Lignes aériennes africaines :
Transversales et
« côtières » des années 80
Dans les
années 80, les lignes aériennes internationales en Afrique étaient encore
tournées vers l’Europe, vers l’ancienne puissance coloniale. En exagérant un
peu, on pourrait dire que le mieux pour aller de Nairobi à Douala était encore
de faire Nairobi-Londres, Londres-Paris et enfin Paris- Douala ! Les
transversales étaient rares et la disparition d’Air Afrique a été durement
ressentie par les usagers.
(Feu Air Afrique. Beaucoup de critiques mais tant de
services rendus !)
Aller de
Tanzanie au Mali était un pari risqué. La seule bonne transversale est-ouest
était alors assurée par Ethiopian Airlines dont la réputation était sans
faille.
(Ethiopian Airlines, la transversale la plus fiable à
l’époque. J’ai fait avec elle Daar-es-Salaam/ Bamako via Nairobi sans problème)
En outre, il
y avait plusieurs « côtières » qui faisaient des sauts de puces de
port en port du Maroc et du Sénégal au Zaïre et à l’Angola en longeant tout le
golfe de Guinée.
Les points
d’arrêt de ces « côtières » dépendaient beaucoup de l’histoire
coloniale ou de la géopolitique des années 8O : la TAAG, compagnie
angolaise, privilégiait les pays d’expression officielle portugaise et de
philosophie marxiste en se posant à São Tomé, Bissau et Sal au Cap Vert. Air
Zaïre voulait montrer que le plus grand pays francophone d’Afrique était
présent à Dakar, Abidjan, Cotonou, Douala. Royal Air Maroc assurait depuis
Casablanca la relève de la garde à Libreville, Malabo et Conakry car les
Présidents de ces trois Etats avaient choisi le Maroc pour assurer leur
protection rapprochée. J’ai eu le plaisir et l’avantage d’emprunter ces trois
« côtières », au moins sur un tronçon.
Compte-rendu :
AIR ZAIRE :
(Une ligne à arrêts facultatifs)
On m’avait
dit grand mal d’Air Zaïre, plus communément appelé Air Peut-être ou Air
Jamais…Un de mes bons amis avait emprunté les lignes intérieures : le
pilote recevait une somme globale d’argent en liquide pour les repas. A chaque
étape, des petits marchands venaient sur le tarmac, au pied de la passerelle et
le pilote faisait son marché. Il barguignait au mieux en essayant de concilier
les intérêts des trois parties prenantes : les passagers qui se seraient
révoltés s’ils avaient été à la portion trop congrue, les fournisseurs qui
l’aurait boycotté s’ils avaient été trop pressurés et lui-même qui espérait
bien garder une marge pour prix de ses talents de négociateur.
Personnellement,
je n’ai pas à me plaindre d’Air Zaïre. Mon avion est parti de Dakar à l’heure
pile, s’est posé à Conakry et Abidjan et est arrivé à ma grande satisfaction à
Kinshasa avec une heure d’avance !... Il avait simplement omis de
s’arrêter à Douala, l’appareil n’étant pas pourvu comme les autobus d’un
écriteau : « Sonnez pour le prochain arrêt ». Je pense que le
pilote avait un rencart avec sa petite amie et qu’il était pressé. Moi,
ça m’arrangeait. Pas les Camerounais, bien sûr !
TAAG :
L’Angola souffre.
L’Angola est en guerre. Je vais de São Tomé à Luanda par la
« côtière » lusophone. On s’applique à assurer un bon service malgré
la rareté, les privations. Tout le monde sourit, mais un sourire grave.
Sur
l’aéroport de Luanda, spectacle inhabituel : des DCA, des chars lourds,
des véhicules camouflés, des fils de fer barbelés, des tranchées et des sacs de
sable, des pancartes à tête de mort qui annoncent des champs de mines…Des
uniformes inconnus : ce sont des Cubains. Des avions peu familiers à l’œil
occidental, des Antonov soviétiques notamment :
(Antonov AN-14 à atterrissage et décollage court
pour lignes intérieures. 10 passagers)
Dans
l’aérogare, beaucoup de mutilés mais pas la Cour des Miracles habituelle, pas
seulement des polios ou des lépreux, des mutilés de guerre avec des prothèses
de fortune. On ne mendie pas, on sent un peuple qui a forgé dans la souffrance
un sens de la dignité et de la responsabilité. Les Angolais m’ont beaucoup
impressionné.
(Antonov AN-24, deux turbopropulseurs, 44 à 52
passagers, années 70/80)
ROYAL AIR MAROC :
Cette
excellente compagnie entretenait une « côtière » bien particulière.
Indépendamment des régimes politiques (Guinée Equatoriale et Guinée Conakry
avaient un penchant pour l’URSS mais pas le Gabon), la réputation des gardes
marocains était si bonne que les Présidents de ces trois pays ne voulaient pas
confier leur sécurité rapprochée à qui que ce soit d’autre.
Il fallait
bien assurer la relève de ces gardes : la « côtière » était là
pour ça et prenait éventuellement des passagers supplémentaires pour remplir
l’avion.
(La RAM, Compagnie de mon cœur)
Pascale et
moi, nous avons pris ce vol de Malabo à Dakar, de bon matin. Nous étions pratiquement
seuls : pas de gardes partant en permission, pas de famille revenant d’une
visite au soldat lointain. Nous avons commencé la journée par des oranges à la
feuille encore bien verte cueillies à Casablanca la veille. Nous avons déjeuné
comme des Princes avec Champagne : l’hôtesse attendait beaucoup plus de
monde et voulait solder ses stocks !
Les gardes
marocains existent-ils encore ? Je ne sais pas. Nous resterons toujours
fidèles à la RAM : notre dernier voyage est un Casablanca-Niamey en 2006.
Réussi, quoique sans Champagne.
Voilà
l’histoire des transversales et des côtières des années 80, encore empêtrées
dans les remous de la décolonisation et de la guerre froide.
Daniel Bas, 15 juin 2009.
On ne peut pas se refaire: quelqu'un qui parle "Antonov-AN- 24", à ne pas confondre avec Antonov - AN- 14, avec cette cohorte de performances confondantes, me confond, jusqu'au tréfonds...Tu me le dis si je me répète.
Trêve de plaisanterie, le texte était judicieux. Il aurait plu à JCP.
Rédigé par: Jac | 15/06/2009 à 19:31
Je rosis de bonheur et de confusion. Moi, un spécialiste de l'aéronautique! C'est pourtant vrai, puisque tu le dis.
Rédigé par: Daniel Bas dit Chedozot | 15/06/2009 à 15:36
Voilà un texte qui manquait sur le Zinc. Je m'incline toujours devant "les spécialistes"...Bravo!
Rédigé par: Jac | 15/06/2009 à 15:10