1 er janvier 1989, Le Chaudron, Réunion,
( Un parfum d'Inde du Sud à la Réunion, merci à ""Lamb_Fig15.jpg")
Des odeurs de basse-cour se mélangent à
celles de l’encens et de la bougie. Au pied d’un mur bleu pâle sont attachés
des cabris bruns et blanchâtres. Sous un letchi se battent des coqs excités.
L’enclos se remplit peu à peu. Des femmes tamoules en sari marchent
nonchalamment en cherchant du regard une place assise. Les hommes, eux,
cherchent plutôt à grimper sur les toits ou sur les hauts murs pour s’offrir
une vue plongeante. Les jambes pendantes dans le vide, les enfants attentifs
regardent en bas le rectangle gris où des braises ne somnolent que d’un œil.
Au loin, un bout de mer apparaît, caressé par les palmes d’un cocotier penché. La montagne pesante et bleue supporte la menace de gros nuages noirs. La foule, peu pressée, est plus dense maintenant.
Sur la terrasse la tension monte : des
hommes un peu ivres posent leurs mains noueuses sur des épaules étonnées et se
bousculent de plus en plus pour mieux voir. Mais il n’y a encore rien à voir.
Seul, en bas, dans l’enclos d’où monte une forte chaleur, un homme, pieds nus,
jette de l’eau sur le brasier. Une camionnette arrive, chargée de
représentations divines, habillées de colliers de fleurs. Un prêtre dépose
Shiva, Kâli, Vishnou et d’autres poupées maquillées, respectueusement sur
l’autel. On apporte deux grosses pierres noires que l’on dresse près du lieu
sacré. On fait venir ensuite trois bassines pleines de noix de coco. En face
d’elles, de l’autre côté du rectangle gris, d’autres récipients de même forme
sont disposés les uns à côté des autres, mais contenant de l’eau colorée
de curcuma.
Pendant ce temps les spectateurs affluent. Beaucoup parmi eux sont ivres. Quelqu’un croit tout à coup percevoir des roulements de tambour. C’est la cohue : on se bouscule, on crie sur la terrasse d’où la vue, tout à l’heure privilégiée, a disparu, remplacée par la vision navrante d’une forêt de jambes, de dos, de bras tendus, pliés, recroquevillés. Les chèvres dans leur enclos se battent et tirent la corde qui les unit, désespérément. Du haut des toits, des enfants jettent des graines.
(Photo 05-12-fete-tamoule-marche-sur-le-feu-14)
Mais à l’instant même, tandis que des femmes
se tordent le cou pour essayer de mieux voir, que des hommes se hissent sur le
toit d’en face à la force des bras, que des rumeurs circulent sans fondement
véritable, que la bousculade devient scabreuse, alors que les coqs hurlent de
terreur, tournent à une vitesse folle autour de leur piquet, ils arrivent. Ils
sont là. Mais on ne les voit pas…ils sont là…on le sait, on le sent, on en est
sûr…D’ailleurs on entend le tam-tam et des tintements de clochettes.
Un jeune homme tombe du toit en poussant un
cri strident. Il se reçoit par miracle sur les jambes. Il a gagné une belle
peur…il a perdu sa place !
C’est officiel : ils arrivent. Ils avancent de trois pas et reculent aussitôt. Le premier pénitent a les yeux vides. On dirait un aveugle. Il est impatient de « marcher ». On le retient. Des spectateurs poussent les barrières qui ploient et vont se rompre inévitablement. D’autres, les yeux hagards, échangent des coups. Une pauvre femme se griffe le visage. Elle tombe. On l’emporte. Le rythme des tambours à présent est saccadé. On asperge les "marcheurs", ces demi-dieux, d’eau jaunie au safran. Le sol est jonché de fleurs. Ils avancent alors après une dernière altercation violente avec des ivrognes.
(Photo eqk6iq70.jpg)
Le
premier à pénétrer dans l’espace brûlant tremble de tous ses membres. Il porte des
guirlandes autour du cou, sur la tête un plateau, construction compliquée de
fleurs, de gâteaux roses, de fruits rouges, une tour d’offrandes d’un hauteur
impressionnante. Les autres martyrs, vêtus d’un habit blanc très long qui
descend jusqu’aux pieds, restent un peu à l’écart, derrière lui. Ils supportent
eux aussi une tour de couleurs sur la tête, ce qui les oblige à se tenir très
droit. Ils marchent sur la braise. Sans hésitation. La foule hurle. Applaudit.
Ils avancent lentement, un à un, calmement. Dans la cohue compacte des
spectateurs, on voit des bouches se tordre, des mains essuyer des yeux pleins
de grosses larmes. Pendant ce temps, à l’autre extrémité de la piste brûlante,
les têtes de cabris et de poulets tombent. Des noix de coco sont fendues d’un
coup de sabre. Une dernière chèvre refuse de se laisser décapiter. Quatre
hommes la maintiennent en place tandis que le bourreau doit s’y reprendre en trois
fois… « Mauvais présage… »
me souffle mon voisin, qui fait grise mine. Les héros du jour sont
immédiatement absorbés, engloutis par la fourmilière. La bousculade est à son
comble. Puis, au moment le plus inattendu, l’agitation s’atténue, s’éteint.
