Depuis le 17 août, jour de la rentrée des classes, une bouteille cassée gît sur un trottoir à deux pas d’une école primaire. Ainsi, depuis près de trois mois, elle a vu passer des milliers de jambes et de voitures.
Tous les matins, ma fille et moi, nous la saluons et plaisantons sur son triste sort. Au fil des jours, les morceaux se déplacent un peu, au gré des rafales de vent, des pas maladroits des passants ou des coups de pied rageurs de quelque déséquilibré. Parfois, des débris de verre disparaissent, éparpillés par le hasard, mais l’essentiel de la structure reste identifiable, à peu près à sa place.
Aujourd’hui, 24 novembre, l’épave éclatée ne pourra malheureusement pas fêter ses 100 jours de présence au milieu du trottoir de la rue François Isautier : deux gardes zébrés de jaune fluo, armés de balais et de pelles ramasse-tout, l’ont poussée sans ménagement au fond d’une poubelle.
Dois-je écrire aux autorités municipales pour leur rappeler quelque gestes fondamentaux sur l’entretien de leur ville ?
Mais, en définitive, qui tiendra compte de ma lettre ?
Ne risque-t-elle pas de finir comme beaucoup d’autres, à la corbeille ?
Ou de déambuler l’âme en peine d’un bureau à un autre ?
Une bouteille à la mer, en quelque sorte.
JAC, le 24 novembre 2011
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