Il y a des
lettres comme ça. Trop douces, trop gentilles (et pourquoi ne pas écrire jentilles ?), qui se laissent bouffer ou
contrefaire par leurs voisines, des lettres qui ne trouvent pas bien leur
place, qui n’affirment pas leur personnalité pourtant séduisante, qui se
perdent quand elles vont à l’étranger…Pourtant, le J,
c’est la joie, la jeunesse,
les jouvencelles, les jaunes jonquilles et l’odorant
jasmin !
(Jaunes Jonquilles)
J’ai toujours
mémorisé l’alphabet par vagues successives : A, B, C, D, E, F, voilà pour
la première fournée. Je souffle un peu…et : G, H,
I, J, K voilà pour le deuxième jet.
Une petite pause et : L, M, N, O, P, Q pour continuer, etc. Je trouve que mon J
est bien fragile dans son groupe face à la dureté du K et du G (sauf quand ce
dernier s’allie perfidement avec un E pour s’adoucir et simuler le J comme dans Georges).
Le I, avec
son minois mignon et mutin, agit d’une manière plus fourbe mais se plaît aussi
à tailler des croupières au malheureux J. Avec son petit air discret et inoffensif, n’est-il
pas arrivé à s’attribuer le monopole du point : on dit « mettre les
points sur les i », je propose que
dorénavant on dise « mettre les points sur les j »
et je remercie Pascale de nous en avoir
dessiné un gros comme les galets de nos plages (et pourquoi pas nos plajes?) du pays de Caux.
Quant au H,
n’en parlons pas, dans cette joute oratoire,
il reste muet. Sauf qu’il s’allie quelquefois sournoisement avec le K pour
former le KHA, signe phonétique adopté pour le raclement guttural arabe, lequel
est l’ancêtre du J espagnol, la Jota, qui se prononce comme le CH allemand de Buch,
alors que le J allemand se prononce I comme
dans Ja et que le J anglais se prononce Dji comme dans Jim tout comme le G américain de G.I…Quelle partie
de cache-cache entre le G, le I et le J !
Même un J qui m’est très
cher, le J de Je,
est jugulé par le I dès qu’il pointe son nez
hors des frontières : Ich disent les Allemands, I
(aïe !aïe !aïe !) disent les Anglais, Ik les Hollandais, Io
disent les Italiens et les Espagnols qui en outre déguisent leur I en Grec.
Quand je
vous disais que notre J est entouré de
méchants et de faux-jetons jésuitiques et qu’il ne peut pas mettre le nez hors
de l’hexagone sans être submergé de jargons,
berné, trahi, contourné, roulé dans la farine !…Nous prendrait-on pour des
jobards et des jocrisses?
Il n’y a que les Portugais qui soient avec nous : ils écrivent Jorge et le disent comme des gens normaux !
Aussi, vous prierai-je, à l’avenir, histoire
de renvoyer l’ascenseur, de ne plus jamais
dire qu’il y a de beaux azulejos au Portugal
en vous croyant obligés de racler le fond de votre gorge à l’espagnole comme si
vous alliez expectorer : le J portugais
se prononce normalement, c’est-à-dire comme en français !
Jarnicoton !
Foin de jérémiades ! Cessons de jacasser ! Les Jacques,
les Jacqueline, les Jean-Claude,
défendez votre J contre les usurpateurs, les
contrefacteurs, les jaloux ou les
envahisseurs ! Jugulez la jactance des Judas et
de tous ceux qui nous tirent dans les jambes!
Au judo, s’il le faut ! Il faut sauver
le soldat J !
Quand on
n’aura plus notre J national, doux, subtil,
suave, avec sa hampe qui s’élève vers les cieux avec grâce et intelligence,
quand on ne pourra plus murmurer « Je
t’aime » en arrondissant et avançant les lèvres comme pour se préparer au
baiser, quand JAC sera prononcé KHAC comme
pour se préparer à cracher, alors, il n’y aura plus qu’à jeter le manche après la cognée… Demain, il sera
trop tard ! C’est maintenant le jour J de la croisade du J !
Et en
attendant de faire le signe de la victoire, voici comment faire un J avec la main :
Daniel Bas
17 juin 2009
Commentaires