Années 49/60
Au pas cadencé, la nuit, pour embêter les chiens, dans ce fameux « tour de Saveaumare » au cours duquel nous chantions à tue-tête Brassens, parfois revu et corrigé, René-Louis Laforgue, Félix Leclerc et sa chanson de circonstance « Moi mes souliers… »
Marches familiales lentes, pour les raisonnements philosophiques ou des conseils sur le comportement à adopter en classe.
Marches paternelles avec arrêts fréquents pour les joutes oratoires, l’observation des détails dans les réparations des toits et des granges, les traverses peintes à la créosote, l’étude minutieuse des libellules, des hannetons, des grenouilles.
Marches dominicales, à travers champs, paniers à victuailles sous le bras, pique-nique dans un herbage, près d’un cours d’eau pour y plonger le cidre ou le vin. Il fallait contourner un troupeau de bœufs agressifs, amadouer un chien en colère. Un carré de tissu suffisait pour la sieste…On rencontrait des propriétaires hospitaliers, des vachers bavards, deux amants enlacés…
Marches de la gare jusqu’à Buchy, village distant de trois kilomètres. On passait « la ferme de Lancien ». Il y avait un léger dévers dans la longue courbe. En arrivant, sur la gauche, un silo. A droite, le cimetière.
Marches de Noël. Nous étions régulièrement invités pour le réveillon chez des amis. Patauger pendant des heures dans la neige ne nous faisait pas peur.
Marches de la gare de Préaux jusqu’à Isneauville, pour passer le premier de l’an chez ma grand-mère.
Les marches fraternelles destinées à mettre le doigt sur mes erreurs et à me proposer des horizons nouveaux.
Marches solitaires dans Rouen, à claquer des pieds tous les cent mètres pour se donner le courage d’avancer dans le froid.
Les marches. Par n’importe quel temps.
Pour le plaisir de respirer notre jeunesse à pleins poumons.
Depuis une vingtaine d’années, les jeunes se vautrent sur des canapés ou titillent à longueur de journée leurs bidules électroniques.
Et vous verrez que, vexés d’entendre les remarques cruelles sur leur embonpoint, ils nous accuseront un jour ou l’autre de ne pas leur avoir imposé toutes ces promenades pénibles.
(Encore des marches, mais cette fois, ce sont les marches de notre maison. Une des rares fois où nous sommes photographiés tous les trois.)
JAC, le 20 juin 2011
Émouvant. De même, la photo où vous figurez tous les trois.
Rédigé par : Phil' | 25/06/2011 à 23:29
Merci pour cet ajout frérot Jac car cela me rappelle aussi de mes souvenirs de jeunesse...
On marchait pour aller n'importe ou... beaux temps ou pas...
Et même quand le tramway ou le trolleybus ou même l'autobus allaient vers notre destination ca coutait du fric...et en plus les odeurs dans ces engins aux heures d'affluence n'étaient pas agréables a respirer...
Et que de belles ballades on faisait à pieds en respirant le bon air de notre Normandie...
Sympa cette photo de ma famille Viking...
Michel
Rédigé par : Michel Leveillard | 20/06/2011 à 11:01
Daniel: dans mes bras, Zappy, la chienne offerte par ton frère Michel. Elle m'accompagnait partout. Mais elle avait deux défauts: elle aimait les poules des voisins et détestait le facteur.
Rédigé par : jac | 20/06/2011 à 10:48