
Aventurier russe né entre1864 et 1871, mort entre le 30 décembre 1916, à 23 heures et le 31 au matin.
Fils d’un ouvrier agricole, il naît quelque part dans les steppes glacées de la Sibérie occidentale. Sa jeunesse est marquée par le dur labeur de paysan, suivant ainsi l’exemple de ses parents.
Le père, un géant, exerce plusieurs métiers pour élever sa nombreuse descendance. La mère, toute naine qu’elle soit, part à la tombée de la nuit besogner sur les terres. Le colosse travaille le jour, la petite moujik, de nuit.
Dans les steppes de l’Asie Centrale, les hivers sont rudes et les mœurs, légères. Les femmes aiment se retrouver avec les hommes dans les bains de vapeur qui cachent à peine leurs avantages.
C’est dans l’un de ces saunas que le petit Raspoutine, alors âgé de douze ans, prend contact avec la croupe rebondie d’une jeune veuve éplorée qu’il caresse à pleines mains pour lui remonter le moral.
Le lendemain, dans l’étable, le garçon découvre l’amour charnel dans toute sa profondeur avec cette première maîtresse, de quinze ans son aînée.
Gregory Ivanovich porte très tôt des sacs de charbon, mais traîne aussi derrière lui une réputation sulfureuse de dévoyé qui lui vaut, partout où il passe, le sobriquet de « Raspoutine », le « Fornicateur ».
Malgré tout, comme il montre par ailleurs des dons de voyance et de guérisseur, il s’en tire toujours à bon compte
Tout au long de sa vie, ses conquêtes féminines sont nombreuses et variées.
Bien sûr, dans le village, son exubérance hasardeuse et son appétit sexuel font des jaloux. Il a vent même de complots qui se trament contre son intégrité physique. Pour calmer le jeu, il décide de se marier avec une belle paysanne des environs.
Il ne met pas fin pour autant à ses aventures féminines, mais son épouse ne paraît pas en prendre ombrage. Deux raisons majeures à cela : il revient constamment à elle après chaque escapade et lui fait tous les enfants qu’elle veut. Elle n’hésite pas à le défendre en public, à chaque plainte déposée, à chaque ragot colporté aux endroits stratégiques de la cité.
Dans les tavernes, on le désigne bientôt par divers surnoms peu flatteurs: « Dominik », (Le Vicieux), « Strosskania », (Le Pervers), ou même encore « le Déeskaya », (le Libidineux).

(Chagall)
Nonobstant tout l’amour que lui porte sa compagne, il n’est pas homme à demeurer éternellement dans un village. A l’âge de 33 ans, il saisit une occasion en or de voir du pays.
Il a pour mission de conduire un jeune moine au couvent de Verkhotourié, distant de 800 kilomètres. En chemin, le jeune homme est frappé par la force de caractère et la vivacité d’esprit de son guide. Une fois sur place, le novice manoeuvre auprès des autorités religieuses, pour que son cocher spirituel obtienne l’hospitalité dans ce monastère.
Il y reste plusieurs mois.
Ce cloître est en réalité aux mains d’étranges moines révolutionnaires, les Flagellants, adeptes de pratiques hérétiques invraisemblables. Le principe de cette secte est d’entrer au Paradis en se mortifiant, mais aussi en péchant à hue et à dia. Pendant des nuits entières, hommes et femmes dansent, chantent en se fouettant jusqu’au sang, puis, en transe, roulent à terre en des ébats d’une lubricité torride.
De ce long séjour en terre mystique, Raspoutine en tire la conclusion qu’il se sent « appelé » pour porter la bonne parole. Il n’est pas le seul. L’époque est agitée et des hommes de tous âges, les Stranikis, quittent leur région, leur famille, leurs maîtresses, parcourant la Russie pour prêcher de village en village. Parfois recherchés par les gendarmes, ils trouvent toujours des âmes charitables pour les mettre à l’abri et les soustraire aux yeux de la maréchaussée.

