L’appui institutionnel
On a pensé
longtemps que la bonne méthode pour transférer nos savoirs serait de créer des
institutions nationales qui « traduiraient » nos enseignements dans
les cultures locales. On a donc formé des formateurs, conçu des programmes,
élaboré des matériels pédagogiques. Les formateurs, souvent mal payés et mal
encadrés sont vite partis ailleurs et ont emporté leur matériel pédagogique
dans leur attaché case. Quelques brillantes exceptions confirment
la règle.
(CESAG Dakar, Centre d’enseignement supérieur de la
gestion)
Les
« partenaires du développement » comme il convient d’appeler
aujourd’hui les donateurs, mettent souvent des conditions à leur appui
financier et technique et encouragent des politiques de développement qui ne
sont pas toujours convergentes entre elles ni avec celles du gouvernement. Les
directeurs nationaux d’institutions sont tiraillés dans trop de directions
(parfois contradictoires) par les offres, les exigences, les opportunités et
les intérêts des différentes parties prenantes.
Or, que va
faire le directeur d’institution nationale face à ces pressions ? Quel est
pour lui, le système d’incitation le plus puissant ? Qu’est-ce qui le
fait courir ? Qu’est-ce qui peut le mieux nourrir son budget, redorer
son blason, lui apporter prestige et notoriété, élargir son réseau
d’information et, par conséquent, son pouvoir ? La clientèle
solvable ? Elle est rare. L’Etat ? Son intervention semble, hélas, le
plus souvent négative : salaires maigres et payés en retard ou jamais,
subventions et dotations incertaines, rotation rapide des dirigeants…
Alors, en
dépit de tous ses défauts, la coopération internationale est ce qu’il y a de
plus motivant : rentrées d’argent plus souples, plus libres, plus
régulières et moins taxées que les apports nationaux, accès à de nouvelles
sources de connaissances et d’information, voyages et publications de prestige,
appuis pour peser sur les blocages des bureaucraties nationales, etc. Face à la
puissance des étrangers, il est peu probable que l’institution nationale puisse
constituer un contre-pouvoir national.
Quand la
formation ne répond pas à la demande, qui faut-il blâmer ? Généralement,
on s’en prend à tort ou à raison à l’offre inadaptée des institutions de
formation et on se lance dans des programmes coûteux de renforcement
institutionnel…jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que l’offre ne répond toujours pas
à la demande.
C’est que la
demande n’existe pas. Les besoins, eux, existent et sont énormes, mais la
demande est inexistante ou très faible. Les besoins de formation ne s’expriment
pas en demande de formation soit par ignorance (on ne sait pas que ça existe),
soit par incrédulité (on ne croit pas à la formation comme solution à ses
problèmes) soit enfin par insolvabilité (on ne voit pas comment on pourrait
s’offrir ou se faire offrir ce luxe). Lorsque la demande solvable existe, elle
est le fait de la petite minorité occidentalisée qui parle et pense européen ou
américain et travaille généralement dans une grande entreprise publique ou dans
une multinationale. Cette demande est donc biaisée et ne traduit pas les
besoins de la grande masse de la population laborieuse. Encore ici, pas de
contre-pouvoir.
Face à cette
demande nationale inexistante ou limitée et biaisée, il existe en effet une
offre étrangère forte et irrésistible. Les agences de coopération
internationale insistent pour qu’on leur prenne leur argent, leurs agents,
leurs méthodes… Elles s’impatientent parce que, si le budget n’est pas dépensé
avant la fin de l’exercice, ce sera un aveu d’échec et l’allocation sera
réduite la prochaine fois. Elles s’impatientent parce que, si elles ne placent
pas leurs consultants et experts, les meilleurs vont aller ailleurs. Les
consultants s’impatientent car ils ont des contrats à durée limitée. Les
industriels s’impatientent car ils sont pressés de fournir l’équipement lié au
projet.
Les agences
internationales exercent une pression d’autant plus forte et biaisée qu’elles
ont souvent été à l’origine de l’étude des besoins dans le cadre d’innombrables
missions d’assistance préparatoire, d’identification, d’analyse, de
formulation, de reformulation et d’évaluation… Il y a fort à parier que le
profil et les méthodes de ces enquêteurs des pays industrialisés les aura fait
passer à côté des énormes besoins du monde rural ou du secteur informel. Il est
à craindre aussi que la pression d’experts en surnombre ait pu transformer en
besoins de formation des pays en développement ce qui est surtout un besoin
d’exportation de consultants et d’équipements en provenance des pays
industrialisés…Bref, l’étude de besoins risque d’être surtout un besoin
d’études.
Ceci fera
l’objet de notre billet de demain… A bientôt
Daniel Bas
7 mai 2009.
On va y venir. Il suffit d'avoir le courage de tenir jusqu'à la parabole du singe (6)! Courage! Tu sais déjà pour sûr que l'ordonnance va prescrire beaucoup d'amour. Daniel
Rédigé par: Chedozot | 08/05/2009 à 16:53
Magnifique...On a tout compris. C'est pour ça que l'Afrique ne s'en sort pas. Que faudrait-il faire, docteur ?
Rédigé par: Jac | 08/05/2009 à 13:40