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n.m.
Bonne dernière d’un peloton de vingt-six lettres concurrentes, parfois
déconsidérée car difficile à caser au scrabble, un peu comme ses cousins
récalcitrants et libidineux, le Q et le X, d’ailleurs souvent de pair au Bois
de Boulogne ou à Pigalle.
Manquant
de caractère, le Z reste fréquemment muet en fin de mot, laissant lâchement aux
autres le soin de s’époumoner à sa place (déboutonnez, tripatouillez, aspirez,
continuez).
Peu
motivé par la course ou le saut d’obstacles, il répugne à enjamber ses
adversaires et la simple idée de les bousculer pour arriver en tête le dépasse.
Il
préfère se la couler douce dans la queue.
Son
mutisme n’a pas toujours plaidé en sa faveur au point que certains ont souvent
tenté de le supprimer, comme on souhaite de nos jours faire disparaître les
bureaux de poste peu rentables ou les lignes de chemin de fer déficitaires dans
les vallées isolées.
Mais
comment retirer les Z à ceux qui s’y adonnent depuis leur naissance et même peut-être
bien avant ?
On
se demande même si cette éventuelle décision serait efficace car ces secours retournent toujours
bien vite à l’envoyeur par le biais des chariots pleins du samedi et les
grattages obstinés dans les familles, du plus petit au plus gros-jean.
Très
tôt dans l’histoire de la langue, l’Académie a pris conscience de grandes
inégalités dans le traitement des lettres. Les unes sont terrifiantes :
les lettres de cachet. D’autres réchauffent le cœur : les lettres
persanes. Mais un débiteur tombe rarement sous le charme d’une lettre de
rappel ; une lettre circulaire laisse indifférent le personnel blasé de la
mairie.
(Alphabet "pharaonique" : tout en camion...)
Il
faut bien se rendre à l’évidence, le pauvre Z est longtemps resté inaudible en
fin de mot et, pour tout dire, même assez timide en début. On a donc rapidement
fait appel à la main d’œuvre étrangère, pour que cette consonne fricative,
délaissée par les Français, trouve enfin sa place.
Les
Grecs ont été les premiers à se présenter aux frontières, et en masse. Depuis
leur intégration, somme toute réussie, notre vocabulaire dispose de mots
nouveaux : zeugma, zéphyr, zoophile, Zorba le Grec,
toutefois assez peu utilisés pour acheter une tranche de pâté chez la crémière.
Quelques
temps plus tard, les Arabes ont fait l’effort de franchir les Pyrénées pour venir
nous offrir : ziggourat, zouave de
l’Alma, peau de zébi, zisqu’alors.
Depuis
peu la position du Z s’est considérablement renforcée au point de se faire de
plus en plus remarquer dans les textes, les SMS ( le chomaze poz des problèmes,
on ne peut les zéviter, dansez sans zézitation, les zavantages de la Zafira,
zizanie chez les Zindiens) ou dans les faits divers. Récemment, dans une ville
des Zardennes, tandis qu’un cuizinier préparait une tarte aux citrons confits,
un voleur a pénétré dans la cuizine en criant :
- Pas un zeste ou
je tire…. !
On
voit là le chemin parcouru par le Z,
depuis ses débuts hésitants dans les manuscrits du Moyen-Âge.
Cependant,
si de nos jours il se multiplie, il doit son embellie à l’apparition d’une
nouvelle mode : le recours systématique
à la sucette pour les bébés.
En
effet, ce téton de silicone ou de caoutchouc, sucé jour et nuit jusqu’à un âge
avancé, ferait zézayer de plus en plus les Français.
En
quelque sorte téter donnerait des zailes au Z !!!...
Son
irrésistible ascension aurait pour cause directe un besoin urgent d’amour et de
tendresse.
Si
le cas est avéré, une immense carrière s’ouvre à lui, en ce siècle
d’inquiétude, sur fond d’explosions de bombes.
(Merci à l'excellent blog "romeojuliette.blog.lemonde.fr/)
JAC, le 5 mai 2009
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