(Johnny, lors de mon dernier voyage à Madagascar en juillet 2007)
Johnny, chauffeur à Tananarive, gagne dans un concours un billet d’avion Air-France pour Paris.
Il est fou de joie. Une occasion unique de sortir du pays.
Mais, après les premiers moments d’euphorie, vient le temps des préparatifs du voyage et des formalités, complexes pour un ressortissant malgache. Il lui faut tout d’abord un passeport. C’est long. C’est cher. Il faut ensuite donner des adresses pour obtenir le visa français.
A Paris, où aller ? Il ne connaît personne. Alors, il contacte des Hollandais, des touristes qui l’avaient invité aux Pays-Bas plusieurs années auparavant. C’est chose faite.
Quelques semaines plus tard, il atterrit à Roissy, puis prend le TGV pour Rotterdam. On l’accueille. Il est heureux..
Cependant, il y a une ombre au tableau : ses hôtes doivent se rendre dans la journée à leur travail. Impossible pour eux de lui faire visiter la région. Ils laissent donc Johnny, seul, à leur domicile.
Que fait-il ? Curieux de prendre le pouls du pays, il arpente les rues de la ville.
Mais, dans cette banlieue, les voisins soulèvent discrètement les rideaux à son passage et se méfient de ce « basané » qui erre dans leur quartier.
Ils préviennent le commissariat.
Le lendemain, on frappe à la porte. Contrôle d’identité. Les policiers veulent connaître l‘emploi du temps de l‘étranger.
Johnny ne comprend pas ce qui lui arrive.
Quelques jours plus tard, ses hôtes sont obligés de lui confier la garde de leur enfant de 10 ans, car l’école est fermée.
Comble de malchance, le soir même, le garçon se plaint auprès de ses parents que Johnny lui a mangé son yaourt…
Cris, pleurs, explications.
Sans autre forme de procès, on le renvoie à Madagascar.
Des années ont passé. Il ne regrette pas son voyage. Au contraire, il est très fier d’avoir pu se promener un peu en Europe et ne tient rigueur à personne.
JAC, le 23 juin 2012
Les commentaires récents