n.m.
langue parlée autrefois par des gens très bien et qu’ils écrivaient souvent
sans faute, même quand leur scolarité se limitait à l’école primaire et au
passage du Certificat d’Etudes.
Enseignées
parfois à coup de règle, les règles d’accord prenaient de la place dans la vie
quotidienne d’un écolier. Les pièges sournois glissés dans les dictées, étaient
le credo du maître et la terreur des enfants. Aucune explication sur les
singularités déroutantes du sujet ne pouvait rester sans objet et les directs
fusaient souvent avant le verbe.
Les
élèves vivaient dans l’orthographe, la conjugaison, les conjonctions, et le
souci constant de la phrase bien équilibrée, bien construite, épurée d’un nombre
superflu des auxiliaires être ou avoir.
* Epreuve de français, bac 2007 ou le français en phase terminale:
-Les mots commençant par "af" prennent deux "f".
Exemple: affaire, affreux, Affrique.
-Un septuagénaire est un losange à sept côtés.
-Les rivières coulent toujours dans le sens de l'eau.
-Quand deux atomes se rencontrent, on dit qu'ils sont crochus.
- Baudelaire a fait scandale en écrivant son célèbre "Les fleurs du mâle".
Les
francophiles et le français ont formé un couple émouvant pendant près de 1500
ans de vie commune, même si, il est vrai, cette langue est encore articulée de
nos jours par les derniers dinosaures du bon goût, de l’humour et de la
culture, hélas, de plus en plus rarement invités sur les plateaux de
télévision, points chauds de « l’audience » à n’importe quel prix. En
effet, les amoureux des mots, des métaphores, des antiphrases sont désormais
des « maillons
faibles » et,
en tant que tels, disparaissent les uns après les autres, méprisés du public,
puis tombent dans l’anonymat, condamnés à vendre des aspirateurs à tous les
carrefours.
Le
français est pourtant né il y a très longtemps, dans les yeux des soldats romains,
émoustillés par la beauté plastique et la fraîcheur incomparable des Gauloises
qui s’allaient baigner nues dans les rivières.
Alésia,
18 mars 52 av. J.C. 9 heures du matin. Temps frais. Ciel nuageux.
Vercingétorix, guerrier certes un peu bourru mais courageux, remet son épée à
l’empereur César. Faussement sceptique, celui-ci soupèse l’arme et déclare,
d’un ton connaisseur :
« C’est de l’alliage, ça. C’est solide, mais c’est de l’alliage.
Allions-nous comme ce métal, mélangeons-nous, fusionnons, introduisons-nous
l’un chez l’autre…
- Je suis à vous, saigneur », répond le chef à la moustache
fleurie, tandis que le consul lui pointe son couteau sur la carotide.
(Vercingétorix rend à César ce qui lui appartient.)
Le
soir même, la cervoise coule à flots dans les bars de la place forte. La nuit est
chaude dans les coins sombres. Les Romains, allongés sur leur canapé, écoutent
et répètent avec plaisir les gauloiseries
des femmes, ouvertes à toute proposition sympathique.
Chacun
va de table en table, un verre d’hydromel à la main. Les expressions
s’échangent. C’est l’osmose idéale. Le mélange parfait.
Rapidement
les envahisseurs en perdent leur latin mais découvrent des jeux de mots, des
boutades. Ils comprennent très vite que la vie est belle, à boire, danser et
dormir, à dormir, danser et boire.
( Alcools, gorges plongeantes et gauloiseries attirent l'envahisseur.)
Tous
coopèrent. Même les animaux. Les chevaux n’y vont pas, ils y courent. Au galop.
C’est la période faste du galop romain.
( La période gallo-romaine offre des plaisirs variés aux épicuriens. L'art culinaire s'enrichit. Ici, dans la même assiette, une aubergine romaine face à son destin devant une poire gauloise. Qui l'eût cru au temps de Vercingétorix?)