En 1894, alors qu’il arrache des betteraves, une Vierge lumineuse lui apparaît. Après quelques conseils d’ecclésiastiques locaux, il décide de se rendre à pied en Grèce, au monastère du mont Athos, distant de 3000 kilomètres. Déçu par l’accueil mitigé des moines grecs, il met plus de deux ans à rentrer chez lui, s’arrêtant dans de nombreux couvents.
Peu à peu, sa notoriété de guérisseur et de prédicateur grandit. On vient de tous les coins de Russie pour approcher le phénomène.
Parallèlement, il mène une vie de débauché, de bagarreur, d’alcoolique et même de voleur.
A l’invitation de la grande-duchesse Militza, il se rend à Saint-Petersbourg, alors capitale de l’Empire russe.
Tous à la cour, sont rapidement subjugués par ses talents très variés. On le considère très vite comme « un envoyé de Dieu ».
Le tsarévitch souffrant d’hémophilie, Gregory Ivanovitch lui impose les mains et lui raconte des contes sibériens. Puis il demande à voir les médicaments prescrits par le médecin de famille. Il note la présence d’aspirine, anticoagulant notoire, facteur aggravant de l’hémophilie et en fait cesser la prise.
Le soulagement est quasi immédiat.
A partir de ce jour, il s’introduit dans les plus hautes sphères du pouvoir mais aussi dans ses premières duchesses.
Sa ferveur religieuse est aussi intense que son attirance pour les femmes.
Il se rend indispensable et prend vite l’ascendant sur le couple impérial.
Raspoutine fréquente du beau monde. Il inquiète. Mais il fascine. Au point que ses admiratrices soutiennent difficilement son regard perçant. Les unes après les autres, elles cèdent à son charme hypnotique et le prennent comme amant, garde du corps, guérisseur, malgré son aspect peu soigné, ses cheveux gras et sa barbe sale. Sa botte secrète est sa manière particulière de soigner la stérilité chez les dames en les roulant sept fois de suite dans l’herbe, puis dans la farine.
1910. Le moujik de Sibérie vient de franchir une étape décisive dans son ascension sociale. Le tsar l’installe dans un duplex. Raspoutine y organise des fêtes libertines, invite les plus belles dames en leur promettant la rédemption par le péché. Elles se font un honneur de goûter à la fermeté de sa doctrine aussi étrange que bienfaisante.
Cependant, on peut s’en douter, il n’a pas que des amis à la cour. Certains maris surtout lui reprochent ses débauches, ses frasques, et parfois la violence de son comportement.

(Tsar Nicolas II)
Voix de baryton, regard de velours, il est capable de dilater et de contracter ses pupilles, ce qui contribue à sa réputation de magicien et de prédicateur mystique.
Mais cet homme présente une autre caractéristique physique exceptionnelle, particulièrement redoutable pour les époux et la concurrence masculine : il a un pénis d’une taille prodigieuse, armé d’une verrue au point stratégique du gland. D’ailleurs, en état d’ébriété, il n’hésite pas à l’exhiber dans toute sa plénitude pour faire pleurer la lune et provoquer les mâles, jaloux de ses talents.
Le plus inquiétant, c’est que sa fille Maria confirme l’envergure extraordinaire de l’organe génital paternel. Elle en donne même la mensuration précise : 33 cm en érection. Comment le sait-elle? A-t-elle hérité des dons de voyance de son père ou est-elle « témoin privilégiée » dans l‘affaire ?
La tsarine est sous influence. Elle confie à son ami barbu des secrets d’état. On commence à jaser. On dit sous le manteau qu’elle dort sous la couette avec ce moine diabolique.
Dans l’entourage impérial, l’élite de la noblesse gronde contre les avantages de toutes sortes dont jouit ce « misérable paysan ».
