Piercing
Le
« percé » est particulièrement fier d’exhiber son trou et l’anneau
qui en sort mais sait très bien au fond de lui que ça ne sert pas à grand-chose
de le faire à l’estomac. En effet, qui d’autre que le chirurgien pourrait être
séduit par un diamant caché au milieu du suc gastrique ?
Pourtant,
certains, voire certaines, garderaient au fond de leur(s) trou(s), une petite
boule blanchâtre, concrétion globuleuse, brillante et dure, destinée à être
titillée avant chaque visite, jouant ainsi
le rôle de la sonnette qui annonce l’arrivée du plombier. Ces petites
perles sont souvent elles-mêmes percées d’un trou pour... se faire enfiler.
Parfois
la plaie suppure, mais il arrive aussi qu’elle ne sue pas toujours pur. On aura
donc tout intérêt avant chaque invitation à bien nettoyer son trou avec un
désinfectant.
Le
piercing externe n’est pas recommandé aux militaires lors du parcours du
combattant : l’anneau pouvant rester accroché aux fils de fer barbelés.
Les
voyageurs percés aux ailes du nez, aux sourcils, aux lèvres, aux oreilles,
laissent sceptiques les policiers des
frontières, car le spécimen en chair et en os ne correspond pas toujours à la
photo du passeport. Très peu vérifient jusqu’à présent la décoration du nombril
où se cacherait désormais la nouvelle identité. Il n’est d’ailleurs pas
impossible, dans les années à venir, que sur les passeports, une photo du
nombril remplace le traditionnel portrait, vu que le centre de gravité de la
personnalité tend à glisser vers le bas, pour tout dire, vers le bas ventre.
Les
percés aiment bien exposer leurs petits bouts de fer dans tous les coins du
monde, sur les marchés au Maroc, parmi les pèlerins de Bénarès, devant les
Tibétains médusés ou à Calcutta, près des mouroirs de Mère Thérésa.
La
rencontre entre les occupants des cars touristiques et les fidèles dans les
temples balinais se passe assez bien. Surtout pour les touristes qui se sont
déplacés exprès.
Cependant
depuis peu, quelques insulaires émettent le désir d’acheter des appareils
photos afin de garder une trace, un souvenir de tous les anneaux de rideaux
étonnants des Occidentaux et pouvoir ainsi montrer les clichés dans leur famille,
au retour de la cérémonie religieuse ou des travaux de consolidation des murets
de terre dans les rizières en terrasses.
Les
Balinais adorent observer le contenu des autobus de voyage qui se répand de
bonne grâce à leurs pieds. Ils s’amusent de ces coutumes récentes du percement de
la peau au regard de leur civilisation quasi inchangée depuis 3000 ans.
Les plus âgés s’inquiètent néanmoins du fait que beaucoup de jeunes abandonnent les traditions, la terre, la famille, et meurent d’envie de se faire percer comme les surfeurs australiens ou de frimer sur des petites motos bruyantes rien que pour faire croire qu’ils sont occidentalisés, et depuis toujours…
(Pour l'instant les piercings font un peu peur aux enfants malgaches)
( Oeil noir des Masaïs à l'encontre des percés...)
(Face aux piercings les femmes Hamers ont un sourire mais ferment les yeux pour ne point voir... )
JAC, le 18 avril 2009
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