Jusqu’au jour où des peuples du Nord et
de l’Est arrivent avec leur franc-parler et une fâcheuse manie de brûler tout
sur leur passage : les Goths, les Wisigoths, les Berlingoths, les
Parigoths, les Ragoths, les Viragoths. En échange ils nous offrent une poule,
une vache, une jument, ainsi que des expressions martiales qui nous invitent à
rentrer sous terre ou à rester au garde-à-vous, même pendant la nuit de noce.
Quelques
années après les Arabes viennent visiter
la France par le Sud. Ils nous apprennent à compter en commençant par zéro,
donnent des cours d’algèbre et d’arithmétique aux étudiants de Poitiers. Quelques
mots de cette époque sont restés dans notre répertoire : chiffre, almanach, alcool, Roncevaux,
Charlemagne, un martel, deux marteaux.
Parallèlement
à ces emprunts, les Grecs se débarrassent de leurs nombreuses maladies en
allant se faire voir et nous cèdent volontiers les médicaments adéquats. Notre
arsenal médical est désormais doté d’hydrothérapie, de thalassothérapie, d’appendicite,
d’otite, de bronchite et le monde bien pensant cause « anxiolytiques », « musculotropes », « antispasmodiques », « antipyrétiques ».
Les
Italiens, eux, s’introduisent en France
pour nous enseigner l’art de manger des pâtes. Ils se montrent pointilleux sur
la cuisson des canneloni, de la pizza, des spaghetti, des lasagne.
Aujourd’hui nous ne savons toujours pas comment happer proprement les nouilles
transalpines, mais nous gardons bien au chaud tous ces termes dans nos
dictionnaires.
(La question existentielle qui épate chez Sartre est: comment aspirer proprement les spaghetti sans être obligé de demander toutes les cinq minutes à Simone deux bavoirs? "Coupe donc les nouilles au sécateur", répondait souvent la jeune fille rangée," tes mains sales me donnent la nausée".
Quant
aux Japonais, ils ont dévoilé très tôt leur attirance irrésistible pour les
combats (karaté, kendo, jiu-jitsu, sumo), mais aussi , il y a quelques
décennies, pour les porte-avions
américains (kamikaze, banzaï, harakiri).
Les
Néerlandais apportent dans notre langue une bonne odeur de poisson de la mer du
Nord. Ils nous lèguent hareng, colin,
cabillaud et même maquereau, poisson
gras qui cohabite hardiment avec la morue.
Depuis
le XIX ième siècle, les Anglais nous gonflent le vocabulaire de tout ce qui
touche les bourses. Dans ce domaine ils sont irrésistibles, n’ayant qu’une idée
en tête : pousser les familles à la consommation, persuader des pauvres
gens à s’engouffrer dans les supermarchés pour y dépenser leurs derniers sous. Comment
éviter à présent discount, caddy, shopping, budget, chewing-gum, parking, self-service,
business et, bien sûr, gangster
qui en découle?
Les
derniers apports qui enrichissent la langue de Molière, viennent d’Afrique, la
nuit, sur des embarcations de fortune ou sous les remorques des camions. Ils sont faciles à prononcer : sans
papier, carte de séjour, passeport, visa, régularisation, reconduite à la
frontière et, tout récemment, immigration
choisie ou encore jungle de Calais.
(La "Jungle": toute ressemblance avec les Bourgeois de Calais ne serait que pure coïncidence.)
La
constatation est claire : si, au cours des siècles le latin décline,
s’enroue, pour finir aphone, le gaulois, lui, s’est quasiment évaporé dès le
début dans les tavernes bruyantes où les Romains hurlaient leur septième ciel
car ils avaient la Gaule.
Le
français était issu d’une succession de néologismes hétérogènes, souvent
bigarrés, peu à peu amalgamés à la syntaxe latine de base, pour s’épanouir en
un idiotisme flamboyant, dont le charme opérait en tout lieu de la machine ronde.
Il
vivait, il y a peu encore, dans toutes les régions de France, du septentrion où
le bleu manque cruellement au décor, jusqu’au midi envahi de cigales
stridulantes, avec des accents, des approches linguistiques diversifiées qui
faisaient son bonheur et celui de ses complices. Cette langue portait en elle
le sceau de l’humour, de l’impertinence, de l’originalité, de la création
poétique, bref, de l’élégance.
