10 janvier 2012, Kampot, Cambodge,
Une belle-mère peut toujours ruer dans les brancards. Un cheval se cabrer devant une mouche qui passe. Mais une moto cambodgienne, dans une côte très raide, peut aussi refuser d’avancer et se retourner sur ses passagers.
La roue avant s’est dressée vers le ciel. A cet instant, le conducteur avait la tête en bas.
Il a crié.
J’ai sauté.
(Notre tuk tuk, quelques secondes avant de se retourner contre son maître. Le guidon et les rétroviseurs sont encore intacts. Notre foi en ce mode de transport aussi.)
Mais comme le tuk tuk reculait, mon pied d’appui s’est trouvé déséquilibré.
Alors, tout a chaviré. Les arbres, les échoppes, les graviers. Par miracle, mon sac à dos a amorti ma chute, tête en arrière, sur l’arrête coupante d’un muret.
Fracas de la moto sur le sol.
Océane, Léna, Guylène s’extirpent, sautent comme elles peuvent, de la cabine. Pas une égratignure.
Et moi, allongé confortablement par terre, empêtré dans la sangle de mon appareil photos et les bretelles de mon sac, incapable de me relever seul.
Après ma récente chute de trottinette, il manquait un véhicule à mon palmarès déjà étoffé.
C’est chose faite. Tomber d’un tuk tuk khmer classe son homme.
Telles sont mes pensées terre à terre au moment où l’on m’applique un pansement au coude.
Le soir même, après avoir recousu mon pantalon au niveau du genou, nous avons regardé le film « La Déchirure », histoire de trouver une chute à notre journée mouvementée.
JAC, le 20 janvier 2012
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