JAC a dit: Douce Ethiopie
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JAC, l'infatigable voyageur, est une sorte de tous-terrains blindé, mais à la différence des half tracks, il n'attaque jamais. Il se défend toujours. Sa tactique: s'habiller en blanc. Ainsi paré, il se joue autant des kalachnikovs que des méningocoques et des streptocoques. En Ethiopie, il aurait même pu être médecin, obstétricien, sage-femme. Mais sa force ne s'arrête pas à son blindage. Son Canon sait aussi cueillir des sourires, sinon des portraits d'une colossale candeur. Un Honnête Homme du XXIe siècle, en somme. NDR.
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Key Afer, sud de l’Ethiopie, 29 décembre 2005,
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Key Afer et son marché paisible
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Les vendeurs se tiennent devant des tapis aux couleurs criardes. Les nomades, calebasse sur la tête , cheveux tressés, enduits de terre rouge et de beurre clarifié, passent, touchent, tâtent, soupèsent, retâtent, chicanent mais finissent par acheter et avec le sourire . Les femmes portent une peau de chèvre en guise de jupe. Elles s’exhibent devant les échoppes, le buste couvert de colliers, le dos lardé de profondes cicatrices. Peau fine et œil malicieux, elles se mettent vite en colère mais éclatent de rire aussitôt.
Pas de Kalachnikov : les guerriers sont priés de les déposer à l’entrée du village. L’un d’eux se promène de long en large, d’étal en étal en se laissant guider par les caprices d’une chèvre qu’il tient en laisse.
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Key Afer et sa gargote agitée
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Nous entrons dans un relais de brousse, plein, archi plein d’hommes de tribus diverses, de marchands arabes à l’œil mercantile, de combattants paisibles embarrassés dans leurs colliers et leurs bracelets étincelants. Pas de place pour s’asseoir. On nous « pose » dans l’arrière-cour aux relents d’étable et de toilettes malsaines.
D’ailleurs, assis sur un bidon en plastique en attendant notre repas, nous avons une vue privilégiée sur les pissotières. Je sais d’avance que je ne digérerai pas « l’injera » que le gérant jovial tient à me faire… ingérer. Puis… la faim aidant…
Tandis que la porte des cuisines bat au même rythme que celle des cabinets, j’ai tout loisir d’observer l’agitation ambiante : hommes assis en tailleur sur le sol, chèvres attachées à l’extérieur mais tentées de profiter des plaisirs du jour, poules pressées de s’évader par les latrines, camionneurs nerveux qui poussent de mauvaise grâce un tonneau de mauvaise graisse.
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Key Afer et son hôpital déroutant
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Hassan, mon guide, me presse de partir. Il faut s’en aller. Je ne comprends pas. Nous ne payons donc pas ? Il se faufile dans la foule …bouscule une serveuse …J’ai grand peine à le suivre. Chauffeur habituellement audacieux, il semble tout à coup perdu, hagard, perturbé en ouvrant les portes du 4X4. Il démarre en trombe et m’annonce brutalement la nouvelle qu’il vient de recueillir en parlant à droite et à gauche :
il faut vite se rendre à l’hôpital se faire vacciner contre la méningite A et C.
Une épidémie s’est déclarée dans la région. Il y aurait des morts…Voilà la raison pour laquelle il y avait si peu de monde au marché aujourd’hui. L’hôpital paraît désert. On nous fait savoir qu’il faut attendre une heure environ le retour des infirmiers, partis « en pause ».