Après
une longue carrière, vouée à la fidélité et à l’honnêteté dans le travail, le
français s’est éteint à l’orée du XX ième siècle. La catastrophe s’est produite
au cours de l’été 1999, lors de la première vague de départ en vacances sur l’autoroute du Soleil, des suites de la
dernière vague d’assaut des téléphones portables et des ultimes lames de fond
destructrices de la télévision câblée.
(Le mobile du crime)
A
cette époque la France entière était suspendue aux lèvres de Pacon Rabane,
alarmé par les étincelles de sa boule de cristal qui lui annonçaient un immense
cataclysme pour le 1 er janvier 2000, ce qui avait « mis les nerfs »
à tout le pays…Il se trompait, certes, mais surtout dans la date. A sa
décharge, il n’est pas toujours facile d’interpréter les réactions de ses
propres boules. Après avoir analysé les prévisions du styliste sur toutes les coutures, les
journalistes le tournaient en ridicule et, ne voyant rien venir, concluaient à
l’imposture.
Or,
dans le même temps, tandis que tous les sceptiques du Rabane se ruaient sans
méfiance sur les nouveaux engins de la technologie qui tombaient du ciel,
personne ne se doutait que le malheur prophétisé pouvait être d’une toute autre
nature que celle attendue. Implosion
sociale planétaire ? Perte des repères ? Augmentation spectaculaire
de la délinquance juvénile ? Progression alarmante de la violence
urbaine ?
En
tout cas, depuis cette période, force est de constater que les jeunes ne
parlent plus, ils causent « portable », débitent « MP3 »,
ne jurent que par « SMS », « textos », « PSP »,
« Nintendo DS ». On les voit, dans la rue, dans les bus, dans les
gares, au cinéma, et même dans les mariages, titiller entre leurs cuisses les
mini-boutons de leurs nouveaux péchés.
(Voilà une DS qui devait manquer cruellement à l'homme de Cromagnon. A noter qu'une nouvelle DS vient de sortir : la DS 21, 6 cylindres, moteur en V.)
Vous
leur demandez l’heure, ils vous répondent sans un regard pour votre ignorance
qu’ils viennent de « battre leur
score »…
Dès
la rentrée scolaire de septembre 99, les musiques grinçantes perturbaient les
cours. Des mordus prétextaient une envie pressante pour faire joujou avec leur
bip-bip aux toilettes.
Depuis
peu, la situation s’est améliorée. Mais en apparence. Car la technologie a
évolué et beaucoup d’élèves ont découvert qu’ils pouvaient continuer à pianoter
en classe, tranquillement, les doigts dissimulés dans leur sac, dans leur
trousse, tout en faisant semblant de suivre la jolie « progression du
cours ».
Comment
peut-on demander à un adolescent de réfléchir sur les inconvénients du monde
moderne quand il a les yeux rivés sur son jeu électronique ? Les jeunes
insensibles sont désormais des consommateurs, des commerçants ou des héros
virtuels qui se déplacent à l’intérieur d’une forteresse, hantée par des
dragons, qu’ils doivent éliminer un à un,
à l’aide de revolvers collés au bout des doigts.
Très
perspicace et veule, leur environnement s’est
vite adapté à leur inertie : infos faciles, jeux télévisés pour
petits cerveaux, culte des images, des spots publicitaires, multiplication des
magasins de vêtements de marques, surconsommation de pizzas à emporter.
Obstinément retranchés derrière leur « look » ou un regard
provocateur, ils font tout pour que les parents ne leur adressent même plus la parole. Ceux-ci ne les écoutent
plus, ne leur proposent plus de promenade en forêt mais des sorties
« caddy » dans les centres commerciaux où, pas si bêtes, les petits
dépendants ont bien compris qu’ils se ressemblent tous et qu’aucun espoir
d’originalité n’est à attendre en ces lieux de tentation et d’ennui.
Les
enfants, nés sous influence, exigent tout et tout de suite : leurs sous en
échange d’un lavage laborieux de vaisselle, leur droit au dernier lecteur DVD,
au nouveau pantalon bi-place vu sur la chaîne MCM.
