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21/03/2005

Zürich-Venise en DC-3

Dédié à B+G, alias Roger et Bruno

"Ainsi donc, Dieu soit loué! Venise n'est plus pour moi un simple nom, un vain mot, qui m'a tourmenté souvent, moi, l'ennemi mortel des paroles vides"

                                                        Goethe

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Pour les amateurs de virée aérienne, rien n’est plus doux qu’un vol affrété spécialement pour soi et une trentaine de collègues d'agence de pub, toutes sensibilités confondues, mais unis dans un voyage d'exception.

Et pour le mordu de zincs que je suis, je ne pouvais recevoir meilleur cadeau personnel qu’un vol spécial sur un Douglas DC-3 des années 35.

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Nous sommes partis à l’aube de Zürich, cap sur Venise, La Serenissime, par un jour de grand anticyclone, le deuxième jour d'un mois de janvier. Ah le bonheur de s'envoler! Vous n’avez pas idée !

Venise en DC-3, ça n'arrive qu'une fois !

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Cela n'arrive pas deux fois dans la vie d'un dingue.

Le bonheur a commencé par une montée (quasi religieuse), à bord d’un parfait cylindre à deux cônes, architecturé d’aluminium miroitant, perché sur deux ailes elliptiques immenses, flanquées de deux moteurs Pratt & Whitney de 1250 ch qui glougloutent de plaisir dès qu’on les sollicite par le petit bout de l’hélice. Et qui chantent un joli « ouin, ouin, ouin », à la limite des quelques tours qui leur manque pour être en synchronisation !

Ouin, ouin, ouin, un chant grave de basses sur un mode andante que mon oreille percevrait entre mille bruits, tant il flatte ma fibre. Je passe sur les démarrages catarrheux de ces moteurs en rond: crachouillis, explosions, ratés...

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Aux commandes, ou plutôt au volants, deux « moustachus » de la ligne, au service de la flotte CLASSIC AIR. Captain Sutter, je me souviens de son nom, un nom si suisse, déjà bien gravé dans ma mémoire depuis l'enfance, grâce au très grand écrivain voyageur Blaise Cendrars (L’Or).

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Notre zinc s’appelait HB-ISB, magnifique machine qui a inspiré les photographes : voir sur http://www.airliners.net . Et les peintres : voir Ma Galerie Aéro sur Couleur Alentejo.

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C'est lui, en transit à Annemasse! Peint ici en acrylique sur toile de 145 x 90cm.

Vol de toute beauté sur le relief des Alpes, passage de cols presque au ras des arêtes, salut au Cervin, tout aussi seigneur que le Fuji San. Défilé de chaînes, de pics, de glaciers, d’alpages, comme sur l’immense photo panoramique que je garde toujours à portée de main.

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J’ai eu droit à cinq minutes de cockpit, mais hélas pas en place droite. Ronron des moteurs, étincelles sur les milliers de rivets haute couture. C’était trop pour un seul homme !

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Et soudain le sol se déroba sous les pieds, fin des Alpes, Plaine du Po, cela sentait le vinaigre balsamique de Modène, le basilic, les pâtes Barilla, l’osso bucco.

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Vint enfin la lagune et le S caractéristique de Venise, canal historique.

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Le vol sembla n’avoir duré qu’un quart d’heure. Kiss landing (piouf ! piouf !) sur deux gros pneus à une vitesse qui semble aujourd’hui ridicule. J’ai imaginé mes deux moustachus pédalant pour maintenir la queue bien dans l’axe, avant de poser la roulette d’étambot.

Nous étions à Venise!

Mais à Venise pour une seule journée. Il y faisait un froid vif. Le ciel était bleu cru. C’était par un 3 janvier. Il n’y avait personne, enfin presque personne. Joli temps, joli moment pour ceux qui évitent frénétiquement les bains de foule, les encombrements, le barouf, les files d’attente. J'en connais un.

La Place Saint Marc était déserte, enfin presque. On y voyait clairement les pigeons. On a tout visité, enfin presque. On a survolé à vrai dire. S’accumulèrent des exposés rapides sur le Titien, Tintoret, Tiepolo, Monteverdi, Vivaldi, Casanova. S’enregistrèrent à peine des merveilles (il y en avait trop !) de peinture, d’architecture, de musique, de soupirs, de ponts, de canaux, de gondoles, de Campanile. Se voyaient par contre les dégâts et menaces de l’eau. Pourquoi se fixe-t-on toujours sur le pire ?

Une fois les visites faites, j’ai choisi de m’égarer dans le lacis des canaux et des ruelles. J’ai passé l’après-midi à lorgner des jardins, à m’introduire dans des cours, à flâner dans de minuscules boutiques d’un chic inouï. Chemises, tuniques, costumes, chaussures, masques.

