8 janvier 2004, aéroport d’Udaipur, Radjahstan ,
Inde ,
Ce
visage …ces yeux inquiets sur lesquels tout le monde se retourne…C’est bien
lui. Non, ce n’est pas lui. Je l’observe discrètement. Mais si…Voilà pourquoi la
fouille est plus méticuleuse, plus approfondie que d’habitude. Mon Dieu, faites
que la fatwa lancée sur la tête de cet homme ne plane pas également sur un
avion que je dois prendre en sa compagnie !
Je partage
en quelque sorte un bout de risque avec lui. Salman Rushdie arbore une laideur plus élégante encore que sur les
photos. Des contrôleurs surgissent de partout, s’affairent autour de sa personne,
vérifient son passeport, son billet, son sac, encore une fois son passeport.
Mais à la
réflexion, le danger viendrait plutôt de ses juges, d’autres passagers, d’autres
sacs que les siens.
S’il
voulait passer inaperçu, c’est un échec. Les voyageurs se plantent devant lui
sans aucune discrétion, le montrent du doigt, parlent sans retenue en citant
son nom à voix haute.
Mais pour
le moment le vol s’effectue sans explosion. C’est mieux ainsi.
En attendant, l’homme tant recherché ne se laisse pas abattre, en charmante compagnie d’une jolie jeune femme longiligne, aux cuisses galbées pleines de promesses. Mannequin à ses heures perdues, garde du corps sans doute à ses heures gagnées.
Nous
commençons la descente vers Bombay…Le feu ne s’est pas encore déclaré à
l’intérieur de l’avion…aucun individu plus suspect qu’un autre, sur le point de
l’égorger, à part peut –être un groupe de touristes italiens, redoutables par
leurs conversations sonores destinées à l’information de tout l’appareil,
depuis les hôtesses jusqu’aux rares autochtones présents, sans oublier Salman Rushdie lui –même, un peu crispé
sur sa lecture à cause des vociférations transalpines où son nom revient assez
souvent. Certains se retournent, malgré la ceinture, ce qui n’est pas facile à
réaliser. Une Vénitienne empâtée sur plusieurs étages s’est même fait mal au
cou.
L’avion atterrit. Avec ses deux ailes. Salman se fraie un difficile chemin parmi les regards curieux tout en proposant à son étoile le nom d’un hôtel qui en vaut sûrement dix sur l’échelle du prestige…
(On est bien sur Air-India. Mais il y a des jours où je préfère le plancher des vaches...)
JAC, le 13 mai 2009
Valoir "dix étoiles sur l'échelle du prestige", voilà ce que j'appelle du style.
Rédigé par: Phil' | 18/05/2009 à 01:45