Congo/Zaïre 1983: Traversée de
Pool mouillée
(Piper Archer PA28-181, quatre places)
En 1983,
j’ai traversé avec Pascale dans un petit avion de location de quatre places, le
Stanley « Pool », ce gros colon du fleuve Congo (alors appelé Zaïre
sur sa rive sud) entre Brazzaville et Kinshasa. Il s’agissait pour nous
d’attraper à l’escale de Kinshasa le vol régulier de la « Camair »
(Cameroon Airlines) Douala-Bujumbura. Le vol était seulement hebdomadaire, le
manquer aurait désorganisé gravement tout un programme de travail qui
m’attendait au Burundi. L’affaire était donc sérieuse.
(Le « Pool »sépare les deux capitales
Kinshasa et Brazzaville qui, en 1983, ne communiquaient entre elles que par
radio. Il faut presque ½ heure de bateau pour traverser ce renflement du
fleuve)
Or, un
violent orage vint retarder notre départ de Brazza et perturber sérieusement
notre traversée. Notre petit appareil était secoué comme une feuille d’automne.
Il évoluait en virevoltant et il scintillait au milieu des éclairs et des gros
nuages couleur d’ardoise. Notre anxiété grandissait. Nous avions la chair de
Pool. Le pilote nous calma rapidement en appelant la tour de contrôle de
Kinshasa : non, la « Camair » n’était pas encore signalée.
Ouf ! Soulagement !...
(La foudre : c’est très beau vu de loin)
Notre
appareil poursuivit donc ses mouvements erratiques de fétu de paille. La radio
ajouta bientôt son coup de tonnerre à la tourmente : la
« Camair » était cette fois signalée à la verticale de Kinshasa !...Notre
pilote ne se démonta pas :
« Allô !
La tour de contrôle ? C’est toi, citoyen Samba ? Ecoute, mon
frère : j’ai à bord deux clients importants qui ne peuvent pas rater leur
avion pour Buja. Fais comme tu peux, mais la « Camair » ne doit pas
partir sans eux !
- Bien compris, mon frère, je lui fais faire trois tours au-dessus de la
ville avant d’autoriser l’atterrissage ! »
Bonjour, la
note de kérosène ! Préparez les sachets pour le mal de l’air ! Malgré
cela, la Camair finit par atterrir avant nous. Lorsque notre petit appareil
vint se poser à côté du Boeing géant, tous les passagers de l’escale avaient
déjà embarqué mais je vis, en sortant sous une pluie violente, mon collègue et
ami Adama, Directeur régional du BIT, qui était juché sur la passerelle et qui
refusait d’en partir.
(Avion de la « Camair »)
Il
invectivait le Directeur local de la Camair en ces termes :
« Si
tu laisses partir ton avion sans mes amis, je te promets des représailles dont
tu te souviendras longtemps !
- Mais, mon frère, répliquait l’autre, tu ne te rends pas compte,
j’ai déjà plus d’une heure de retard, ce n’est pas sérieux !... »
On ouvrit
les soutes, on chargea nos bagages sans passer par l’enregistrement. Le temps
de gravir l’escalier quatre à quatre, d’embrasser au passage un Adama
victorieux et la porte arrière se referma sur nous. Tous les passagers se
retournèrent et leurs regards convergèrent vers nous : qui pouvaient bien
être ces personnalités assez importantes pour avoir fait prendre un tel retard à
un avion de ligne ?...
Le dépit put
rapidement se lire sur les visages : les trombes d’eau avaient en quelques
minutes rafraîchi l’ardeur pimpante de nos deux VIP ! Ils se présentèrent
à l’arrière de l’avion trempés comme des chiens de rue, la chevelure
dégoulinante, les pieds clapotant dans des chaussures amphibies. Ils gagnèrent
leurs places d’un pas spongieux ponctué de « Flosh, Flosh, Flosh… ».
La pluie froide fumait au contact de leurs têtes enfiévrées. Ils s’assirent
modestement. Autour de leurs souliers, l’eau s’étendait inexorablement sur la
moquette en larges cercles concentriques. L’avion décolla. Un mince filet d’eau
commença à ruisseler vers l’arrière, dans le sens de la plus grande pente…
(Grandeur et décadence de VIP. Dessin d’époque de
Pascale Bas)
Daniel et Pascale Bas
8 décembre 2009
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