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Voir Venise et y rester

Le désir purement utopique de vivre à Venise m’a caressé. Et si j’abandonnais tout, là, sur le champ, me portant pâle pour le retour du soir, absent, manquant à l’appel, disparu, englouti, envoûté, dingue errant et silencieux ?

La belle affaire ! J’aurais survécu petitement jusqu’à ce que ma carte visa rende l’âme et puis, j’aurais mendié comme Ignace de Loyola, lui qui a survécu alors qu’il était déjà à moitié foutu, bien avant d’atteindre Jerusalem…

J’aurais passé l’hiver au violon, comme Casanova sous les plombs. Rien que pour vivre un an à Venise. J’aurais vendu pour 10 000 lires et trois bonbons des aquarelles à de riches anglaises qui les auraient offertes à leurs petit neveux, pour décorer leur bedroom.

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Un Monet, un !

Ah j’aurais acquis de l’habileté dans les reflets huileux, les mirages de perches serpentines noires dans les eaux vertes! Et puis j’aurais vite trouvé les bons jaunes de Venise pour brosser l’ambiance céleste. De l’eau, de l’eau, rien que de l’eau et une pointe de rose vénitien. Le reste, que du brossage à sec à s'en user les poils.

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Et un Canaletto, un !

Comme Modi, j’aurais payé ma pitance et mes coups de chianti avec des tableaux. Ainsi nanti, repu de pâtes carbonara, j’aurais repris le temps de remonter le cours de l’histoire, m’abstrayant de tous les visiteurs d’un jour, de trois jours, d’une semaine. De tous les voyageurs de tous les pays, des mariés comme des Morts à Venise, de Thomas Mann et de Visconti qui ont craché dans la lagune. Mourir pour mourir, autant mourir à Châteauroux.

J’aurais triché en coulisses pour aller voir et écouter chanter Cecilia Bartoli à la Fenice.

Fin de partie

Retour tard dans la soirée avec mes compagnons retrouvés de justesse, par un extraordinaire hasard. J’étais le dernier de la queue leu leu à l’embarquement. J’ai voulu prolonger d’une minute mon transit béat sur le territoire vénitien. Le dernier bar de l’aérogare était ouvert et vide. J’y ai bu un café. On plutôt de l’essence essentielle de café. Il était si bon que j’ai félicité le barman. Lui, s’est presque mis au garde à vous, hissant haut toute sa bien légitime fierté d’Italien. Et il m’en a offert un autre que je n’oublierai jamais.

- Quel est ton secret, Maestro?

- Une bonne torréfaction, une bonne machine, un bon dosage et un bon coup de poignet, avant d'envoyer. Eh...!

C'était simple, en effet. Je n'ai redécouvert cette science en quatre branches que bien plus tard, au Portugal.

Vol de nuit

Crevé, moulu, anéanti par tant de beautés entrevues, sans le secours de l’assouvissement.

Repas à bord et puis champagne. Pas faim. L’impression d’être anormalement ballonné, vaseux, au bord de la syncope. Jusqu’à mon champagne qui bouillonnait ! La raison était que le DC-3, non pressurisé, avait dû franchir les Alpes à une altitude de sécurité, c’est-à-dire, en l’occurrence, quelque 5000 mètres. Peu d’oxygène. Plus envie de piloter. Vague nausée. Palpitant en chamade.

Mais j’avais vu Venise un jour, un seul, remarquable entre les meilleurs. Il m’en reste un masque que je garde comme un trophée. Et c’est pourquoi je me suis inventé une Venise à moi.

Une Venise qui se mire dans les eaux de la baie de Setùbal, à deux pas et qui tempère la double saudade, celle de la Serenissime et celle du Douglas.

Et l’écrire, c’est aussi une autre manière de la tempérer.

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Carrasqueira, ma Venise à moi

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Voici les sites qui parlent de Zürich-Venise en DC-3 :

Commentaires

bonjour le français portugais je vous adore!!!!!!!!!

merci pour ce voyage si beau!!!!!!!!!


les helicos aussi j'adore si vous avais des photos ne vous genez pas et envoyes !!!!!!!!!!on décolent!!!!!!!!!!!bises amicals

Quel voyage, les amis!!! Sueprbes vues aériennes. Tableaux et photos très bien choisis. On part de Zurich, on fait escale à Venise et on revient par Carrasqueira, le tout dans la culture, notez bien... Ouaouh!!!

Je devrai vivement remercier Elvira pour m'avoir "orienté" vers votre blog ! Les avions, le Portugal, la cuisine, Venise et les livres ... je suis comblé !

Comme toujours Jean-Claude, et spécialememt en ce qui concerne le vol, tu ne manques jamais aucun détail...

:-)

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