25 décembre 2000, Jaisalmer, Radjahstan, Inde du Nord,
J'ai baissé la tête en franchissant le Tilon-ki-Pol , joli porche construit au XVIII ème siècle par une célèbre prostituée. J'aime l'idée selon laquelle elle voulait forcer les gens très "respectables", surtout les épouses, à courber le dos pour passer "sous sa demeure" en allant puiser de l'eau au lac Gadi Sagar. On disait dans les familles à cette époque que les deux arches ciselées rappelaient les jambes écartées de la fameuse courtisane. Parvenu au niveau du portillon, aucun habitant de Jaisalmer n'osait lever les yeux, par pudeur, vers la ...clef de voûte de son intimité...Combien de maris fautifs, un peu honteux d'y avoir "goûté", pressaient alors le pas, décidés à ne plus jamais emprunter cet itinéraire humiliant. Agacé par les rumeurs, le maharadjah décida la démolition de l'édifice, objet de scandales incessants. Mais, avant même la destruction, la femme galante fit édifier au-dessus du porche un petit sanctuaire dédié à Krishna... Le maître, pris de vitesse, n'osa immoler un des avatars de Vishnou, pensionnaire plus que jamais incontournable du panthéon hindouiste. Comment désormais, interdire l'accès à un conduit, fût-il féminin et payant, mais supervisé par une divinité toute puissante?
L'ensemble des pavillons ocre en pierre ciselée, l'immense portail donnant sur le lac, le calme des lieux, tout est d'un charme exquis. Je suis resté là des heures ce matin, fasciné par les longues grues un peu précieuses, les hérons, les ibis, dans leur lent ballet au-dessus de l'eau. L'endroit est un espace privilégié pour les sangliers. Ils pataugent dans la boue, étrillent les chiens, cherchent querelle aux bouteilles en plastique. Les vaches, elles, d'une sérénité qui force l'admiration, se déplacent comme des ascètes, détachées de ce monde bassement matériel, mais insoucieuses des fientes grotesques qui souillent leur queue.
Un très beau barde au turban rose, petite moustache grise de séducteur élégant, jouait de la gandoura sur les pavés de marbre. Je ne pouvais me détacher de sa compagnie. Plusieurs fois je l'ai récompensé pour la paix qu'il m'apportait en ce jour de Noël et pour sa jolie musique qui m'entrait dans le coeur.
Je suis repassé avec plaisir sous les fourches Caudines en regardant Krishna bien ...dans les yeux : aucune raison aujourd'hui de craindre des avatars...
(photos JAC, Jaisalmer, Inde, décembre 2000)
JAC , le 30 décembre 2008
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