Pourtant
certains parents tentent de maintenir un semblant de contact avec leurs
freluquets taciturnes, au moins dans leurs jeunes années, par souci de remplir
leur tâche éducative. Mais les résultats s’avèrent de moins en moins probants
et, à force de lever les yeux au ciel de dépit, ils baissent les bras. En attendant la venue improbable d’un avenir
passionnant, les bambins se lavent les mains dans leur lait trempé de céréales
chocolatées ou poursuivent la lecture captivante de leur dernier DVD, tandis
que leurs géniteurs se plongent, tête basse, dans leur VSD.
De
nos jours un Français normalement constitué dispose d’un répertoire de 100
mots, pas davantage, par volonté efficace d’aller au plus pressé. Expressions
toutes faites, empruntées à la télé, au langage sportif, à la banlieue, au rap,
aux SMS. Il a tendance à la déprime,
car il se met la pression sur son
permis de conduire. A partir de là,
il gère les acquis, comme tout bon joueur de couloir. A la ramasse, il sature grave quand le jeu se durcit. Il préfère alors rester dans le ventre mou pour ne pas se
déplacer pour rien. Il est en
stand-by en attendant d’assurer un
max. Pas de prise de tête, sinon,
dur, dur. C’est dire s’il est cool devant les embrouilles pas vraiment
incontournables. Il admire les stars trop
et se nourrit de hits, de light, de superlight, de sérum body
light.
Un accro 2 design se rencontre dans les show room OQP à choisir 1 sleepy working bed ou autre. Le home interior est son trip. Son tel port est superdiscret, t
a fai DolBy diGital. Et si SON disc
dur de 80 Go hyperpratique né pa doté du time
Shifting ou d’1 pulse Killer chip,
il alussine, sa lui mé la haiNe.
Selon lui, l’ auteur des Misérables mesure…1m50. Il
se ravise, temporise et lance :
1m70…
Alors,
11 septembre 2001, guerre d’Irak, tremblement de terre au Pakistan, « crise mondiale », c’est à peu de
choses près ce qui avait été annoncé. Ne chipotons pas sur la date car tsunami
à Noël, Pâques aux rabanes.
On
pourrait ajouter à cette liste de cataclysmes le désespoir de la jeunesse, les
banlieues qui s’enflamment, la morosité dans l’hexagone, l’anéantissement de la
langue et de sa culture.
Le
français se meurt, il est mort, il est enterré. Terrassé par un flagrant manque
d’amour, une privation cruelle de câlins, de bisous, de caresses, dessus,
dessous…
Il
soliloquait, grandiloquent, amer, accablé par sa fin proche.
Personne
ne l’entendait.
Personne
ne le consolait.
Frappés
par la maladie d’Elsa, les mots manquants ont TT remplacés par d’autres,
venus du froid. Du froid dans le dos.
Perdant
un à un ses francophiles, la France a perdu confiance en elle, et, comme tout
enfant puni, montré du doigt par ses accusateurs, elle devient de plus en plus
désagréable, arrogante, contestée dans sa conjugaison, dans son moi, sous son toit, sur ses îles, blessée aux ailes, elle noue des liens hésitants, voue ses projets à l’échec,
marche sur des œufs…
(SOS désespéré de la France au Vietnam et au Cambodge :"Keep in touch with french language"...
La
France a mal à sa langue. Quoi d’étonnant à ce qu’elle ait mal à ses voisins, à
sa banlieue, à ses enfants, à ses vieux, à sa sécurité, à ses médicaments, à sa
francophonie, à son rayonnement dans le monde.
Le
français est devenu une conjugaison mal apprise.
La
France, une conjugaison de malappris.
(Les étudiants en lettres, il y en a beaucoup dans les familles, plein les coussins, allongés sur le tapis. L'essentiel de leur bagage culturel enveloppe toute l'époque littéraire allant de la Play-station 1 à la Play-station 2. Ils mettent deux ailes à Jean Moulin mais aucun zèle à écrire trois mots sans bourde).
JAC, le 12 octobre 2009
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