Juillet 2004
Un policier m’arrête au rond-point. Il fait lentement le tour du véhicule en cherchant la petite bête. Mais, pas de chance pour lui, les pneus sont neufs, aucune anomalie concernant les phares ni les feux de position. Pourtant, il y a quelque chose qui cloche sur ma carte grise : j’ai omis d’y faire porter ma nouvelle adresse.
-C’est 90 euros, me dit-il, les yeux pleins de reproches. Vous avez 24 heures pour procéder au changement.
-Ben, je…
-Ben, je, quoi ? Ne discutez pas ! C’est 90 euros ! Qu’est-ce que vous faites comme métier ?
-Je suis professeur.
-Ah ! Voyez-moi ça ! Monsieur devrait plutôt donner l’exemple ! Imaginez que vous demandiez à vos élèves d’être ponctuels, alors que vous êtes constamment en retard. Hein ?
-Je suis un peu embêté parce que…parce que je pars en voyage demain…
-Et où allez-vous ?
-A Madagascar.
-A Mada ?
Monsieur l’agent change brusquement de ton. Il s’accoude sur le rebord de ma vitre. Le voilà maintenant doux, aimable, confidentiel.
-J’ai vécu longtemps dans ce pays. Connaissez-vous Fianarantsoa ? Le restaurant « Chez Papillon » ?
-Bien sûr que je connais. C’était il y a vingt ans la meilleure table du pays. Mais ce n’est plus ce que c’était. Changement de propriétaire, difficultés de trésorerie.
Les automobilistes passent. Ils ont juste le temps de regarder deux amis en train d’échanger des souvenirs.
Quand je lui parle du train qui va à Manakara, ses yeux brillent d’émotion. Une ville endormie où il fait bon vivre, n’est-ce pas ? Et « La Guinguette », hein ? Les crevettes grillées…Une petite bière, le soir, au bord de la lagune…La gentillesse des tireurs de pousse-pousse qui…
Mais, au bout de quelques minutes de bavardage, le devoir nous appelle. Il faut se quitter. Revenir à la dure réalité des cartes grises et des bulletins trimestriels.
Entre nous passe désormais une complicité propre aux amoureux de La Grande Île.
Au moment du départ, il me fait ses dernières recommandations :
-N’oubliez pas votre Nivaquine, faites attention sur les routes. Rapportez de belles photos et…au retour, pensez quand même à faire changer votre adresse. Vous pourriez tomber sur un sale type qui ne connaît pas Madagascar…
(La lagune de Manakara attendrit tout le monde, même les policiers.)
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