Zaïre River…
Cinq mille personnes vivent et s’agitent sur une longue barge qui se vide et s’emplit au fil des escales. Un ferry bardé de fer rouillé, collé à cinq autres bateaux sur le trajet Kinshasa- Kisangani. Embarcations elles- mêmes fixées, accrochées, accostées en permanence par 150 pirogues. Le capitaine Kilundu Katiana dit : « Ce n’est pas seulement un bateau, c’est aussi un service social. » Il n’y a plus de route dans le pays et les autres navires sont trop peu nombreux. C’est aussi le seul marché, la seule pharmacie, la seule clinique, le seul bar à des centaines de kilomètres à la ronde. Sur le pont, des femmes lavent leur linge, brossent les cheveux des enfants, prennent elles- mêmes leur douche en s’aspergeant d’eau puisée dans le fleuve à l’aide de boîtes à lait en poudre. Elles épouillent des petits, abattent des singes, épluchent des bananes Plantain, font la cuisine pour leur famille, rêvent à voix haute, font l’amour dans des cabines étouffantes de deuxième et de troisième classe, encombrées de caisses, de marchandises et de nourriture fumée. Des hommes dépècent une chèvre, éventrent un caïman, décapitent un poisson- chat, tandis que les soupes mijotent, les brochettes grésillent, les purées de manioc fument.
O ! Que ma quille éclate ! O ! Que j’aille au fleuve m’étonner de cette humanité poignante de vie dure et cruelle !
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