Pour toi, petit frère,
C’est un long gourdin terminé par des nervures complexes. Quand on le tient dans la main, on ne craint pas de traverser, même à minuit, la plus lugubre des banlieues. Il rassure, réconforte et, pour tout dire, insuffle le bien-être.
L’ex-président de Madagascar, Didier Ratsiraka, a coutume de toujours tenir un morceau de bois à la main. Ce « bois de fer », comme on l’appelle à la Réunion, l’aiderait à se concentrer, il serait un porte- bonheur indispensable, un talisman précieux. Je ne suis pas loin de penser que cet objet qui repose sur une de mes étagères, a un effet bénéfique sur le déroulement de ma journée, et, quand je le saisis, j’entre un peu en communion avec lui, car je connais son histoire...
Il y a près de 58 ans, nous étions trois garçons grimpés sur des vélos un peu rouillés, trois jeunes fous obsédés par la vitesse dans les descentes, les dérapages sur les racines ou les sprints improvisés dans les sentiers de la forêt. Mon frère Jean-Claude, alors âgé de douze ans, gardait un œil sur le petit que j‘étais, de six ans son cadet, tout en essayant de suivre le rythme infernal que nous imposait Gerhard, un correspondant allemand.
Lors d’une petite pause dans les sous-bois, notre ami germanique, habitué au grand air et aux jeux virils, a saisi une liane à la base d‘un arbre, et tel un tarzan de la jungle, s’est mis à tourner, à tourner autour du tronc, libérant à chaque tour, une longueur de plus en plus impressionnante de la tige flexible. Au fur et à mesure, les cercles qu’il décrivait, prenant de la vitesse et de l’amplitude, faisaient craindre le pire.
Bientôt, l‘acrobate, conscient du danger, a préféré lâcher prise et préparer sa chute.
Trop tard.
Après un vol plané spectaculaire, quasi horizontal, son corps devenu poupée de chiffon est allé, tête la première, percuter un sapin. J’entends encore le choc sourd de sa nuque sur une branche.
Notre ami ne bougeait plus.
Pour nous, à l’évidence, il venait de mourir devant nos yeux.
En hurlant comme des fous, nous nous sommes précipités sur lui. Il gisait, inanimé, les bras en croix.
Jean-Claude criait, pleurait, le giflait, le secouait, lui prenait la main.
Soudain …miracle ! Le casse-cou a ouvert les yeux. Puis il a bafouillé en riant :
-Arrête, du me bostillonnes dans mon gueule !
Il faisait chaud ce jour-là. La vie était belle. Et nous ne le savions pas. Comment Gerhard avait-il pu survivre à une telle chute ?
En examinant le point d’impact sur l‘arbre, nous avons trouvé une étrange liane, enroulée sur elle-même, présentant une boursouflure élastique, une formidable excroissance couverte d’un épais tapis de mousse. C’est ce qui lui a sans doute épargné une fracture du crâne..
Alors, pour montrer dans le village la tige miraculeuse, il l’a découpée au couteau et ramenée à la maison.
Très vite l’objet est devenu un trophée, un fétiche, une arme de défense, un symbole familial, que sais-je.
Au fil des années, le bois a durci et pris de la patine. Chacun se plaisait à sculpter sur le manche quelques signes, un cœur, un crâne, des initiales.
Un jour, l’objet est devenu arbitrairement propriété de mon père, après qu’il ait décidé de s’en servir comme massue, pour se défendre en cas d’attaque. L’arme reposerait désormais sur le plancher, à portée de sa main.
A la mort de nos parents, en 96, Jean-Claude a tenu à garder ce souvenir, pour une durée de dix ans.
La dernière fois que je l’ai vu, c’était au Portugal, en juin 2007, il m’a remis solennellement le précieux bâton de maréchal.
Depuis trois ans, il m’arrive parfois de penser que cette massue ligneuse garde aussi quelques traces de l’aura de mon frère.
JAC, le 27 octobre 2011
Oui, la porte d'entrée avait 3 verrous:CLAC,CLAC,CLAC ...
On sait bien que les voleurs ne pénétrent pas
par les entrées principales...mais cet étrange gourdin était rassurant .
Comme arme, j'ai un sifflet ,comme mes voisins sont "durs de la feuille ", je pourrais siffler longtemps il n'y aurait pas d'écho !
Quiquine .
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 02/11/2011 à 16:18
Je me souviens de ce morceau de bois mais je ne savais pas quelle était son origine; toujours sur la table de nuit de Pépé,au cas "où"!!!
