Guinée
Equatoriale, 1982
¡ Adios,
Malabo ! Buenos días, Bata !
(Aéroport de Malabo)
En 1982, l’aéroport de Malabo est desservi par un
bimoteur de la Camair qui le relie à Douala, à 30 kilomètres, une ou deux fois
par semaine. C’est le cordon ombilical avec une société de relative
consommation. Et puis il y a le bimoteur de fabrication soviétique de la
compagnie nationale LAGE, Lignes Aériennes de Guinée Equatoriale : il
relie Malabo et Bata avec parfois un petit crochet sur Annobón. C’est vraiment
la colonne vertébrale du pays, l’équivalent de notre Nationale 7. Cet unique
avion ne peut être entretenu et réparé qu’à Luanda : inutile de préciser
la gêne occasionnée par un long séjour de l’appareil en Angola, le pays est
alors invertébré.
Nous verrons que Saõ Tomé et son unique avion de
la LASTP qui relie la capitale à l’île de Príncipe et à la source
d’approvisionnements de Libreville présente un cas similaire. Quelques années
plus tard, une compagnie privée résoudra le problème en reliant régulièrement
Douala, Libreville, Bata et toutes les îles du golfe de Guinée :
Malabo, Annobón, Saõ Tomé et Príncipe.
Nous n’en sommes pas là en 1982. La Guinée
Equatoriale est alors fort démunie, on n’y a pas encore trouvé du
pétrole : c’est le Président de la République lui-même qui décide si un
avion part ou ne part pas, c’est lui qui connaît les réserves de kérosène du
pays. J’ai le souvenir bien précis d’une longue attente anxieuse avec Pascale
sur le tarmac, puis Dona Purificación a surgi : « Vous allez
pouvoir partir… Je sors du bureau du Président… Il a donné l’ordre : le
vol est confirmé ! ». Situation difficile à imaginer dans nos
pays.
Feu vert : alors, le petit avion se
remplit. Nous sommes parmi les premiers à monter, heureux d’avoir de bonnes
places pour pouvoir admirer une dernière fois au décollage l’île de Bioko, ses
anses, ses plages, ses rochers noirs, le camaïeu de verts de sa végétation
galopante, son sommet de 3000 mètres émergeant rarement des nuages.
(Un camaïeu de verts, une
végétation galopante. Pastel et aquarelle. Pascale Bas, 1982))
(Bioko, ses anses, ses plages,
ses rochers noirs, son camaïeu de verts. Pastel et aquarelle. Pascale Bas,
1983)
Toutes les places sont maintenant occupées,
qu’attend-on pour partir? Simplement qu’une troisième personne s’installe de
chaque côté, là où deux personnes pour deux sièges sont prévues. Je m’étale
mais Pascale est menue, rien à faire, là où il y a de la place pour deux, il y
en a pour trois, il faut s’en accommoder...
Est-ce tout ? Non. Le couloir se remplit
peu à peu de voyageurs supplémentaires qui vont s’asseoir en tailleur à même le
sol…Cette fois-ci, nous y sommes, l’avion contient deux fois plus de monde
qu’autorisé, sans compter les victuailles, les poulets vivants et les chèvres
entravées qui protestent avec véhémence au fond de l’appareil. On ferme les
portes, les moteurs ronflent, les roues se décollent du goudron fondu par la
chaleur, l’avion surchargé roule péniblement, poussivement…Il se « hâte
avec lenteur », il se secoue, il ahane… Y arrivera ? Y arrivera
pas ? Albatros ou dodo ? Albatros, « roi de l’azur maladroit
et honteux » nous chante Baudelaire.
Il s’arrache gauchement en bout de piste, s’élève finalement en ronchonnant comme un gros bourdon…Un dernier coup d’œil sur l’île… C’est mieux que de regarder l’huile qui suinte des moteurs de façon inquiétante…A la grâce de Dieu ! Si on doit mourir, que ce soit au moins en regardant quelque chose de beau :
(L’avion décolle péniblement, quitte
à regret l’île « Formosa », « la Belle ». Pastel et
aquarelle, Pascale Bas, 1982)
Il faut faire ainsi 300 kilomètres avant de se
poser à Bata. « Se poser » est un euphémisme, on devrait plutôt dire
« s’affaler ». Puis, l’avion n’en finit pas de se vider sous un
soleil de plomb, sans air conditionné: les chèvres et les poulets d’abord, les
usagers du couloir ensuite, les troisièmes personnes assises et enfin les
premiers arrivés qui seront les derniers à sortir… Nous voici au Mbini,
anciennement Rio Muni, pays de forêts, de rivières, peuplé de Fangs, ethnie
fameuse pour la beauté de son artisanat et en particulier de ses masques. De
nouvelles aventures et de nouveaux émerveillements nous y attendent… A suivre…
Pascale et Daniel Bas. 25 mai 2009.
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