Une femme hamer, assise sur un banc, a toutes les peines du monde à porter son gros ventre. Elle soupire et m’implore de la soulager de son mal. Inutile de lui demander si elle vient elle aussi pour une injection…Celle-ci a été pratiquée il y a tout juste neuf mois. Ses gémissements deviennent intenses. Y-a-t-il un médecin aux « Urgences ? »
Si elle accouche avant l’arrivée du personnel médical, qui d’autre que moi devra couper le cordon ? Mon vaillant timonier en sera bien incapable. D’ailleurs il a senti le vent venir : pâle et nerveux, il se plaint d’un très fort mal de tête. La future mère veut s’allonger, mais elle aimerait bien marcher, courir, s’enfuir, loin de là, loin de la douleur qui l’oppresse. Je ne sais pour quelle raison elle ne cesse de me regarder. J’appelle… : « Ohé ! Y a quelqu’un ? »
La dame s’agrippe à mon bras et commence à serrer, serrer…Mais, je comprends pourquoi elle a jeté son dévolu sur moi. Aujourd’hui, je suis habillé en blanc ! Elle me prend donc pour un médecin ! Qu’est –ce que je fais ici ? Encore une plaisanterie au goût Hamer ! A ce moment-là, enfin, alors que les blouses blanches reviennent tranquillement de leur pause et nous, nous revenons de loin…Je fais des gestes pour les presser un peu. Ils me saluent.
L’un prend en charge l’Hamer …qu’on voit « danser » pendant son travail. Les cinq autres examinent mon carnet de santé. Leur visage grave confirme l’existence de l’épidémie. Mes vaccins sont anciens, parfois illisibles. De toute évidence, une nouvelle injection s’impose. Mais auparavant, quelques précautions m’obsèdent : vérifier la date d’expiration du produit, au nom de laboratoire, certes, respectable, examiner aussi la virginité de la seringue. Tout paraît normal. Allons-y ! Hassan, mon ange gardien, me serre le bras…Lui aussi s’accroche à ma sérénité, avec la même détresse dans les yeux que dans ceux de l’ Hamer, toujours recommencée. Une larme coule de sa joue pendant la piqûre. Puis il me saute au cou, dans l’euphorie de sa délivrance .
Quelque part une femme pousse un énorme cri de douleur.
Les infirmiers inscrivent en amharique des chiffres sur mon carnet ainsi que la date du jour du calendrier éthiopien. Key Afer et ses conséquences : Sur la route, vers Turmi, la douleur au bras ne m’inquiète nullement, mais une brûlure d’estomac insistante, accompagnée d’une vague nausée. Le vaccin provoquerait –il déjà des effets secondaires ?
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La piste rouge est belle, douce, sinueuse à travers les euphorbes et les épineux. Des femmes se rendent à pied au prochain village, distant encore d’une quarantaine de kilomètres. De loin on les reconnaît facilement : elles prennent tant de place avec leur calebasse sur la tête, une autre sur la hanche, un ou deux enfants dans le dos, une jupe en peau de chèvre qui pend jusqu’au sol. Un chevrier nous arrête, sourire en guise de salut, mais Kalachnikov en bandoulière. Il a soif : il vide d’un trait une de nos bouteilles d’eau minérale. Je lui achète son tabouret-repose-tête.
L’argent l’intéresse bien sûr, mais c’est surtout un deuxième litre d’eau qu’il veut. Notre nouveau compagnon me touche les cheveux…En échange je palpe son crâne rasé sur lequel il a posé une sorte de galette de un centimètre d’épaisseur, un enduit de terre glaise malaxée avec des pigments, auquel on incorpore trois cuillerées d’huile de palme et un verre de beurre liquide, selon une recette ancestrale en vigueur dans la région depuis des centaines d’années.
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L'Hôtel-camping de Turmi
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« L’hôtel » de Turmi…n’est qu’un champ de taupinières où chacun plante sa tente, s’il en a une, là où il peut. Des employés proposent spontanément de nous aider mais réclament surtout à manger.
19 heures. Je suis pris d’une envie inquiétante de dormir, signe annonciateur de problèmes gastriques. Nuit de cauchemars, de diarrhées centrifuges et centripètes. Les toilettes étant d’une saleté immonde, il est préférable d’opter pour la nature à la belle étoile, avec des hyènes ou des chacals pour témoins.
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Quand donc finira la nuit ?
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JAC
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elle sont belles ces photos
Rédigé par: jp | 05/04/2008 at 22:13