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18/06/2009

Petite pause...


C'est le temps des valises, des sacs à dos, des ultimes achats, des derniers bisous avant de monter dans l'avion...Il y aura du mou sur les blogs en juillet, je le sens : on ne peut pas, à la fois, chasser la bisque de homard, débusquer le cassoulet de Toulouse, braconner les truffes du père Igor et pondre des inepties sur les blogs...

Il y a un temps pour tout.

                         Bonnes vacances !

                             

                        JAC, le 18 juin 2009

17/06/2009

LA LETTRE J


J bois 2
(Un J comme Joie. Sensualité du jambage, droiture de la hampe, précision et finition du point, sagesse, protection, réflexion du petit raccord. Deux diagonales parallèles : équilibre et mouvement. Une belle lettre. Dessin de Pascale Bas, d’après vieux bois et galet. 2009).

 

Il y a des lettres comme ça. Trop douces, trop gentilles (et pourquoi ne pas écrire jentilles ?), qui se laissent bouffer ou contrefaire par leurs voisines, des lettres qui ne trouvent pas bien leur place, qui n’affirment pas leur personnalité pourtant séduisante, qui se perdent quand elles vont à l’étranger…Pourtant, le J, c’est la joie, la jeunesse, les jouvencelles, les jaunes jonquilles et l’odorant jasmin !

 Jonquilles-01

(Jaunes Jonquilles)

J’ai toujours mémorisé l’alphabet par vagues successives : A, B, C, D, E, F, voilà pour la première fournée. Je souffle un peu…et : G, H, I, J, K voilà pour le deuxième jet. Une petite pause et : L, M, N, O, P, Q pour continuer, etc. Je trouve que mon J est bien fragile dans son groupe face à la dureté du K et du G (sauf quand ce dernier s’allie perfidement avec un E pour s’adoucir et simuler le J comme dans Georges).

 

Le I, avec son minois mignon et mutin, agit d’une manière plus fourbe mais se plaît aussi à tailler des croupières au malheureux J. Avec son petit air discret et inoffensif, n’est-il pas arrivé à s’attribuer le monopole du point : on dit « mettre les points sur les i », je propose que dorénavant on dise « mettre les points sur les j » et je remercie Pascale de nous en avoir dessiné un gros comme les galets de nos plages (et pourquoi pas nos plajes?) du pays de Caux.

 

Quant au H, n’en parlons pas, dans cette joute oratoire, il reste muet. Sauf qu’il s’allie quelquefois sournoisement avec le K pour former le KHA, signe phonétique adopté pour le raclement guttural arabe, lequel est l’ancêtre du J espagnol, la Jota, qui se prononce comme le CH allemand de Buch, alors que le J allemand se prononce I comme dans Ja et que le J anglais se prononce Dji comme dans Jim tout comme le G américain de G.I…Quelle partie de cache-cache entre le G, le I et le J !

 

Même un J qui m’est très cher, le J de Je, est jugulé par le I dès qu’il pointe son nez hors des frontières : Ich disent les Allemands, I (aïe !aïe !aïe !) disent les Anglais, Ik les Hollandais, Io disent les Italiens et les Espagnols qui en outre déguisent leur I en Grec.

 

Quand je vous disais que notre J est entouré de méchants et de faux-jetons jésuitiques et qu’il ne peut pas mettre le nez hors de l’hexagone sans être submergé de jargons, berné, trahi, contourné, roulé dans la farine !…Nous prendrait-on pour des jobards et des jocrisses? Il n’y a que les Portugais qui soient avec nous : ils écrivent Jorge et le disent comme des gens normaux ! Aussi, vous prierai-je, à l’avenir, histoire de renvoyer l’ascenseur, de ne plus jamais dire qu’il y a de beaux azulejos au Portugal en vous croyant obligés de racler le fond de votre gorge à l’espagnole comme si vous alliez expectorer : le J portugais se prononce normalement, c’est-à-dire comme en français !  

 

Jarnicoton ! Foin de jérémiades ! Cessons de jacasser ! Les Jacques, les Jacqueline, les Jean-Claude, défendez votre J contre les usurpateurs, les contrefacteurs, les jaloux ou les envahisseurs ! Jugulez la jactance des Judas et de tous ceux qui nous tirent dans les jambes! Au judo, s’il le faut ! Il faut sauver le soldat J !

