(A Michel Lelandais, 18 ans de Congo et d'histoires abracadabrantesques...)
Brazzaville, route de l'aéroport, dans les années 80,
Michel
se fait une fois de plus arrêter à un barrage de police. Un flic
fait le tour de la voiture de sa 4L rouillée. Il cherche, cherche, vérifie
l'état des pneus, contrôle et recontrôle les identités. Silence. Visiblement, il
voudrait découvrir une faille. Il fait ouvrir un sac : des copies à corriger. Rien de bien répréhensible... Enfin il a trouvé ! L'adjudant-chef déclare les
papiers du véhicule « illisibles et
périmés ». Michel ne comprend pas, il vient de les refaire.
-Oui, mais la machine à écrire a bavé! Le papier est sale et froissé... Alors, vient le temps de la contravention. Chère. Très chère. Equivalent de 50 euros. L'arsenal militaire est effrayant : kalachnikovs, matraques, fusils, regards durs, etc...Michel fouille dans sa veste. Prend son temps, cherche, recherche. Les poches, les vide-poches, tout y passe. La vérité est évidente : il ne peut réunir la somme demandée. Tout juste 15 euros sur les 50 exigés. L'adjudant prend peur. A mots couverts il suggère au mis en cause de payer en liquide et directement de la main à la main, c'est plus sûr… . Le contrevenant perdrait du temps à se déplacer en ville, à faire la queue inutilement au commissariat...Il se ravise soudain et demande à consulter de nouveau les tarifs sur une feuille qu'il sort de sa tunique …
-Voyons...Papiers périmés...Papiers périmés...C'est...voyons...je me suis un peu trompé, c’est ...15 euros ! Juste
la somme que vous avez dans la main .
Michel s'exécute. Après un bref regard
circulaire, l'adjudant saisit les
billets, discrètement, sans mot dire, mais
il aimerait une dernière petite humiliation:
« Qu'est-ce qu'on dit ? », demande-t-il d'un ton sévère...Michel est inquiet. En bon mathématicien il examine la question sous tous les angles. Il ne trouve rien à dire.
« Qu'est-ce qu'on dit ? », réitère le chef.
"Vous ne pourrez partir que lorsque vous aurez
trouvé" .
Silence. Michel semble avoir une idée:
- Je fais refaire ma carte grise, c'est ça ?
- Non, c'est pas ça.
Au bout de cinq minutes
d'attente angoissée, le chef lui souffle la réponse :
- ON DIT « MERCI »...ON NE VOUS A PAS APPRIS LA
POLITESSE DANS LES ECOLES EN FRANCE ?
Michel enclenche la première.
Mais non la dernière de ses histoires...
(Qu'est-ce qu'on dit devant une kalachnikov? On ne dit rien : ça part tout seul ces trucs-là)
JAC , le 2 octobre 2009
Première traversée du "pool" entre Brazzaville et Kinshasa en 1982. Aimable et souriant, le chef des douaniers m'accueille:
"Fait chaud. j'espère que vous avez apporté votre bière?
-Non, mais j'espère bien en trouver sur place" que je réponds, touché par tant de sollicitude.
Hilarité grasse dans le bureau: ce "Mundele" ne comprend vraiment rien!
"Oh, vous, vous venez pour la première fois!" me dit le chef, compatissant et pédagogue...
J'apprends à mes dépens ce qu'est "une bière". Nous, on dit bien un "pour boire"...
Rédigé par: Daniel Bas dit Chedozot | 06/10/2009 à 14:03
J'aurais pas aimé être à la place de Michel...
Rédigé par: Phil' | 03/10/2009 à 22:30