Plus rien à voir. On sort du temple comme d’un stade de football après le
match.
Je redescends de mon toit, mal à l’aise, angoissé à cause des hommes ivres.
JAC, le 6 septembre 2009
zacharie semble être anti tout:il fait des cours magistraux ,son point de vue n'est pas le nôtre... nous sommes en démocratie ...et nous gardons nos idées.
Merci beaucoup à jacques, mon petit frère ,qui nous fait connaître les us et coutumes de la Réunion et d'ailleurs, pour notre plus grand plaisir.
Pour Zacharie,souvenez vous d'un ancien ministre Français clamant ,haut et fort:PO SI TI VEZ .Même sans être MY CUP OF TEA,ce ministre n'avait pas tort...
Quiquine.
Rédigé par : PAULUS PETIT JACQUELINE | 23/08/2011 à 16:59
Là où il se brûle, ça s'appelle le Zacharie-âtre
Rédigé par : Daniel Bas dit Chedozot | 26/06/2011 à 13:21
Oui, Zacharie, quand il se brûle...
Rédigé par : Jac | 26/06/2011 à 05:30
Ce Zacharie a le verbe haut et la tête bouillante! Pas étonnant que par contraste il ait les pieds froids.
Rédigé par : Daniel Bas dit Chedozot | 25/06/2011 à 09:16
LA MARCHE SUR LE FEU, PROUESSE ATTRAPE-NIGAUDS
Dans le domaine indigeste des mystères éculés, des naïfs s'imaginent encore avoir affaire à l'inexpliqué à propos des fakirs du dimanche et de leurs dupes disciples marchant pieds nus sur le feu...
Sujet de questionnements abyssaux pour les cadres américains moyens en quête de "challenge" (dans le but d'améliorer la cohésion et la performance des employés de leurs entreprises) ou simplement pour les gros ploucs de la France profonde, la marche sur le feu n'a pas fini d'ébahir les gogos de tous poils et les pigeons de peu de plumes...
Nul besoin d'être grand gourou des "Adorateurs de la Connerie Humaine" ou même scientifique confirmé pour se rendre compte de l'extrême banalité du phénomène. Un minimum de bon sens suffit pour faire voler en éclat ce mystère de concierges, cette "énigme surnaturelle" des ménagères impressionnables : marcher sur le feu est à la portée de n'importe quel bipède venu.
Aucune force mentale, aucun don particulier n'est nécessaire pour poser le pied sur la braise sans grand dommage. Les lois les plus élémentaires de la physique permettent tout simplement ce "prodige", à condition bien entendu de ne pas s'attarder bêtement sur les cendres brûlantes...
Les lois physiques et mécaniques sur les échanges de chaleur entre les corps qui sont en action ici n'interdisent pas de marcher sur le feu avec le sourire. Sans traumatisme physique, donc. Dans une certaine mesure bien entendu : selon certaines conditions de sécurité. Pour peu que vous n'enduisiez pas sottement vos pieds d'essence ou d'huile avant de vous balader sur les braises et que vous alliez d'un bon pas, vous ne vous enflammerez pas, n'aurez aucune grosse brûlure, n'endurerez nulle douleur insupportable.
Le délai d'entrée en action dangereuse de ces lois sur les échanges de chaleur à partir du premier contact entre la braise et la plante des pieds étant d'une dizaine de secondes (variable à quelques secondes près selon l'épaisseur de la corne de la plante des pieds, la température de la braise, le temps de contact du pied contre la braise, la pression du pied sur le brasier -donc le poids du corps du marcheur-, la surface du pied et le mode de la marche), vous pourrez marcher 10 mètres sans aucun dommage majeur.
Mais essayez de marcher 50 mètres, 100 mètres sur la braise... Vous vous apercevrez alors que, appliqué à ces jeux, le prétendu défi aux lois physiques ne fonctionne plus ! L'expérience a ses limites et si vous insistez un petit peu, la braise commencera par vous brûler la plante des pieds, "force mentale" ou pas. D'ailleurs aucun gourou paradant sur la braise, très curieusement, n'a jamais dépassé le nombre de mètres nécessaires qui risqueraient d'anéantir son "supra-pouvoir paranormal" et ainsi de l'exposer au ridicule, fatalement accompagné de brûlures, fort normales quant à elles...
Des imbéciles payent cher des escrocs pour effectuer ce genre de stage : juste pour marcher une dizaine de mètres sur le feu et se croire extraordinaires, s'imaginer dotés de pouvoir paranormaux ou bien se persuader être doués d'une force intérieure peu commune...
Comment peut-on être sot, crédule, décérébré à ce point ?
Raphaël Zacharie de IZARRA
Rédigé par : Raphaël Zacharie de IZARRA | 08/06/2011 à 10:12
Daniel, Daniel ! Quelle verdeur !
Rédigé par : Phil' | 19/11/2009 à 00:17
Le panorama qui s'ouvre sur le volcan s'appelle "Le Pas-de-Bellecombe".
Comment s'appellent les filles de ce "Pas"?
.....Les pas belles qu'on ...braise...
Rédigé par : Jac | 17/09/2009 à 14:08
Il semble qu'à la Réunion, on braise bien.
Rédigé par : Daniel Bas dit Chedozot | 17/09/2009 à 09:19