 

Quand on n’aura plus notre J national, doux, subtil, suave, avec sa hampe qui s’élève vers les cieux avec grâce et intelligence, quand on ne pourra plus murmurer « Je t’aime » en arrondissant et avançant les lèvres comme pour se préparer au baiser, quand JAC sera prononcé KHAC comme pour se préparer à cracher, alors, il n’y aura plus qu’à jeter le manche après la cognée… Demain, il sera trop tard ! C’est maintenant le jour J de la croisade du J !

 

Et en attendant de faire le signe de la victoire, voici comment faire un J avec la main :

Lettre J
(Le signe de ralliement de la croisade du J)

 

 

 

 

Daniel Bas

17 juin 2009

 

13/06/2009

Voluptueuses éVocations du V (suite)


V_Vache

 

 Faites l’amour, pas la guerre… « L’amour est un bouquet de Violettes »…Le V des V2 et de la Victoire montre toute sa souplesse de Velours en s’adaptant maintenant aux lendemains qui chantent, aux Vacances à Venise, aux Vertiges des Valses de Vienne, aux Vagabondages des Vaudevilles, aux Volutes des Voiles « qui Volaient qui Volaient, des Voiles qui Volaient au Vent ». Le V, c’est aussi Vénus, déesse de l’amour…Et je Vous offre celle qui me paraît de loin la plus somptueuse, la plus Voluptueuse:

 Velasquez 2

(La Vénus au miroir de Vélasquez)

 

 

Trêve de Volubilité ! Admirez en silence la Vérité toute nue. Et jouez comme au temps de votre tendre enfance au jeu du dessin dans le dessin : il y a un discret et Velouté V qui se cache dans ce tableau de Goya…

Maja-desnuda  

(La maja desnuda. Francisco Goya. Cherchez le V)

 

Et n’attendez pas que je partage Courbet avec Vous, je le garde pour moi tout seul, quitte à devoir me confesser et implorer l’absolution : « Vade in pace, Va en paix… ». Mais nous y voilà : le V peut éVoquer le Vice et les amours Vénales sans Vergogne mais aussi la Vertu et la Sainteté :

 

4 – Saintes EVocations du V :

 

Le V, c’est Vénus mais c’est aussi la Sainte Vierge.

 Vierge Marie Assomption

(Vierge Marie : l’Assomption)

 

Le V, c’est Las Vegas, mais c’est aussi  le Vatican ! C’est en effet par un V que sont immatriculés les Voitures et Véhicules Vaticanais

 SigleAutomobilistiche 

(Plaques d’immatriculation des Voitures et Véhicules du Vatican)

 

Le V, c’est la Vocation et les  Vœux de chasteté. Mais il faut une Vigilance de tous les instants contre la tentation. Saint Antoine en sait quelque chose : Vade retro, Satanas !

Tentation de St Antoine  

(Vade retro, Satanas ! Aux avances diaboliques, St Antoine oppose son Véto)

 

Il faut conclure : je sens que JAC piaffe d’impatience car il veut nous parler du Q, autre lettre sympathique quoique moins difficile à appréhender. Le V nous a fait mener une Vie Volcanique à 100 000 Volts ! Il est temps de s’aller coucher, au besoin avec un Vallium et une petite infusion de Verveine. AVE !

                           Daniel Bas, le 12 juin 2009

 

 


 

11/06/2009

EVocations du V


V

(Un V flamboyant)
 

EVocations du V

 

J’aime le V. Il s’élèVe et s’élargit Vers les hauteurs célestes. Il peut éVoquer aussi bien la Violence que le Velours, la Vengeance que la Volupté, le Vice que la Vertu. Voyons ses messages diVers et Variés :

 

1 - EVocations Violentes :

 

Je Vous parle d’un temps que les moins de Vingt ans ne peuvent pas connaître. Les moins de soixante non plus, d’ailleurs. Le pays vivait sous la coupe des Von Machin Trique. L’un d’eux était Von Braun. C’était un spécialiste du V, V comme Vergeltungswaffen, armes de représailles : il en avait entamé une collection. Il y avait le V1, puis le V2. Il s’est arrêté là, puis s’est racheté une conduite.