Pépé et M2M2 AVAIT AUSSI l'habitude de fermer les portes intérieures à clé des fois que quelq'un rentre, il n'aurait pas pu aller bien loin!!
Quand Jean-Claude arrivait à Montérolier, la maisonnée s'agitait et tout le monde était heureux, c'était la rigolade assurée!!!Jeux de mots, contrepètrie, dessins humoristiques et grosse bouffe pour les anniversaires du 2 novembre!!!J'y vais aujourd'hui mettre une plante et beaucoup de pensées pour tous les trois.
Gros boujous Valérie
Rédigé par : valerie | 01/11/2011 à 09:44
Le 29 Octobre 2.008 était un Mercredi.Compte tenu du décalage horaire entre le Cambodge et
Rouen,je n'ai connu la nouvelle que le 30 .
Vers 8 heures du matin,j'ai reçu un appel téléphonique de JACQUES, mon frère ,il passait des vacances là bas.J'étais heureuse ,j'allais avoir des nouvelles de son séjour :
La voix était bizarre ,et j'ai su qu'au Portugal,JEAN CLAUDE n 'était plus .Incompréhension,déni,distance font que maintenant, je me méfie toujours quand je décroche un combiné !!!
Mais ne soyons pas tristes, JEAN CLAUDE c'était la joie de vivre,il nus reste ses écrits, ses peintures ,ses anecdotes drôles, ses bon mots, jamais vulgaires .
Son air moqueur, on le devine toujours;
Continue de nous éclairer ,mon frère , et veille sur nous, nous en avons bien besoin .
Tu as rejoint Georges BRASSENS, lui aussi parti un 29 OCTOBRE 1.981.
QUIQUINE .
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 29/10/2011 à 06:13
Quand Jean Claude arrivait sur un terrain d'aviation, il entrait dans un état second:Plus la peine de lui parler,au sol, il était déjà en l'air;
A Bernay,avec les avions MUDRY,il me laissait vendre ses tee shirts,casquettes ornés du CAP 10 .je regrette de ne pas avoir gardé de spécimen :Je lance une bouteille à la mer:Qui aurait encore un auto collant ou une casquette en double ??
Merci Michel frérot VIKING pour cet hommage si amical et touchant . Quiquine .
Quiquine .
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 28/10/2011 à 06:09
Merci du fond du coeur, frérot viking. Merci pour lui. Le bruit de la manivelle....Magnifique.
Rédigé par : jac | 27/10/2011 à 15:02
Mon cher p'tit frérot Viking Jac et ma chère p’tite Frangine Viking Quiquine ... Oui NOUS sommes famille…
Merci d'avoir posté ce message et l'autre ci-dessus en la mémoire de notre cher frérot Jean-Claude...
Ces 3 années quand il nous a quitte le 29 octobre 2008 sont déjà bien loin dans le passe mais il et bien loin d'être oublie et il ne le sera jamais tant que vous... toute votre Famille et tous ses amis ne l'oublierons pas...
Tous tes souvenirs de lui Jac et les tien Quiquine sont précieux pour moi car vous avez eu le bonheur de le connaitre en personne... moi je ne l'ai connu que "Sur le Zinc"... par E-mails et avec quelques coup de téléphone de temps a autres mais je savais que j'avais plus qu'un copain j'avais trouvé le frère que je n'avais jamais eu...
Nous avions tant partagé sans se connaitre... le terrain d'aviation du Madrilllet à Rouen... l'Aero club de Normandie... Notre amour commun du Stampe le sujet de plusieurs de ses si beaux tableaux et même des choses banales tel que le son du démarrage à la manivelle du moteur du Norecrin "Ville de Rouen"…
Nous avions aussi certainement parcouru les mêmes chemins du coin où j’habitais… La cote Sainte Catherine d’où nous pouvions voir notre belle ville de Rouen de cette fameuse corniche…
Dieu seul sait combien d’heures j’ai passé et passe toujours « Sur le Zinc » pour lire ses articles au sujet de tout et admirer ses tableaux et ses photos…
Je serais avec vous Jac et Quiquine en communion par les pensées samedi ce 29 octobre et à vous deux merci de continuer de faire vivre « Sur le Zinc » … les « Blogs » sont entre bonnes mains…
Bien affectueusement à vous deux et vos familles…
Michel
Rédigé par : Michel Leveillard | 27/10/2011 à 12:46