Tout
bon dictionnaire qui se respecte en respectant ses lecteurs, se doit de
commencer par cette jolie lettre, bien charpentée, bien équilibrée. Les enfants
qui apprennent à écrire se penchent d’ailleurs rarement sur le Z dès le premier cours. Irait-on leur
faire dire le montant des gains de l’Euromillion avant qu’ils ne découvrissent
l’existence du chiffre 1 ?
Belles
jambes écartées, cette lettre ouverte, par définition offerte à tous, se
retrouve assez fréquemment dans les expressions alertes de notre quotidien
telles que la bombe A, l’usine AZF, kamikase, attentat,
otage, arsenal
nucléaire, napalm, ou encore dans des locutions latines élégantes
comme : abyssus abyssum invocat
= l’abîme éthiopien ne fait pas l’avocat.
Quand
on insiste sur le A, on obtient facilement le son « aa ». C’est aussi le nom
d’un tout petit fleuve du Pas-de-Calais, un mince filet d’eau prétentieux long
de 80 kilomètres, qui passe dignement à Saint-Omer, sans un regard pour les
cht’is homériques que sont ces braves Audomarois, sans même se retourner sur les
ruines de l’abbatiale Saint-Bertin.
En
forçant un peu plus encore, on s’abandonne au « Ah ! », feulement que la femme débite, au moment
de la projection masculine, le premier samedi du mois. Ce vagissement bien
connu traverse les cloisons en carton trop pressé de l’hôtel Formule 1 ou fait
trembler d’impatience la banquette arrière de la dernière Saxo. Qui, par une
nuit de pleine lune, n’a jamais été tenté de porter secours à sa voisine
en proie à la plus profonde détresse : « Ah ! Ah ! Ah !
Oui, oui, ha, ah, ha !...Oh ! Déjà ? ».
Le
A est aussi indispensable à la phrase
française que le H aux lycéens,
adeptes de rêves psychédéliques au milieu de champs labourés par 20 000
pieds englués dans la boue.
L’esthétisme
de cette lettre est avéré jusqu’ à Katmandu où les autochtones ont coutume de dire :
-Mon
bout d’ A n’est pas laid !
Le
A nous habite,
respire et palpite dans toutes les belles choses de notre vie. Il ne se
retrouve pas dans le « xylocope
xérophytique zeppelinesque ».
Le
A est français, il a le béret bien vissé
sur un crâne chauve, le tiercé dans la poche et la baguette pas trop cuite sous
le bras.
Le xylocope, lui, sent le grec à plein nez et, en tant que tel, peut aller se faire voir.
( Caractéristiques inévitables du A français : béret, bretelles, poireaux, bouteille de rouge et baguette pas fière...Montage JCP sur "Popote et papote")
JAC, le 2 mai 2009
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