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octobre 2006 , Tananarive , hôtel de France , Madagascar ,
Beaucoup trop de serveurs dignes, drapés de
redingotes rouges. Trop peu de clients à l’heure de l’apéritif, parfumé de
cacahuètes grillées.
Adamo demande à « Monsieur » la permission d’emprunter sa fille pour lui
laisser les mains sur les hanches. Ce sera sa dernière chanson. Espérons qu’il
tiendra parole.
Restaurant dénudé, déshabillé de ses
barrières protectrices, exhibé sans ménagement aux yeux lugubres des mendiants.
Des gardes armés de matraques surveillent l’entrée, toute grande offerte aux rafales,
aux tourbillons de poussière. Trois postes de radio, un phonographe La
Voix de son Maître, datant sans doute de l’Indochine, imposent le
respect, posés en évidence sur un meuble en teck.
Johnny implore sa bien–aimée qu’elle lui
retienne sa nuit, comme à l’époque où j’avais la troisième boutonneuse dans des
miroirs détestables.
Quelqu’un a pris la sage décision de fermer
la porte.
Le Clos Malaza est gris. Edith Piaf,
elle, voit la vie en rose quand « il » la prend dans ses bras. Une
euphorie me poigne dont je ne connais la cause.
Des hommes à la flamme intérieure
insignifiante, ont le gros ventre satisfait d’avoir pour une nuit trouvé
chaussure à leur pied.
Elle chante, elle chante, la rivière
insolente. La voilà qui unit dans son lit tous les amoureux de sept à soixante
– dix –sept ans.
Les chansons d’autrefois, une radio qui
crachouille, le vin malgache, l’ivresse des beaux jours soudain revenus. C’est
un soir de bonheur qui m’envahit. Mais je ne puis venir à bout…de la bouteille
au long goulot. La tête me tourne. Les serveurs serviles remplissent mon verre
dès que mon attention se relâche. Je leur jette un regard peu amène.
Pourtant, dans mes oreilles, il y a de la
joie, dans le ciel, par–dessus le toit, mon cœur bat, chavire et chancelle.
Je n’ai aucune rancune envers mes voisins italiens qui aiment bruyamment leur gelatti, surchargée de Chantilly, qu’ils compressent à plaisir dans leurs joues gonflées d’orgueil.
(Une légère ivresse teintée de nostalgie dont je ne connais la cause.)
JAC, le 7 mars 2010
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