hélas préféré remplacer « foin de tes calembredaines » par « arrête tes conneries ».
Captieux
Dans la belle forêt landaise, est un village du nom de Captieux qui cachait encore dans les années 75 d’anciens bordels fast food destinés à l’origine aux GI’s qui stationnaient sur les bases voisines, avant que De Gaulle ne les renvoie mastiquer bovinement leur bubble gum en leurs sweet homes du Machasucette.

Le voyageur innocent qui s’y arrêtait pour boire un petit café était évidemment trompé. Le café lui était servi par une vieille pute délabrée qui non seulement insistait pour se faire payer un bourbon à 50 balles, mais aussi pour faire visiter les piaules, car disait-elle, il était dangereux de reprendre la route sans avoir tiré son coup. Selon elle, je cite : « le voyageur risquait de se prendre la zigounette dans le volant et de filer droit dans le pin », fin de citation.
C'est pourquoi le parking n'abritait que des Routiers Sympas, en RTT ou en "pause asperge".
Ce conte à dormir debout procède pourtant de la pure vérité. Je persiste et signe.
Captieux (qui vient du latin capere, prendre) désigne ce qui induit en erreur.
Fausse route, amigos!
En Suisse romande, "sex" se prononce Sé
et signifie "pierre", "rocher".
Carotter
Veut dire jouer très petit. C’est vite devenu tricher. Carotte est devenu antisèche, ce qui n’apporte pas d’eau au moulin.
Chafouin
Croisement des amours torrides entre une fouine et un chat sauvage. Le chafouin pue comme un putois, griffe, sue la ruse. Cela se voit sur sa petite gueule en pointe. Mais alors, si ça se voit, où est la ruse, direz-vous ? Vous avez raison. Ce mot est une bizarrerie dans le monde du faux. Un peu comme le secret de polichinelle.

Un conseil cependant : méfiez-vous des petites gueules chafouines. Et si vous en aviez une (ce qui nous étonnerait), profitez-en tout de même. Il y a tant de gogos sur terre que vous trouverez bien une victime à plumer ou à cafarder.
Chansons (que cela)
On doit à Molière (qui s’y connaissait en matière de fourberie, de tartuferie, de maladie psychosomatique) la fameuse réplique :
- Ce sont des chansons que cela : je sais ce que je sais
Tout est dit, non ?
Chanterelle
Il ne s’agit pas ici du champignon si succulent en omelette, fût-il fausse chanterelle, mais de la corde la plus aiguë du violon.
Appuyer sur la chanterelle est une manière de vouloir convaincre de façon abusive. On lui préfère aujourd’hui le mot pipeau (voir ce mot) bien qu’on continue à mimer le geste du violoneux cirant son stradivarius comme savait si bien en jouer Louis de Funes.
Charlatan
Voici un mot chargé. Il pourtant parti de presque rien, venu d’Italie où ciarlare signifiait parler avec affectation (voir ce mot) et emphase. Celui qui ciarlava est devenu bonimenteur en somme, casseur d’assiettes dans les foires, vendeur de bidules, de pilules, arracheur de dents (voir ce mot), mauvais médecin, guérisseur de tout et de rien, abusant de la crédulité publique, escroc (voir aussi ce mot où l’on retrouve notre cher grand ami Croze Marie, ex-patron de l’ARC, désormais sorti de cabane, mais clamant toujours son innocence. Dont acte.).
Chèque (en bois)

Monnaie scripturale par opposition à la monnaie fiduciaire, du latin fiducia qui signifiait confiance.
Autant la fausse monnaie fiduciaire est difficile à imiter, autant le chèque en bois est facile à sculpter.
Tout un chacun peut multiplier ses largesses sur un chèque, à la condition de savoir écrire une somme en lettres, ce qui n’est pas donné à tout le monde.
Le fameuse règle des mille et des cents complique et limite l’exercice. C’est pourquoi un chèque de DEUX EUROS n'a strictement aucun intérêt, contrairement à un chèque de UN MILLION TROIS MILLE DEUX CENT QUATRE VINGT DIX SEPT EUROS à l’ordre de moi-même.
Ce dernier en effet, présente non seulement un intérêt économique, mais en plus, un intérêt orthographique non négligeable.
Cils (Faux)
Il semblerait que seules les biches aient de vrais longs cils bien répartis en éventail, fournis, réguliers, noirs de kohl. Pas comme ces porcs bretons aux soies jaunasses ou rouquinoïdes qui grouinent dans des mégaporcheries soi-disant modèles, puant le lisier et infestant la nappe phréatique.
Les vrais beaux cils sont ceux de Bambi, le personnage de Walt Disney, pas Michel Jackson dont les cils sont des implants de martre ou de loutre issus de poils de pinceau japonais.
Pour avoir l’œil de biche, celui qui fait fondre le chasseur, il faut avoir de faux cils, ceux de Bambi, car la nature humaine est incapable de fournir des kits suffisamment fiables.

- Fais attention, Cécile, ne te frotte surtout pas les yeux quand tu as sommeil. Il n’y a rien de plus désopilant qu’une rangée de faux cils sur un oreiller.
Circonvenir
Pour comprendre ce mot à consonance circulaire qui signifie embobeliner, entortiller (V. ces mots), reportons-nous à la stratégie enveloppante de l’araignée.

