C’est une vieille règle en bois, ébréchée, tordue, maculée de taches d’encre, de stylo bille, griffée de mots en partie effacés, illisibles.
Elle n’est plus de grande utilité pour tirer des traits droits. En revanche, elle serait parfaite pour tracer des courbes. Enfin, au moment des fortes chaleurs, elle fait un excellent gratte-dos.
D’ où vient-elle ? Quel âge a-t-elle ?
Les premières traces de sa longue existence remontent à 1926, époque où mon père faisait son service militaire au Maroc, à Kasbah Tadla.
Elle s’est imprégnée là-bas de l’atmosphère confinée du bureau des « Affaires Indigènes ». Longtemps elle a respiré les odeurs de tabac fort, supporté les effluves tenaces des habits des soldats.
(Je suis troublé par le personnage de droite...Il nous rappelle quelqu'un qui nous est cher. Photo prise en 1926. Merci à Kasbatadla.skyrock.com)
Après deux ans passés dans l’infanterie, elle a voyagé en bateau de Casablanca à Marseille. Puis, accompagné mon père de bureau en bureau, dès sa première affectation à Bacqueville en juin 1928, jusqu’à la table de la cuisine de la maison familiale où il avait coutume d’écrire des lettres ou de vérifier des comptabilités.
Bien sûr, elle a connu la guerre et fait de nombreux séjours dans les perceptions de la région.
Elle n’a pas subi que les injures du temps. Pendant ces trente dernières années, beaucoup d’enfants se sont servi de sa surface lisse pour y exprimer leurs sentiments.
Malheureusement, les « sculptures » puériles ont tendance à disparaître. On croit encore deviner ici un « Je t’aime » gratté au compas, là, une insulte à tout ce qui freine l’ardeur de la jeunesse : l’autorité, l’ordre, les règlements, les lois.
(On peut deviner encore trois de ces slogans célèbres sur la règle. Est-ce une survivance de la règle de trois?)
En 1996, la règle a pris l’avion pour un long voyage jusqu’à La Réunion.
Désormais, elle repose en paix sur une étagère. Je la déplace de temps en temps, au gré des souvenirs de voyages, statuettes Masaï ou coffrets de Zanzibar.
Depuis un an, elle somnole entre une poupée longiligne d’Indonésie et une pipe à opium du Cambodge.
Voilà. A mes yeux, la règle dort.
15 AVRIL 2013,en parcourant Sur le Zinc :
Réponse à ta suggestion de la photo,à droite :
Avec une loupe,je pencherais bien pour la même personne !!!
Quiquine.
Rédigé par : jpaulus petit | 15/04/2013 à 10:36
Non, car lorsque je ne comprenais pas les problèmes de trains qui partent en retard,des autres qui les rattrapent...les robinets dont le débit est défaillant,la baignoire trouée...
je recevais une grosse enguelade ,mais pas de coups de règle .C'est à ce moment là que mon cerveau se mettait en "hibernation" et jétais
tétanisée,guichet fermé !!
Notre Père n'était pas un pédagogue, et pourtant,il y mettait tout son coeur .
Quiquine.
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 11/11/2011 à 05:35
Jacqueline, as-tu d'autres souvenirs ou des anecdotes concernant cette règle ?
Rédigé par : jac | 11/11/2011 à 02:57
Cette règle qui fut noire est en bois veiné ,moi aussi, je la vois comme si je l'avais quittée hier !!!
Souvenirs ...
Quiquine .
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 10/11/2011 à 12:44