23 décembre 20
12, Turmi, Ethiopie
Un dimanche à surprises.
La fraîcheur du petit matin. Le sol encore trempé des pluies de la nuit.
On part dès huit heures. On ne sait jamais, les ponts de bois peuvent s’écrouler sous les coups de butoir des rivières en crue.
Certaines pistes, dit-on, sont déjà impraticables.
Le ciel est gros de nuages gris. Mais, dès les premiers kilomètres, la lumière se lève et le soleil frappe les huttes des villages où s’affairent des écoliers.
Nuages anthracite, vert tendre des herbes hautes. La nature est en fête.
Partout sur les collines, dans les vallées, des troupeaux de zébus, de vaches, de chèvres, des carrioles tirées par des petits chevaux.
En territoire hamer apparaissent les saluts bienveillants, les sourires charmeurs des enfants.
A Dimeka, nous nous arrêtons pour une réparation de routine. J’en profite pour me promener discrètement dans le village.
Un groupe de femmes assises à même le sol. Belles, prestigieuses, elles sourient de toutes leurs dents. L’une d’elles veut me vendre un collier. Elle sent le beurre rance, le cuir, le lait de chèvre et la terre glaise humide.
Plus loin, des hommes m’invitent à boire du tedj, l’hydromel local.
Ils veulent savoir si je suis un homme ou une femme, car ils n’ont jamais vu de cheveux aussi frisés.
Je leur dis que j’aime les Hamer. Leur réponse ne se fait pas attendre…
-Tu nous aimes, c’est bien. Merci. Mais maintenant, il faut nous le prouver en nous payant à boire…
Nous rions et je les quitte.
Un bistrot. Une bagarre. Un homme à calotte musulmane, a maille à partir avec des clients prêts à en découdre. Il monte vite dans son 4X4, fait grincer les vitesses, puis disparaît dans un nuage de poussière. Des enfants ramassent des cailloux par acquis de conscience, sans doute pour se prouver qu’ils sont déjà des hommes, puis les rejettent dans le fossé.
La route de Weyto jusqu’à Turmi est un délice.
Le paysage, parsemé d’euphorbes, est si vert. Il doit pleuvoir sans discontinuer depuis des mois dans la région.
Nous nous arrêtons au bord de la route pour boire un peu d’eau et ne rien perdre des beautés de la nature.
Une jeune dame, buste découvert, me fait un signe. Elle s’extirpe des broussailles, saute par-dessus les épines et court jusqu’à la voiture.
Elle se laisse photographier, mais réclame des sous. Pas grave. Elle est souriante et ne cherche pas querelle.
Une apparition splendide.
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