Elle capte sa proie (elle est captieuse) en l’entourant de fils, la paralysant un peu plus à chaque tour. Quand la mouche est bien engluée, circonvenue justement, elle lui injecte sans risques son poison, le laisse dissoudre la bonne viande et aspire le nectar nourricier. Il ne reste plus de la mouche qu’une carcasse desséchée.
Tout le travail de l’escroc (voir ce mot) consiste à appliquer la stratégie de l’araignée à sa victime.
Clé (Fausse clé. V. Rossignol)
Que dire, mon Dieu ? Aidez-moi ! Qu’un cambrioleur se soit introduit chez moi avec une fausse clé me fait une belle jambe. C’était une clé, voilà tout. Et ce n’est pas ma faute si la serrure était une fausse serrure, j’entends par là une vacherie bon marché achetée en promotion pour deux francs six sous.
L’assureur a refusé de m’indemniser au motif qu’il n’y avait pas eu effraction, me soupçonnant, moi, la victime (!) d’avoir oublié de fermer la porte à clé, voire…d’avoir organisé - pourquoi pas ?- une arnaque (voir ce mot) à l’assurance.
Non, vraiment, la fausse clé ce n’est pas mon truc.
Bien fait pour moi.
Col (Faux-col)
Au commencement, il y avait le col en celluloïd amovible qui permettait aux petits-bourgeois de paraître propres sans changer de chemise.
L’ouvrier, l’artisan, eux, ne portaient pas de faux-col. D’abord, ils se débarbouillaient tous les jours à la pompe, dehors, par n’importe quel temps. Ils avaient horreur du faux-col, symbole de la petite autorité du contremaître. C’est pourquoi au bistrot, ils demandaient toujours à être servis sans faux-col, c’est-à-dire sans cette dose de vide que le bistrotier avait intérêt à ne pas remplir pour mieux garnir ses poches.
- Eh, une lichette ici, une autre là, à la fin de l’année, ça fait des frais !

Avec comédien, on ne saurait être davantage dans le faux.
Mais il faut distinguer le professionnel (voir illustration ci-dessus) de l’amateur pour être juste. Le premier exerce un art de la simulation. Plus il simule, plus il est vrai. Le second est vraiment un tout petit faussaire, un moins que rien. Plus il joue la comédie, moins on le croit :
- Joue pas la comédie Alfred, je sais très bien que tu as pris une maîtresse !- Moi ?
Là enfin, on vous laisse le soin d’y mettre le ton et avouons-le, ne nous mentons pas, ce n’est pas facile. Nous avons volontairement limité la réplique à un seul mot, afin que vous puissiez répéter à loisir.

Ne nie pas, Bill, ton nez remue...
Contes
A l’origine récit de faits réels, le conte est devenu le b-a ba du faux, de la fiction.
Et c’est encore Molière qui gagne le Tartufe d’or de l’illustration sonore avec cette réplique :
- Ce sont là des contes à dormir debout…
Manque de pot, le vers ne fait que onze pieds. Au comédien de ramener un pied en prenant le sien.
Copie
Dans cet ouvrage, seule nous intéresse la copie en tant qu’objet falsifié, contrefaçon, imitation, reproduction interdite d’un document protégé, tel celui que vous tenez en mains.
Par contre, rien ne vous empêche d’en citer les meilleurs (tout comme les pires) définitions.
Dans une pièce de Jacques Audiberti (L’Effet Glapion), l’un des protagonistes s’étonne que les billets de la rançon ne soient imprimés qu’au recto. L’autre protagoniste (Jacques Dufilho, le livreur de rançon), lui réplique :
- Mais Rembrandt lui-même ne peignait que d’un côté !
Applaudissements mérités.
Couche (Fausse)
C’est un sujet dont il est difficile de rire, sauf quand il s’agit d’insulte : résidu de fausse couche valait son pesant de mépris dans la classe de CM2, juste avant le fameux
- T’as ouar’ ta gueule à la récré, eh barbot !
S’ensuivait alors un pugilat qui se soldait par un pif en compote et une blouse déchirée.
Mais la belle image placentaire est aujourd’hui très peu usitée. On lui préfère des mots plus durs, mais déjà éculés tel pédé.
Dommage.
Résidu...l'insulte est dure
Con (Faux)
Nous sommes ici sur le fil du rasoir.
Un mot de travers et l’auteur prête dangereusement le flanc à la critique, voire à la vengeance.
C’est pourquoi, par prudence, il préfère s’en tenir à un trompe-l’œil dont il ne risque en fait que les foudres de l’armée israélienne, surtout celles des vieux cadres survivants qui auraient bien connu le général borgne Moshé Dayan, aujourd’hui disparu.

Craques
Le Petit Robert ne consacre que deux lignes à ce mot. A nous de combler la lacune en bidouillant (voir ce mot) le texte de la respectable institution.
CRAQUES [kRak]. n.f. generalt plur (1826 ; de craquer « mentir », 1649). Pop. Hâblerie, mensonge par exagération. « L’auteur d’Apologie du Faux nous a raconté des craques, nous faisant accroire que des petits hommes verts avaient débarqué dans son jardin ». (Alain Rey). V. Balivernes, bourres, chansons, contes, fictions, OVNI, romans, sornettes etc.
Cela fait quand même neuf lignes sur le sujet des craques qui le méritait bien.
Cul (Faux)
Hypocrite, encore lui !
Allez savoir pourquoi la langue a choisi faux cul plutôt que fausse tête.
Mais comment ce fait-ce ?
A SUIVRE...
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