 V2

(Lancement d’un V2)

 

Un V1, un V2, ça s’autopropulsait en principe jusqu’à  Londres à partir de rampes de lancement en Seine Maritime (alors Inférieure), ça Vrombissait, Vrroum, Vrroum, ça Virevoltait dans le Vacarme et les Vibrations, ça faisait souvent Volte-face et, dans un Va-et-Vient Vertigineux, ça Vadrouillait au diable Vauvert et ça revenait Vers nous (Volver et re-Volver) et puis ça nous pétait dans la gueule, Vlan… !  Pas de quoi avoir la Vis comica !

 

Les Va-t’en guerre continuaient à Vaticiner mais il faut bien dire que pour eux, ça commençait à Vasouiller et à s’en aller à Vau-l’eau…

 

2 – EVocations Vengeresses, Vibrantes et Vivifiantes :

 

Vous m’avez compris ! Après bien des Vicissitudes, les Vilains Vandales et leurs Vauriens de Valets de Vichy sont Vomis par le peuple. Et Vox populi, Vox dei, comme on dit Vulgairement. Le peuple, donc, Vitupère ces Vipères et Vilipende leur Vilenie Venimeuse, Virulente et Vindicative. Ces Vampires, ces Vautours Vont être Victimes d’une Vendetta Vigoureuse.  C’est l’heure de la Vengeance au Vitriol! Vae Victis ! De Ville en Village, le V Va, court,Vole  et nous Venge !

 C croix de Lorraine

(Le V de la Victoire fleurit sur tous les murs !)

 

Point, point, point, trait : ••• ––, c’est le V en Morse. C’est aussi le leit motiV de la Vème Symphonie de Beethoven, le destin qui frappe à la porte ! Il martèle les émissions de la BBC et leurs messages personnels dont celui de Verlaine et ses « sanglots longs des Violons » qui annonce le débarquement des Alliés. Et Vas-y que je Veni, que je Vidi et même que c’était de Visu et que  je Vici ! Quelle Vigueur, quelle Vaillance, quelle Vitalité, quelle Vivacité, quelle Virilité chez nos Valeureux combattants!

Les méchants n’ont plus de Vesouille, ils ramassent une Veste, font leurs Valises et, fissa, fissa, font Vinaigre pour Virer de bord comme des Va-nu-pieds à la Va-Vite, à toute Vapeur et à la Va - comme j’te pousse! Qu’ils aillent se faire Voir !

        V de la victoire

(Le V de la Victoire)

 

Et au V de la Victoire, tout le monde s’y met :

Churchill V  

Il y a le Vieux lion Winston avec un double V qui se paVane et en oublie son HaVane…

 V de Gaulle

 

…il y a le grand Charles qui a tout compris…Et ViVe la France, ViVe la République !

Escargot  

…et il y a même le Véloce colimaçon qui se hâte avec lenteur à la Vitesse petit v au secours de la Victoire…

Cerf  

…et le cerf un peu Vantard (Vanitas Vanitatum, omnia Vanitas) et qui s’écoute un peu trop : dans la brise Vespérale, il aime le son de ses bois le soir au front de son corps.

 

A demain pour des éVocations saintes ou Voluptueuses du V

 

Daniel Bas, 11 juin 2009.

 

10/06/2009

Réhabilitation du X


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 Je suis choqué par le premier paragraphe de ton apologie du Z, mon cher Jacques : je n’aime pas lire sous ta plume « les cousins récalcitrants et libidineux ». Qu’est-ce que tu as contre les cousins libidineux ? Aussi, au rixe de mettre en branle tous les systèmes de contrôle parental, je voudrais ici récalcitrer et réhabiliter et promouvoir le X afin que rien n’arrête son rayonnement électromagnétique !

