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mars 1987, Sainte-Clotilde, Réunion,
Un chien noirâtre, galeux, nous attend
derrière un bosquet. Il s’enfuit néanmoins, terrorisé par notre présence
incongrue en un lieu aussi désert. Le chemin est boueux, glissant, épuisant. De
part et d’autre, des grillages usés, rouillés, parfois déchirés, mais piquetés
de fleurs rouges, donnent une image de territoires approximatifs. Le sentier
monte, sinueux, lentement, irrémédiablement. Au loin un homme blanc à la peau
tannée, aux jambes arquées dans un short grisâtre trop large, reste là devant
sa barrière, les bras ballants, le visage hébété de solitude, à nous regarder
marcher sans dire un mot. Une petite tête blonde glisse, au-dessus d’une haie
d’épineux. Il y a du bleu acier dans tous ces regards craintifs. Des poules
s’arrêtent de picorer. Après notre passage, longtemps après seulement, nous
reconnaissons le chien noir, blotti aux pieds de son maître qui nous montre de
ses épaisses mains difformes une direction hypothétique à suivre, là-haut, par
là-bas, par-dessus la montagne, continuer, continuer, pour vaincre le temps.
La piste traverse une forêt de cryptomerias.
Des racines jaunâtres jaillissent à la tranche des fossés. La mer est à nos
pieds. Elle fait tant d’efforts pour prendre l’île dans ses bras.
La
fraîcheur farine sur nos épaules courbées. Des cases au toit rouge font de
petites taches comme des fleurs dans les champs de canne à sucre.
Mais des branches craquent derrière nous.
Qui nous observe ? Ce ne sont que des enfants, masqués en partie par des
buissons, deux ou trois êtres chétifs, la peau noire d’ébène qui brûlent des
brindilles.
Trois hommes blancs assez âgés, aux jambes grêles arquées mais curieusement armées d’énormes pieds nus, surgissent du diable vauvert. Ils portent de grosses branches noueuses sur leur tête. Ils avancent en petites foulées pressées. Leurs pieds se soulèvent à peine. La plante apparaît, grossière, verdâtre, craquelée et dure comme une lave de volcan refroidie depuis mille ans.
(Photo Jac)
(Merci à www.onf.fr/la-reunion/sommaire/especes_exotiques/)
JAC, le 7 mai 2009
Merci Jacques. C'était impossible à deviner, pour un gros blanc de la Métropole, en tout cas...
Rédigé par: Phil' | 20/05/2009 à 06:12
La pluie farine = il pleut...Il y a là toute la sensualité du poète qui s'ignore: la farine c'est frais et doux au toucher.
Nous artrouv' = à tout à l'heure, à plus tard. on se retrouvera plus tard. D'autres questions ? Salut, Phil!
Rédigé par: Jac | 18/05/2009 à 04:12
Certes, certes, il n'empêche que si tu voulé bien n'traduir (la pli farine bon pé) et (nou artrouv') je ne t'en voudrais pas...
Rédigé par: Phil' | 18/05/2009 à 01:40
Bien, Phil...Aou koné la Réunion, alors...Nous di comme ça "Yab" pou di "Ti-blancs-les-hauts".
Nout péi lé bien coloré.
A c't'heur' la pli farine bon pé.
Nou artrouv'!
Jac
Rédigé par: Jac | 13/05/2009 à 10:37
Serais-tu monté dans les "hauts", par chez les "petits blancs" ?
Rédigé par: Phil' | 13/05/2009 à 05:56