Monsieur,
Le 9 mars 1991, assis au bar d' un café de l'aéroport de Roissy, j'attendais devant une bière l'heure de prendre mon avion pour Djedda. Un homme habillé d'une veste en cuir, grosses lunettes noires, cheveux coiffés en arrière, lisait le journal à côté de moi. Quelques clients autour du comptoir regardaient dans sa direction avec insistance. Il me semblait avoir déjà vu quelque part ce visage émacié. Nos regards se sont croisés. Puis il a demandé à payer. En sortant un billet de sa poche il a conversé à voix basse avec le serveur et, se tournant vers moi en souriant : " On devrait enseigner la discrétion dans les écoles"...L'inconnu est parti, absorbé rapidement par la foule. Quand ce fut mon tour de régler ma consommation, le serveur me dit : " Vous ne me devez rien, c'est Alain Bashung qui a payé pour vous...!". J'avais du mal à comprendre ce qui m'arrivait..Alain Bashung ! J'ai couru dans le couloir en espérant vous retrouver. Trop tard : vous vous étiez envolé depuis longtemps.
Je n'ai jamais eu le temps ni le moyen de vous remercier pour votre geste de prince : vous nous avez quittés hier après-midi.
Je vous ai revu à la télévision il y a une semaine, lors de votre victoire, votre ultime récompense. Votre apparition m'a bouleversé. J'ai aussitôt acheté votre CD, "Bleu pétrole", que je ne cesse d'écouter. La chanson "Vénus" ne me sort pas de la tête. Vous ne chantez pas Vénus, vous lui lancez un appel émouvant, une incantation poignante, un étrange hennissement...
Alors, merci monsieur Bashung de m'avoir offert une bière, la dernière avant mon départ pour l'Arabie Saoudite où l'alcool est interdit. Merci de m'avoir donné tant de plaisir à écouter votre voix. Je regrette de ne vous avoir vraiment découvert que la veille de votre disparition et ne peux que susurrer ces mots:
"Mon ange
Je t'ai trahi
Tant de nuits, alité
Que mon coeur a cessé
De me donner la vie..."
JAC, le 15 mars 2009
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