 

On accuse le X d’être le refuge des mecs et du machisme. Il est vrai que la lettre X est dure, virile : Xerxès ne saurait être un nom de femme. Un bon coup de Xérès, c’est pas pour les meufs, vingt Diu…! Xénophon n’a pas donné de Xénophone et même le Xylophone est masculin. Il y a bien une Xavière mais c’est probablement une fraude sur les listes d’Etat-civil…En outre, tous les pluriels en X (bijouX, caillouX, chouX, hibouX, genouX, joujouX, pouX) sont masculins ! Bref, le X, c’est dur comme un mec, sec comme un coup de trique, raide comme un rayon, affirme-t’on communément.

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( Le X à la croisée des genouX ? Instinct basique !)

Pas d’accord ! On ferait mieux d’insister sur l’extraordinaire faculté d’adaptation du X dont le son KSS (comme taXi) peut s’adoucir en GZZ (comme eXistence) ou même en un suave ZZZ (comme dans siXième qui sonne comme demi-douZaine…). Et on pourrait aller plus loin en affirmant haut et fort que le X a apporté une contribution non négligeable à la promotion féminine.

 

Point n’est besoin de sortir de Polytechnique pour savoir, en effet, que x, c’est une inconnue… Et qu’est-ce que le « veau sous la mère », sinon un accouchement sous X !  Enfin, qui c’est qu’en a deux ? Hein ? La femme, encore la femme ! Je parle des chromosomes X, bien sûr.

 

Non, la lettre X n’est pas une inconnue ! X, c’est moi, c’est eux, c’est vous, c’est je, c’est nous, c’est genoux ! Non, le X, c’est pas le domaine réservé des rouleurs de mécaniques, le X, c’est tendre et câlin, mon chou, mon bijou. Non, le X n’est pas anonyme et froid, i rayonne et i bout ! C’est chouette !


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             ( Le hibou rayonne, même enregistré sous X.

             Hibou à 100 degré : il a trouvé ça chouette...)

                            www.papermust.com             

                       

               Daniel Bas dit Chedozot, le 9 juin 2009

 



 

05/06/2009

Z...Ne coupez pas les Z...


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                  (Merci à " fr.wikibooks.org/" )

n.m. Bonne dernière d’un peloton de vingt-six lettres concurrentes, parfois déconsidérée car difficile à caser au scrabble, un peu comme ses cousins récalcitrants et libidineux, le Q et le X, d’ailleurs souvent de pair au Bois de Boulogne ou à Pigalle.

Manquant de caractère, le Z reste fréquemment muet en fin de mot, laissant lâchement aux autres le soin de s’époumoner à sa place (déboutonnez, tripatouillez, aspirez, continuez).

Peu motivé par la course ou le saut d’obstacles, il répugne à enjamber ses adversaires et la simple idée de les bousculer pour arriver en tête le dépasse.

Il préfère se la couler douce dans la queue.

Son mutisme n’a pas toujours plaidé en sa faveur au point que certains ont souvent tenté de le supprimer, comme on souhaite de nos jours faire disparaître les bureaux de poste peu rentables ou les lignes de chemin de fer déficitaires dans les vallées isolées.

Mais comment retirer les Z à ceux qui s’y adonnent depuis leur naissance et même peut-être bien avant ?

On se demande même si cette éventuelle décision serait  efficace car ces secours retournent toujours bien vite à l’envoyeur par le biais des chariots pleins du samedi et les grattages obstinés dans les familles, du plus petit au plus gros-jean.

Très tôt dans l’histoire de la langue, l’Académie a pris conscience de grandes inégalités dans le traitement des lettres. Les unes sont terrifiantes : les lettres de cachet. D’autres réchauffent le cœur : les lettres persanes. Mais un débiteur tombe rarement sous le charme d’une lettre de rappel ; une lettre circulaire laisse indifférent le personnel blasé de la mairie.

 

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            (Alphabet "pharaonique" : tout en camion...)

Il faut bien se rendre à l’évidence, le pauvre Z est longtemps resté inaudible en fin de mot et, pour tout dire, même assez timide en début. On a donc rapidement fait appel à la main d’œuvre étrangère, pour que cette consonne fricative, délaissée par les Français, trouve enfin sa place.

