21 octobre 2008, aéroport de Maurice, Quelques Vietnamiens, vautrés en chaussettes sur les sièges, ouvrent de grands yeux inquiets sur les horaires de départ. Longilignes, secs, mais musclés à coups d’exercices rébarbatifs peu coûteux, ils flottent dans une large chemisette beige et au fond d’un ample pantalon grisâtre. Plus loin, à distance respectable, un groupe compact de Malais, bien nourris de hamburgers et de sauces caloriques, regarde ostensiblement dans la direction opposée. Vestes de marques, chaussures voyantes aux lacets qui traînent, montres extravagantes, bonnets ou casquettes de rappeur. Rien ne manque à la panoplie de l’Américain moyen. Chaque détail est à sa place. Ici et là, les Singapouriens, bon chic, bon genre, vêtus de blanc, chaussures vernies, méthodiquement astiquées, tirent des valisettes montées sur roulettes silencieuses. Irrésistiblement attirés par les produits détaxés, Ils essaient des parfums, recherchent les sacs en cuir, demandent à voir les chaînettes d’or, tâtent les chemises de soie. Ils évitent systématiquement tout contact avec le reste du monde et s’entourent d’un mur de Berlin pour se protéger des « pauvres ». Tout à coup, le bel édifice des convenances entre les classes sociales s’ écroule : une jeune femme peu farouche, vraisemblablement originaire de Madagascar, pénètre dans l’atmosphère guindée des Singapouriens et s’assoit tout contre un Chinois qu’elle trouve à son goût. Elle lui prend la main ! Elle lui dit des mots tendres en malgache ! Personne ne rit dans le clan asiatique. C’est une demande en mariage ! L’heure est grave. Elle lui montre des photos, désigne untel et untel. Médusé, bouche ouverte, incapable de faire face à la situation, l’homme écarquille les yeux, puis bredouille quelques mots en mandarin pour répondre au long poème d’amour, susurré par la belle prétendante. Il sort son stylo de marque. Elle déchire un coin de journal. Ils se regardent dans les yeux…
JAC, le 16 septembre 2011
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