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Je relisais à haute voix Ubu, d'Alfred Jarry, quand je fus incommodé dans ma lecture par les aboiements d'un chien voisin qui s'escagassait les mandibules sur un portail très ordinaire.
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- Merdre ! fis-je en langue ubuesque. De par ma chandelle verte! Qu'on aille quérir la machine à décerveler !
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J'ai cherché à identifier ce chien, un chien de plus dans la rue qui me borde. Ils sont maintenant bien sept, dotés de tessitures et de complexions différentes, mais presque tous ont en commun cette étrange manie d'aboyer après tout ce qui bouge.
Un enfant passe, une caravane passe et la meute s'ébranle dans une symphonie cacophonique pour cors, crécelle, saqueboutes et tubas.
Se joint au concert un Pitbull très caché, une sorte d'arme de guerre, de force dissuasion de poche qui pour l'heure, n'a encore pas réussi à dévorer, que dis-je ! à dé-chi-que-ter un passant.
Mais ça viendra, forcément.
Le septième chien, celui qui me casse mon Ubu, aboie, lui aussi, mais après rien. Il aboie pour la gloire.
C'est je crois un Boudin Nain des Flandres de couleur chocolat au lait. Mais je ne m'y connais guère en races canines. J'hésite encore. Peut-être est-ce un Berdalioque du Tessin, une Morcelle du Puy ou un Tyranneau de Tirana, une Scrofule du Piémont, un Patibulaire du Soho, une Crevure de Chelsea, un Roquet d'amour ou pire encore, une Fistule de Zuydcoote mâtinée de Cervelas Malinois. Allez savoir avec toutes ces variétés pittoresques qui sévissent dans cet univers cynophile qui ne fait ni dans l'esthétisme, ni dans la philanthropie…
Bref, si petit et si emmerdant !
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La société a le toupet d'appeler ces engins animaux de compagnie ! Compagnie de quoi? Compagnie de qui? Les maîtres (si ce mot noble peut s'appliquer ici) ne s'en soucient guère. Certes, ils doivent les approvisionner en eau, en petfoods secs et en restes du manger. Mais c'est tout.
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Les maisons seraient finalement réduites à des goulags, des goulags de type sympa où il n'existe nulle obligation de travailler, ce qui est une absurdité. Il suffirait de faire pédaler les chiens chiants dans des cages d'écureuil et on aurait l'électricité gratuite. Ils serviraient au moins à quelque chose. Et il y a fort à parier qu'ils y prendraient du plaisir.
Qui sait si le travail ne les humaniserait pas qu'un peu.
Un chien heureux, ça ferme sa gueule.
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On vit des temps étranges...
Relisons, voulez-vous, Les 101 Dames à chiens de Philémon Tuloup
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