Les Grecs ont été les premiers à se présenter aux frontières, et en masse. Depuis leur intégration, somme toute réussie, notre vocabulaire dispose de mots nouveaux : zeugma, zéphyr, zoophile, Zorba le Grec, toutefois assez peu utilisés pour acheter une tranche de pâté chez la crémière.

Quelques temps plus tard, les Arabes ont fait l’effort de franchir les Pyrénées pour venir nous offrir : ziggourat, zouave de l’Alma, peau de zébi, zisqu’alors.

Depuis peu la position du Z s’est considérablement renforcée au point de se faire de plus en plus remarquer dans les textes, les SMS ( le chomaze poz des problèmes, on ne peut les zéviter, dansez sans zézitation, les zavantages de la Zafira, zizanie chez les Zindiens) ou dans les faits divers. Récemment, dans une ville des Zardennes, tandis qu’un cuizinier préparait une tarte aux citrons confits, un voleur a pénétré dans la cuizine en criant :

-       Pas un zeste ou je tire…. !

On voit là le chemin parcouru par le Z, depuis ses débuts hésitants dans les manuscrits du Moyen-Âge.

Cependant, si de nos jours il se multiplie, il doit son embellie à l’apparition d’une nouvelle mode : le recours systématique à la sucette pour les bébés.

En effet, ce téton de silicone ou de caoutchouc, sucé jour et nuit jusqu’à un âge avancé, ferait zézayer de plus en plus les Français.

En quelque sorte téter donnerait des zailes au Z !!!...

Son irrésistible ascension aurait pour cause directe un besoin urgent d’amour et de tendresse.

Si le cas est avéré, une immense carrière s’ouvre à lui, en ce siècle d’inquiétude, sur fond d’explosions de bombes. 

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(Merci à l'excellent blog "romeojuliette.blog.lemonde.fr/)

                                                     

                              JAC, le 5 mai 2009

 

02/06/2009

A


                                       Lettre a

 

Tout bon dictionnaire qui se respecte en respectant ses lecteurs, se doit de commencer par cette jolie lettre, bien charpentée, bien équilibrée. Les enfants qui apprennent à écrire se penchent d’ailleurs rarement sur le Z dès le premier cours. Irait-on leur faire dire le montant des gains de l’Euromillion avant qu’ils ne découvrissent l’existence du chiffre ?

Belles jambes écartées, cette lettre ouverte, par définition offerte à tous, se retrouve assez fréquemment dans les expressions alertes de notre quotidien telles que la bombe A, l’usine AZF, kamikase, attentat, otage, arsenal nucléaire, napalm, ou encore dans des locutions latines élégantes comme : abyssus abyssum invocat = l’abîme éthiopien ne fait pas l’avocat.

Quand on insiste sur le A, on obtient facilement le son « aa ». C’est aussi le nom d’un tout petit fleuve du Pas-de-Calais, un mince filet d’eau prétentieux long de 80 kilomètres, qui passe dignement à Saint-Omer, sans un regard pour les cht’is homériques que sont ces braves Audomarois, sans même se retourner sur les ruines de l’abbatiale Saint-Bertin.

En forçant un peu plus encore, on s’abandonne au « Ah ! », feulement que la femme débite, au moment de la projection masculine, le premier samedi du mois. Ce vagissement bien connu traverse les cloisons en carton trop pressé de l’hôtel Formule 1 ou fait trembler d’impatience la banquette arrière de la dernière Saxo. Qui, par une nuit de pleine lune, n’a jamais été tenté de porter secours à sa voisine  en proie à la plus profonde détresse : « Ah ! Ah ! Ah ! Oui, oui, ha, ah, ha !...Oh ! Déjà ? ».

Le A est aussi indispensable à la phrase française que le H aux lycéens, adeptes de rêves psychédéliques au milieu de champs labourés par 20 000 pieds englués dans la boue.

L’esthétisme de cette lettre est avéré jusqu’ à Katmandu où les autochtones  ont coutume de dire :

  -Mon bout d’ A  n’est pas laid !

Le A nous habite, respire et palpite dans toutes les belles choses de notre vie. Il ne se retrouve pas dans le «  xylocope xérophytique zeppelinesque ».

