1997, Saint-Denis, Réunion,
J’achète un pantalon dans un magasin et tends un chèque au patron. Il souhaite voir mon passeport. Il le saisit délicatement et commence à le feuilleter. Le petit curieux va droit vers les dernières pages, noires de signatures, de timbres et de visas.
Le commerçant n’en revient pas. Il appelle sa femme :
-Chérie ! Viens voir le passeport du monsieur…Vietnam, Arabie, Djibouti…Quoi ? Kenya ?
L’épouse arrive, de mauvaise grâce, en traînant les pieds. Aussitôt, elle fronce les sourcils et énumère à son tour les pays où elle rêve d’aller depuis qu’ils sont mariés.
-Tu as bien fait de me montrer ça. Regarde, Thaïlande ! Tu avais promis de m’y emmener. Cambodge ! Tanzanie ! Et allez ! Seychelles ! Tiens ! Rien que ça !
-Euh, dis-je, un peu gêné…Je…je peux récupérer mon passeport ?
Le ton monte. Les reproches fusent. Les ripostes aussi. Le couple se déchire. Pourvu que l’un d’eux ne déchire pas mon passeport, par la même occasion…
-Euh…Je peux…
Et, profitant d’une seconde d’inattention du mari, je lui subtilise mon bien précieux.
J’assiste, impuissant et confus à une incroyable scène de ménage.
Et que j’ai moi-même provoquée.
Je prends mon pantalon et leur souhaite bonne journée.
Comme ils sont en train de régler leurs comptes, ils ne m’entendent même pas.
JAC, le 11 mai 2012



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