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31/03/2008

JAC a dit: oiseau rare

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JAC, l'infatigable voyageur, n'en finit pas d'écumer le Radjasthan. Ce qui l'intéresse, ce sont les couleurs locales et il se moque pas mal que Kipling, qu'il n'a pas trop lu, ait traîné ses guêtres dans un quartier de Bundi. Certes, il était né à Bombay. Il était là un peu chez lui. Mais c'est quand même moins émouvant que la signature gravée de Lord Byron, sur une colonne d'un temple au Cap Sounion, sur fond de soleil couchant face à la mer Egée. C'eût été Rimbaud, JAC en aurait fait une tartine, mais Kipling, Mowgli, Baloo, tout ça...

Bref, JAC zone à Bundi. Et quand on zone à Bundi, on rencontre forcément d'imprévisible laitiers et de non moins imprévisibles oiseaux rares, conducteurs de Rickshaws (NDR).

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Bundi, Radjahstan, Inde, 4 janvier 2004,

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" Le propriétaire de la pension Braj Bhushanjee est un moustachu délicat, besogneux en affaires, descendant des notables de Bundi et même petit–fils de ministre. Il a restauré sa maison, ancienne haveli du XIXe siècle, une demeure de caractère, décorée d’antiquités, de peintures murales, de tableaux illustrant des épisodes de la vie des dieux, de vieilles photos sépia délavées. L’une d’elles m’attire irrésistiblement: des dizaines de vaches blanches se font face.

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J’avais été envoûté il y a deux ans à Roopangahr par un tableau similaire. Le charme, la poésie, l’innocence de ces œuvres me poussent à rester fidèle à cet endroit. Aussitôt revenu de mes pérégrinations, je contemple ces murs chargés d’histoire, de symboles et de vie. Nous sommes là dans une famille brahmane où l’on entend le soir des hommes chuchoter des prières. Nous partageons un petit bout de quotidien de ces gens simples, doux et raffinés. Le maître est un antiquaire averti, pieux et végétarien dans l’âme, soucieux du bien être de ses invités mais aussi de son tiroir caisse.

Ce matin c’est une promenade en rickshaw au hasard des quartiers de la ville avec un guide sympathique et perspicace. Serait-il l’oiseau rare que je recherche en Inde? Il me propose la visite de plusieurs bâtiments caractéristiques de Bundi, entre autres celle d’un pavillon blanc au bord de l’eau, bien connu des Anglais parce qu’un écrivain britannique y aurait séjourné. Il m’emmène tout d’abord sur la place des laitiers qui viennent en nombre vendre leur produit chez les petits commerçants.

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Leur vélo supporte d’étonnants pots en cuivre accrochés de chaque côté du guidon et de part et d’autre de la selle. C’est un ballet incessant de bicyclettes et de boules jaunes qui étincellent au soleil. Les hommes se laissent approcher facilement, sourient de toutes leurs dents.

Plus loin, à la sortie de la ville presque, ce sont les Louars, ferronniers du désert. Les mères, belles, arrogantes, un bébé ou deux au sein, en colère puis tout sourire, actionnent le soufflet. Histoire de souffler le chaud et le froid. Les Louars, sales et agressifs, nomades par excellence, dorment à même le trottoir. Les femmes portent des monceaux de bijoux. Sur le bas-côté du chemin, certaines cassent des cailloux. Leur sourire est une récompense pour le voyageur avide d’émotions dans les contacts. Elles gagnent 50 roupies par jour, à peine 1 euro. Leur beau visage exprime l’innocence, la douceur, le courage, la détermination à survivre.

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Les Rabaris, eux, ne touchent pas au fer. Ils vivent dans de meilleures conditions, semble-t-il, sous des tentes, et partagent leur destin avec les chameaux. Mon conducteur a ensuite maille à partir avec un type louche qui le harcèle, me confie-t-il, depuis des années : il lui réclame des sous mais jamais la même somme.

Je m’écarte discrètement, volontairement neutre dans le débat contradictoire, mais aussi pour éviter de prendre des coups. C’est un drogué racketteur qui ferait monter les prix au gré de sa dépendance. Je les laisse s’expliquer violemment et n’ose monter dans le rickshaw. Nous sommes assez loin du centre, devant le Sukh Mahel (le Palais des Plaisirs) dont la façade de marbre blanc se reflète dans les eaux vertes du lac Jaït Sagar.

Kipling y aurait écrit…, y aurait fait…, je ne sais plus trop quoi, composé un poème peut-être, aidé une femme de ménage à retaper le lit ou bien dégusté le meilleur porridge de sa carrière. Mais, comme mes connaissances sur Kipling remontent à quelques vagues souvenirs scolaires, je préfère suivre la lente descente des bicyclettes lestées de pots en cuivre, spectacle d’une esthétique plus achevée qu’une altercation dans la douleur devant le Palais… des Plaisirs. Après une bonne heure d’attente, mon conducteur n’est toujours pas revenu du démêlé hebdomadaire imposé par son agresseur. Peut-être tombé à l’eau. Tout comme ma promenade avec lui d’ailleurs …

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Le retour vers la ville se fait donc sur le porte-bagages arrière d’un charmant laitier. Notre arrivée ne laisse pas indifférentes les marchandes de légumes du marché qui nous applaudissent de bon cœur. Le temps de me dégourdir les jambes, ankylosées par la descente, puis de déjeuner à la pension, monsieur Bushanjee me dit s’inquiéter de la présence devant sa porte d’un conducteur de rickshaw « malhonnête » qui « souhaite me parler cinq minutes ». Il préfère m’accompagner « pour régler le problème » et ajoute, en descendant les marches vers la sortie : « Si je suis avec vous, il ne vous arrivera rien ». Son explication n’est pas faite pour me rassurer. Il ouvre la porte ...

Un individu sombre m’attend. Je me trouve face à …, je reconnais, mais difficilement, mon chauffeur de ce matin, les yeux rouges, les mains tremblantes, dans un étrange état d’excitation. Il pleure. Il parle fort. Je ne comprends rien. Le patron est obligé de traduire :

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- Il vous demande de lui régler 100 euros car il vous aurait attendu toute la matinée et il a perdu beaucoup d’argent par rapport aux autres jours… mais vous ne lui en donnez que cinq , c’est tout ce qu’il mérite . Je le connais bien, c’est un des plus grands drogués de la ville.

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Mon ex-guide doit se contenter de la somme que je lui dois, c’est-à-dire le prix convenu avant la course. Il ne conteste pas, empoche les roupies, baisse la tête et s’en va d’un pas lourd et hésitant.

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C’est en cherchant un oiseau rare qu’on trouve parfois des gibiers de potence".

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JAC

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