Comme d’habitude, les clients prennent place patiemment dans une longue file d’attente pour poster leur courrier. A la Réunion, personne ne triche en pareille circonstance. Il n’y a donc pas de quoi être de mauvaise humeur.
Au bout de vingt minutes arrive mon tour. Je dois faire peser une grande lettre prioritaire mise à disposition par la Sécurité Sociale qui m’offre en plus une « validité permanente » de 20 g. J’ai bien collé au hasard deux timbres pour faire bon effet, mais, comme depuis quelques années, ils ne comportent plus aucun chiffre, je ne suis pas sûr que mon envoi soit correctement affranchi. Dans ces cas-là, je ne rate jamais une occasion de pester inutilement contre les nouvelles orientations de la poste française qui refuse d’annoncer clairement ses tarifs sur les timbres qu‘elle met en vente.
La postière ne répond pas à mes griefs, souffle, traîne des pieds et prend son temps pour appuyer sur les touches de la balance. De toute évidence, elle joue la montre avant sa pause.
-Il manque 15 centimes, dit-elle, en jetant un coup d’œil à la pendule.
-Pas étonnant…Il n’y a pas de…
-Oui, je sais, je sais, Monsieur, il n’y a pas de chiffre sur les timbres, ça fait trois fois que vous me le dites…Vous avez 15 centimes ? Non ? Pas grave, suivez-moi…
Avant même de pouvoir fouiller dans toutes mes poches, elle m’invite à la suivre derrière un comptoir, d’où elle extrait une boîte à sucre un peu rouillée, contenant des pièces jaunes. Ca alors !
-Mais Madame…Que faites-vous ? Je vais trouver ces 15 centimes. Le temps de…
-Ne cherchez pas, vous dis-je. Regardez, beaucoup de Réunionnais ne ramassent pas les petites pièces des distributeurs automatiques de vignettes. Tous les soirs nous récupérons des sous. Nous les gardons bien au chaud dans ce tiroir. Cadeau !
Ainsi, celle que je rangeais à tort il y a peu dans la catégorie des paresseuses, est en fait une femme d’une gentillesse étonnante.
Voilà comment aujourd’hui j’ai reçu un cadeau de la poste.
Un don d’une valeur inestimable puisqu’il honore l’institution entière.
JAC, le 2 octobre 2012
Les commentaires récents