5 novembre 2008, Kuala Lumpur, Malaisie,
Carte d' embarcation dans une main, passeport dans l'autre, on piaffe d'impatience avant d'apercevoir enfin les uniformes qui vous donneront accès à l'avion.
Mais aujourd'hui les officiels sont absents, du moins dans la salle d'embarquement, car ils font cercle autour du réacteur droit du Boeing, occupés à inspecter les moindres détails de l'hélice. Les hochements de tête, la mine grave des mauvais jours du commandant de bord se propagent vite chez les passagers, visage collé aux vitres...
Et c'est ainsi que l'on atterrit au bout de deux heures d'attente, de rumeurs, d'interrogations, de fausses informations, dans un palace de l'aéroport, en compagnie de gens avec lesquels on s'invente des points communs : l'un connaît le Vanuatu, l'autre est tombé amoureux de Tahiti, un autre encore a perdu ses illusions au Kenya. On partage alors,comme si on se connaissait depuis toujours, le buffet de l'hôtel 5 étoiles, l'intimité de tout un groupe d'inconnus et leurs reproches nourris envers la compagnie.
Il est 9 heures du matin. Le départ est prévu pour demain, à l'aube. Nous avons donc tout notre temps pour visiter ce palais des Merveilles, moquetté du sol au plafond, aseptisé dans les moindres détails, depuis le sourire figé du portier jusqu'au "Good morning " mielleux des responsables de chambres qui se précipitent vers leur chariot de produits ménagers dès qu'ils entendent le bling-bling de l'ascenseur.
Les informations importantes défilent sur les écrans disposés aux endroits stratégiques du hall d'entrée : le vol pour Penang MH 320 est retardé de 20 minutes, Barrack Obama est devenu le 44 ième président des Etats- Unis, il fait 28 degrés à Singapour, les responsables du congrès de l'American Express doivent se présenter au comptoir B12, les bourses asiatiques sont en baisse.
Les avions en retard permettent à des grands-mères humbles de s'étourdir de luxe dans des hôtels ennuyeux. On les voit, malhabiles mais déterminées, tenant fièrement leur ticket-repas, leur ticket-boisson, ne sachant que choisir parmi tous les plats du buffet ni organiser la construction de l'échafaudage de viandes et de poissons qui débordent de l'assiette.
JAC, le 2 mars 2009
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