Le A est français, il a le béret bien vissé sur un crâne chauve, le tiercé dans la poche et la baguette pas trop cuite sous le bras.

Le xylocope, lui, sent le grec à plein nez et, en tant que tel, peut aller se faire voir.

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( Caractéristiques inévitables du A français : béret, bretelles, poireaux, bouteille de rouge et baguette pas fière...Montage JCP sur "Popote et papote")                                                

                                JAC, le 2 mai 2009

 

 

27/05/2009

Quand je pense à Fernande...


18 janvier 1988, Ubud, Bali,

 

   J’ai tout fait pour le rencontrer. Je l’ai cherché. Je l’ai trouvé.

Il faisait une chaleur oppressante dans les hautes herbes que je prenais plaisir à fouler. L’eau s’insinuait partout. Je savais que nous allions nous croiser. Je le savais. Et c’est étrange, aucune peur ne m’est venue. Nous nous sommes toisés. Calmement, froidement. Sur le rebord en terre de la rizière qui chantait dans l’eau, il s’est faufilé. Puis, après m’avoir identifié, s’en est allé. Presque indolemment.

   Un serpent vert et jaune assez gros pour tuer un bœuf…C’est après, seulement après que j’ai chanté à tue-tête le répertoire de Brassens en écartant les herbes avec force bruits et gestes ostentatoires.

« Quand je pense à Fernande… »


Python-molure-11

 (www.dinosoria.com/python-molure.html , Nigel Marvin, 1995)                                  


                                 JAC, le 27 mai 2009

16/05/2009

La parabole du singe (4): Ecrire, lire et compter


Ecrire, lire et compter

 

 

Alphabétiser, oui, mais dans quelle langue ?

 

Les agences de coopération veulent envoyer les enfants à l’école et alphabétiser les adultes. Elles ont raison. Au Niger, par exemple, l’illettrisme atteint 85% de la population, plus de 90% chez les femmes. Donc, alphabétisons les Nigériens et les Nigériennes !

 

Oui, mais dans quelle langue ? En français, langue officielle mais qui n’est vraiment couramment parlée que par quelques petits pour cent de la population ? En djerma, langue nationale parlée dans la Capitale, langue de l’ethnie qui tient généralement le pouvoir mais qui ne fait qu’un tiers de la population du pays ? En hausa, langue parlée par une ethnie rarement au pouvoir mais qui fait 60% de la population et qui représente, au-delà de la frontière du Nigéria, 20 millions de locuteurs (autant que le néerlandais, par exemple) ? En anglais, ce qui est particulièrement indiqué dans toute la frange relativement humide du pays (autour de Maradi, notamment) qui tire ses revenus des liens transfrontaliers avec le Nigéria anglophone ?

 Niger

(En vert, le Niger dit « humide », Djerma autour de Niamey/Dosso, Hausa plus à l’est)

 

Dans les langues européennes (français, anglais), le matériel pédagogique ne manquera pas mais le renforcement par les conversations en famille sera aléatoire. Dans les langues nationales, le contexte social facilitera l’apprentissage mais la post-alphabétisation sera difficile car il y aura peu de publications à lire. Nombre de journaux en langues nationales créés par les services officiels d’alphabétisation ont cessé de paraître faute d’argent. Les grandes coopérations bilatérales européennes, notamment la française dans le cas du Niger, ne se posent pas tant de questions : les intérêts du donateur priment, on défendra donc la francophonie.

 

Moi, je pense que si on veut vraiment le bien d’un citoyen de Zinder ou de Maradi, il faut l’alphabétiser d’abord en hausa, langue parlée des deux côtés de la frontière et qui est soutenue par de nombreuses publications pédagogiques et littéraires souvent venues d’Amérique. Ensuite, en anglais. Enfin, français et/ou djerma comme troisième langue. Mais qui va accepter cela ? En tout cas, pas la coopération française, ni les fonctionnaires djermanophones et francophones de la Capitale créée par les colonisateurs. Pas davantage le Gouvernement qui y verrait un facteur de scission du pays. Alors, n’en parlons plus : les Zindérois continueront à investir dans une langue qui ne leur sert pas à grand’chose.

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(Syllabaire)

 

Alphabétiser, oui, mais pour quoi faire ?

