Lorsque mes amis cadurciens me demandent ce qui m'a
amené à Cahors où je n'avais ni racines ni attaches, je leur dis: « Je
suis venu sur un coup de cœur » et ma réponse les enchante. Je ne veux pas
avouer la triste vérité: c'est à la suite des premiers ravages de la sénilité
que je m'y suis installé...
Quand j'étais jeune marié avec Claude, nous allions souvent dans l'Aveyron voir
une de ses tantes. En passant par Cahors, je pestais toujours de ne pas avoir
le temps de m'arrêter: à l'aller, on nous attendait, on pensait: « On est
en retard. On s'arrêtera au retour ». Mais au retour, il fallait faire
vite car le boulot reprenait le lundi matin... Bref, j'ai nourri pendant une
quarantaine d'années un penchant pour cette ville. J’affirmais partout: « Je
n'aime rien tant que Cahors ».
1987: ma mère nous quitte. Je décide de vendre la maison de Bois-Guillaume. Je
dis à Pascale: « Tu pars à Cahors avec tes parents, vous ratissez la ville
pendant 5 jours. Vous sélectionnez trois maisons à me montrer. J'arrive
vendredi par le train après avoir vendu la maison de maman. On visite ensemble
les trois maisons retenues le samedi, on décide, on achète ». Le plan fut
exécuté impeccablement.
(Cahors, un choix judicieux.)
6 mois plus tard, je lis dans mon quotidien une enquête auprès d'un échantillon
de Français d'un âge proche de celui de la retraite. A la question: «
Dans quelle ville française rêvez-vous de vous installer pour votre
retraite? », Cahors arrive en troisième rang, ce qui est vraiment bien. Si
ma mémoire est bonne, Annecy est second. Arrive en premier... Albi. Mon front
se plisse, j'écarquille les yeux, la mémoire me revient: « Eureka! Mais
oui, mais c'est bien sûr!...Ce n'est pas Cahors que je traversais toujours à la va-vite quand j'allais
dans l'Aveyron! C'était Albi! ».
(A la manière de Coluche:"On vient à Albi avec un plan de Cahors...Pas une rue ne correspond!")
Voilà comment je me suis installé à Cahors en croyant que c'était Albi. Moqueries de Pascale: « J'aimerais bien voir un jour la ville où j'ai failli vivre! ». Nous y allons un jour où il tombe des hallebardes: mauvaise impression, je triomphe. Nous y retournons plusieurs fois: c'est vraiment une belle ville, mais la campagne environnante est plus jolie dans le Lot. Match nul, le choix de Cahors est confirmé.
(J'ai bien fait de choisir Cahors...
....Tu as raison: il pleut souvent des hallebardes à Albi...)
Daniel Bas dit Chedozot, le 24 juin 2010
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