Ma Photo

novembre 2008

dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam.
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
Blog powered by TypePad
Membre depuis 02/2004

« JAC a dit: ânes de Santorin | Accueil | JAC a dit: Viêt-nam, Nord Sud »

27/04/2008

JAC a dit: Indira la rebelle

-

JAC, l'infatigable voyageur était encore au Radjahstan en quête de rien, ce qui fait l'intérêt du voyage quand on est voyageur.  Car à l'instar de Picasso, JAC "ne cherche pas, il trouve". Il nous livre ici un tableau de maître sur fond de désert, le portrait de l'emblématique chamelle Indira qui, en dépit de son caractère de cochon, deviendra son amie.

-

Indira_1_opt

-

Fort d’Osyan, Radjahstan, Inde, 28 décembre 2003,

-

Indira n’est pas dans son assiette aujourd’hui…Elle ne cesse de maugréer contre les mouches et la chaleur accablante. Son esprit est ailleurs, tourné sans doute vers l’heureux événement qui la délivrera bientôt. C’est pour cette raison qu’elle ne supporte plus la présence d’étrangers dans les parages, encore moins sur son dos…La chamelle me fait savoir par des ruades explicites et un manque évident de coopération au moment de m’asseoir sur sa bosse, qu’elle maudit les appareils photos, les sacs pesants et les touristes multi poches. Elle déteste cette promenade forcée car une femelle qui attend des chamelons a des chats à fouetter. Peut –être même aussi des maîtres.

-

A mi-parcours la bête s’agite à l’approche d’un réservoir d’eau. La pauvre ! Comment peut-elle se désaltérer en transportant sur son dos d’âne un photographe de 80 kilos ? Il vaut mieux descendre de la protubérance, revenir sur terre et laisser l’assoiffée boire à sa guise. D’ailleurs moi aussi j’ai envie de marcher sur les dunes, où bon me semble, au gré de mon instinct. Le chamelier ne comprend pas. Il attend que je remonte, m’apostrophe, puis tente de me raisonner en jouant sur les subtilités de la langue rajpoute :

-

- Comment ? C’est pas sérieux ! Je suis payé pour promener des grosses lunettes et des caméras… Que va dire mon patron ? Je ne tiens pas à avoir des histoires, moi…

-

Indira_2_opt

-

Son dromadaire le regarde déblatérer, puis secoue la tête en tous sens pour se débarrasser d’un adversaire invisible : les taons sont durs en fin de grossesse.

Décision irrévocable, je persiste à marcher à côté de mon camélidé grincheux, même s’il fulmine contre les tiques, les cris des enfants, et l’attitude lamentable des hommes. Mais, quand un quadrupède écume et que son œil étincelle, c’est qu’il rumine sa vengeance… Au moment le plus inattendu, l’animal rue, se cabre, et mord son maître au bras.

Indira s’enfuit. Le guide hurle. Trébuche. Perd l’équilibre et s’abat tête la première sur les cailloux de la piste. Il se relève d’un bond en envoyant au diable son gagne pain capricieux, puis en retournant sa colère contre l’étranger incontrôlable, ce mauvais exemple qui sèmerait bêtement la zizanie dans une méharée disciplinée.

Je n’ai rien à dire pour ma défense. Indira est une insoumise et refuse de rouler sa bosse pour les humains : pas de collaboration avec l’ennemi. Elle doit savoir qu’une homonyme plus célèbre qu’elle, a payé de sa vie son attachement excessif à la destinée du pays…

-

Indira_3_opt_2

-

J’ai demandé une Jeep pour aller en ville. Au village. Dans le bourg. Jusqu’au hameau perdu, quoi ! Pas de Jeep. Ou alors, si, il y a en aurait bien une, mais ensablée et…on ne sait pas la désensabler. Bon, on en fait venir une autre. Puis on me propose un dromadaire. Il serait prêt à partir à l ‘instant. D’ailleurs il se tient derrière mon dos. Il n’attend que mon bon vouloir. Me voici une nouvelle fois devant… ma belle rebelle !

-

- No, thank you Sir, not Indira…

-

Le gérant des “taxis locaux” ne me demande même pas comment j’ai fait la connaissance de son vaisseau du désert. On m’annonce l’arrivée d’un guide. Il est déjà 16 heures. La lumière baisse. Le chauffeur aussi, surtout les yeux, car il ne comprend pas l’anglais. Je lui explique, j’essaie de lui expliquer, avec gestes à l’appui, que j’aimerais prendre des clichés de maisons bleues, particulièrement jolies dans la région. Il répète : « Jaïn temple, Jaïn temple »…Voilà toute la teneur de son bagage linguistique, ce qui paraît un peu juste pour un guide censé travailler avec les étrangers.

La lassitude me prend. Je n’y crois pas moi-même et ma prière s’évanouit dans le vent. Néanmoins je prends place au fond de la camionnette en compagnie de délicates tourterelles turques vert émeraude, enfermées dans des cages en bois. Le conducteur me dépose devant le monument religieux annoncé, s’arrête en plein milieu de la rue, puis se dirige en souriant vers la terrasse d’un café où des camarades enturbannés l’attendent. Dans Osyan même, les gamins me harcèlent et m’agressent avec leurs : « One pen, one pen, money give !! » Ils poussent des cris stridents. Déstabilisé, je range mon matériel et revois mes objectifs à la baisse : un goulab gluant dégoulinant de miel. Il n’y a plus qu’à remonter à pieds se réfugier dans la forteresse des sables.

-

Indira_4_opt

Fors et fort intérieurs n'ont pas de racines communes, mais ont des secrets en commun (NDR)

-

Ce soir, assis sur la dune, je contemple la lumière dorée qui s’épanche sur les maisons bleu lavande de la cité. Un dromadaire m’observe. Il s’approche de moi. Indira vient à sa manière me témoigner sa reconnaissance pour le petit moment de liberté dont elle a joui cet après - midi. Je lui offre en échange quelques brins de paille qui traînent. J’ai maintenant une amie au Radjahstan. C’est ce que je me dis dans mon "fort" intérieur.

-

JAC

-

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/17902/28533926

Voici les sites qui parlent de JAC a dit: Indira la rebelle:

Commentaires

Oh que j'expédierai bien certains "casques à boulons" à l'esprit étriqué, dans ce désert à bosses !
Ils reviendraient soient philosophes soit fous...

Poster un commentaire