 

Chez des adultes vivant dans un environnement qui valorise peu la communication écrite, le besoin d’alphabétisation est rarement ressenti et exprimé spontanément. Il vient lentement à propos d’activités engagées au préalable et où l’analphabétisme apparaît au bout d’un certain temps comme un frein, un risque et une marginalisation. La motivation des bénéficiaires et leur participation à la mise sur pied du programme sont alors mieux assurées.

 

Quand le village est inondé à chaque pluie, quand les enfants meurent du choléra, quand il faut faire des kilomètres pour aller chercher de l’eau plus ou moins potable, apprendre à lire et écrire peut ne pas apparaître comme une priorité. La communauté considérera probablement qu’une retenue d’eau ou un groupe électrogène sont plus urgents. Mais le besoin d’un programme d’alphabétisation peut justement surgir des nouvelles conditions ainsi créées : par exemple, pour maintenir le groupe électrogène en bon état, il faudra lire et comprendre le mode d’emploi et suivre les instructions écrites. L’adulte analphabète sera amené de manière simple, progressive, concrète et vivante à constater par lui-même les avantages que peut comporter le savoir lire, écrire et compter.

 

C’est dans la pratique des activités quotidiennes et à l’occasion de ces activités que doivent s’enseigner l’écriture, la lecture et la numération. L’adulte doit pouvoir utiliser immédiatement ses nouvelles connaissances et mieux remplir, grâce à elles, sa fonction dans le groupe. Le but de l’alphabétisation fonctionnelle n’est pas seulement d’enseigner la lecture et l’écriture mais aussi de fournir au producteur des instruments de travail améliorés dont la communication écrite.

 

 

2 et 2 font-ils 4 dans toutes les cultures ?

 

Je faisais mes premières armes au Zaïre en accompagnant Monsieur Diawa (ou plutôt : le « citoyen » Diawa comme on disait alors sous Mobutu), un jeune instructeur en comptabilité, dans une tournée de suivi de ses anciens élèves au sein de leurs micro-entreprises. Je savais que les techniques de gestion devaient être adaptées aux différentes cultures mais je pensais naïvement que ceci ne s’appliquait pas à la comptabilité : 2 et 2 ne font-ils pas 4 partout ? J’ai dû déchanter. 

 Classe 1


(Archives Daniel Bas, Guinée Equatoriale, 1982 : séminaire de gestion élémentaire pour femmes commerçantes en majorité peu ou pas alphabétisées. Prenant conscience du fait que leur méconnaissance de la numération les conduisait à des ventes à perte et qu'elles se  faisaient souvent voler sur les poids et le rendu de monnaie, elles ont aussitôt demandé à bénéficier d'une alphabétisation fonctionnelle.)

 

Le Citoyen Diawa se lamentait en constatant que même ses meilleurs participants ne tenaient pas correctement leurs livres :

      - «  Mais enfin, toi, Samba, tu étais mon meilleur élève. Tu maîtrises les techniques, tu es convaincu qu’il faut une gestion transparente et cependant tu ne tiens pas tes livres ! Je ne comprends pas ça, peux-tu m’expliquer ?

-         Euh… C’est que mon oncle est venu et il est tombé sur les livres et il les a feuilletés…

-         Et alors ?

-         Alors, il a dit : Oh, oh ! Mais tu ne m’avais pas dit que tu faisais tant de bénéfices ! Tu devrais pourtant savoir à quel point nous sommes dans le besoin en ce moment avec ton cousin qui entame des études à l’Université !... Alors, j’ai décidé de ne plus écrire mes comptes ».

 

Deux ans plus tard, j’ai revu le Citoyen Diawa à Kinshasa. Il avait abandonné son métier de formateur et créé une belle petite entreprise de menuiserie. Je lui ai dit :

 

« Alors, avec vous je suis tranquille…Vous pratiquez certainement ce que vous avez si longtemps prêché ! Je ne vous demande pas si votre comptabilité est en ordre !

