Cocode, vétéran de la seconde guerre mondiale
Cocode est né le 2 novembre 1940. Son avènement illumine ce premier automne d’occupation de sinistre mémoire. Il n’avait donc que 4 ans1/2 à la fin de la guerre et pourtant il est capable d’en partager des souvenirs comme un vétéran. Cocode, ancien combattant et correspondant de guerre, à toi la parole :
26/09/06 :" Mon Chedozot, sais-tu que maman avait décidé de fuir vers le sud avec la Traction Avant qu’elle ne savait d’ailleurs pas conduire. Mais quand le Boche est derrière, on avance en besogne. Bref, elle partait de Bacqueville et s’est arrêtée un instant avec nous à la poste pour embrasser les collègues. Durant cet arrêt miraculeux, un Me-109 ou équivalent a mitraillé la place et la Traction s’est retrouvée criblée d’impacts. Maman, Jacqueline et moi avons échappé au massacre et à l’exode tandis que papa, futur ancien Combattu, se repliait déjà sur Limoges. "
(Messerschmitt Me 109)
La voiture est restée planquée pendant toute la guerre sur cales dans notre grange. Tu imagines l’amour que je peux porter à André Citroën et je donne cher pour retrouver l’odeur de l’essence, des garnitures en velours gris et le claquement des portières.
(Traction Avant Citroën)
28/09/06 :" La guerre laisse des tics. Moi, c’est le vol rasant d’un chasseur anglais sur la campagne de Bacqueville alors que je cueillais de l’herbe à lapins avec Jacqueline qui est à l’origine de mon tic de tête en l’air. Je revois Jacqueline hurler de terreur tandis que je bondissais de joie. Vrrrr…"
Ce jour-là commence la lente gestation de « Sur le Zinc »…
(Avions de chasse britanniques Spitfire, « cracheurs de feu »)
28/09/06 : "Il me reste un souvenir de tranchée. Nous avions une tranchée à Saint-Saëns, étayée par des traverses de chemin de fer. Je sens encore l’odeur du terreau et des racines. Je revois Papa m’y transporter précipitamment dans ses bras câlins et se sonner durement le front sur une traverse. Et puis, gag des gags, ma Mémé Juliette qui s’encouble dans les chaises métalliques de jardin et qui y reste coincée pendant l’attaque.
La tranchée était en forme de croix. Nous y dormions tous et nos pieds convergeaient au centre de la croix. J’aimais chatouiller les pieds familiers ou invités au plus fort des vrombissements des forteresses volantes et des hurlements de sirènes. Près de Saint-Saëns était une base de lancement de V1 et de V2 souvent pilonnée."
Pour moi, ce morceau choisi est une pure merveille littéraire : sensations sonores (sonner le front, hurlements, vrombissements), tactiles (bras câlins, pieds chatouillés), olfactives (odeur du terreau et des racines), visuelles (tranchée en forme de croix). Tendresse (papa et ses bras câlins, ma mémé Juliette) et humour (gag du choc sur la traverse et surtout de la mémé prisonnière de son fauteuil de jardin) sur fond de stress et de drame car les Spitfire, les V1 et les V2 sèment la mort… Une petite note exotique enrichissante avec l’emploi d’un mot suisse : une encouble en suisse romand est une entrave et s’encoubler, c’est trébucher et se coincer. Une petite perfection, ces quelques lignes.
11/10/06 : "1943, nous habitons Saint-Saëns, locataires d’une splendide maison appartenant au bon docteur Thomas. Mon enfance y est allègre. J’ai un copain en la personne d’un offizier qui loge à l’étage."
Nous en apprenons de belles ! Cocode aurait « fricoté » avec l’occupant, Cocode collabo ! Pas étonnant qu’il ait une vingtaine d’années plus tard commencé sa carrière à la chambre de commerce de Vichy ! Cependant son jeune âge et l’attitude résistante de sa grande sœur Jacqueline (10 ans) va lui épargner les tribunaux d’épuration :
Jacqueline est en pleine résistance. Ce doit être à cette époque qu’elle balance une poignée de boutons (qu’elle vient d’arracher à une couette capitonnée) sur la tronche d’un Obersturmführer. Protestation polie de la Kommandantur
L’honneur de la famille est sauf. Celui de Saint Saëns aussi car :
En face de chez nous, la maison des Legardien. Je saurai bien plus tard que Maurice Legardien n’est autre que « L’ange Gardien », un haut chef de la Résistance dont parle abondamment le Colonel Rémy. Spécialiste du sabotage, il savait plonger Saint Saëns dans l’obscurité totale le temps qu’un Lysander y débarque ou exfiltre un ami.
(Lysander, avion d’observation britannique)
Daniel Bas
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