1916. Des aristocrates décident d’éliminer cet homme trop dangereux pour l’Empire et leur situation personnelle. En pleine guerre mondiale, le bruit court que Raspoutine espionne pour l’Allemagne.
Le 30 décembre, il est invité à un dîner chez le prince Youssoupov. Le complot est soigneusement préparé. On lui fait croire qu’il sera présenté dans la soirée à une très jolie femme, Nafissatouka Dialorovna. A l’étage au-dessus, des conjurés attendent le moment propice et se frottent les mains à l‘avance.
Au cours du repas, tandis que le Dom Juan ne cesse de surveiller la porte d’entrée dans l’espoir de voir arriver sa future conquête, le prince lui verse beaucoup de vin contenant du cyanure, et lui propose un bortch dans lequel on a glissé un mélange de feuilles de rhubarbe pilées et d’amanites phalloïdes.
Alors que le dîner s’achève, l’invité se plaint de « petites brûlures » à l’estomac, et réclame de plus en plus à boire, mais il est bien loin de s’écrouler comme prévu. Plus grave même, il trouve encore le moyen de raconter des histoires grivoises. Puis demande à son hôte de lui chanter des chansons tziganes en s’accompagnant à la guitare. Stupéfait, il s’exécute.
En haut, les conspirateurs s’exaspèrent.
Enfin, à trois heures du matin, Raspoutine paraît somnoler. Le prince monte à l’étage pour prendre conseil.
Il en redescend, révolver au poing et lui tire à bout portant une balle dans la poitrine. La victime s’écroule.
Les acolytes arrivent, enveloppent le corps dans la peau d’ours sur laquelle il s’est effondré et traînent le tout dans une autre pièce qu’ils ferment à clef.
Comment peut-on cacher la dépouille ? Tel est le sujet de la conversation qui s’engage.
Soudain, on entend un bruit dans la chambre contiguë. Au moment où l’assassin ouvre la porte, la créature bondit et l’agrippe au cou pour tenter de l’étrangler.
A l’instant même, quatre coups de feu retentissent dans la datcha. L’homme s’écroule pour la deuxième fois de la nuit. Il vient de recevoir deux balles dans la tête et deux autres dans le ventre.
On empaquette le cadavre dans un drap, puis les complices le transportent sur un pont qui enjambe la Neva. Ils le lancent dans le vide.
A leur grande surprise, ce n’est pas le bruit caractéristique d’un plongeon qu’ils entendent au moment de l’impact, mais celui d’un corps qui rebondit sur la glace : le fleuve est gelé. Ils avaient oublié ce détail. Dans ces moments-là, on ne peut pas penser à tout.
Ils sont alors obligés de descendre sur la glace qui recouvre la rivière et de trouver une brèche pour l’y faire disparaître.
Quelques jours plus tard, un scaphandrier remonte du fond des eaux le cadavre d’un castor monstrueux. Les policiers découvrent Raspoutine dans son manteau en peau de ce fameux rongeur.
L’autopsie révèle cinq impacts de balles qui ont traversé le cœur, le cou, le cerveau et le bas ventre. On trouve dans l’estomac une masse épaisse et molle inidentifiable.
L’examen fait apparaître que le décès n’est dû ni au poison, ni aux balles, ni à la chute sur la glace, mais à la noyade. La présence d’eau dans les poumons en est la preuve flagrante.
Tout comme les chats qui échappent souvent à la mort, Raspoutine devait avoir neuf vies.
La preuve, il poursuit son existence ambiguë dans les bandes dessinées d’Hugo Pratt.
Les légendes ont la peau dure.
Quand les journalistes demandent au président russe ce qu’il pense de ce personnage mystérieux, habile à manigancer et à contourner les obstacles, il croit discerner une allusion à sa propre longévité en politique et ne répond pas.
On voit bien que cette question rase Poutine.

Du passé, faisons table rase...(Poutine)
JAC, le 21 mai 2012
Les commentaires récents