- Hélas, me répondit-il, je ne tiens pas de comptabilité en bonne et due forme…Moi aussi, j’ai des oncles !... »

 

 

Assurance tous risques ? Secret Défense


 Secret D-fense 2

(Méfie-tê, méfie-tê oco, méfie-tê toujou, dit-on en Normandie)

 

Djibo dit Longa est un menuisier du Village Artisanal de Wadata à Niamey. Actif, imaginatif, sérieux, responsable, parfaitement alphabétisé et tenant scrupuleusement ses comptes par écrit. A sa demande, j’ai emporté sa comptabilité à la maison pour y jeter un coup d’œil. Je suis tombé en arrêt sur un gros poste intitulé « Défense »… Je me suis trituré l’esprit : de quoi pouvait-il bien s’agir ? Une nouvelle clôture ? Un système d’alarme ? Un coffre-fort ? Un service de gardiennage ?

 

Le lendemain, Djibo m’a tout dit, non sans hésitation car il connaît les Blancs et il avait peur que je me moque :

 

« Il s’agit des sommes que je verse à un marabout pour chasser les mauvais esprits. Une seule fois, je ne l’ai pas fait, c’est l’année où j’ai eu mon accident de moto et six mois d’immobilisation !...

- Comment, Djibo, tu crois à toutes ces sornettes ?

- Et vous, les toubabs, vous croyez bien à toutes les sornettes que vous racontent vos compagnies d’assurances ? Vos entreprises ont des postes « Assurances » exorbitants ! Vous avez peur de tout, vous vous assurez contre tout, même contre la pluie et le beau temps ! Mon poste « Défense », c’est votre poste « Assurances » : c’est moins cher et au moins aussi efficace !... »

 

Allons, experts de tous pays qui venez en Afrique enseigner la comptabilité, ne vous laissez pas décourager ! Mais n’attaquez pas bille en tête, observez, écoutez d’abord et dites-vous bien que vos interlocuteurs sont loin d’être bêtes…Voyez avec eux comment les aider à progresser vers leurs objectifs.

 

 

Daniel Bas, 15 mai 2009.

 

15/05/2009

Armée, baptêmes de l'air et bonbons pralinés...

                                           

                                              Armée

 

Ensemble des forces militaires de tout état. Reste à savoir dans quel état elle est. Certaines sont dans un état avancé, d’autres, putréfiable.

Il faut l’astiquer une fois par jour, le matin, avant le rapport et la passer en revue juste après pour vérifier si elle est toujours propre.

En temps de paix il n’y a pas de chef heureux disent les adjudants, derechef. En effet, quand on enterre la hache de guerre, c’est la guerre du hasch qui prend le relais. L’armée passe alors le témoin à la police. C’est à elle ensuite d’avoir l’œil, sinon elle l’a dans l’os.

En attendant la guerre les soldats regardent la ligne bleue des Vosges, puis ne voyant rien venir, se regardent dans le blanc de l’œil en buvant du rouge.

Les militaires rêvent de mourir en héros en chantant des chansons viriles mais s’étiolent le plus souvent en titillant la queue de la souris de leur ordinateur.

Autrefois le héros partait dans le matin, plein de lumière, il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud. Personne à présent ne glorifie plus les légionnaires rasés du crâne.

Désormais les militaires, brillants de boutons astiqués, vendent des baptêmes de l’air dans les meetings et distribuent des prospectus, un peu comme les jongleurs de cirque, obligés de proposer des bonbons pralinés à l’entracte.

On a failli récemment sortir les poilus de leurs casernes pour tenter de contenir les révoltés en première ligne sur le front des incendies de voitures, mais, comme on est passé brusquement au-dessous du chiffre raisonnable de 300 véhicules brûlés, on s’est contenté de couvrir le feu.

L’armée permettait aux jeunes, il y a peu encore, de réapprendre à lire, à écrire ou à baisser la tête devant un chef. C’était l’occasion rêvée pour beaucoup de passer gratuitement le permis de conduire A,B,C,D,E voire F ou d’apprendre un métier.

Devant les cités qui s’enflamment, la recrudescence de l’analphabétisme, c’est la France entière qui est alarmée.

Xian-armee

                       (Armée de terre)

00012295

                          (Armée de l'Eire)                                      

                            JAC, le 15 mai 2009