25 mars 1997, Ngorongoro Wildlife Safari Lodge, Tanzanie ,
L’hôtel est très beau, immense baie
vitrée, soutenue de bois et de pierres, écran géant offert sur la caldeira. Dans
la cavité magique vivent les lions, les léopards, les buffles, les hippopotames
et les gazelles qui vont mourir ce soir.
Les lions sont allongés paresseusement dans
les herbes. Une famille boit dans un cours d’eau. Bien sûr les éléphants. Bien
entendu les gnous, les gazelles et le léopard allongé sur une branche et qui
croit que personne ne l’a vu. Evidement les hippopotames aux gros culs de
fermières nourries à la crème fraîche…soufflant, pétant, chiant des bouses
gigantesques sur les museaux des copines enrhumées. Mais les Masaïs ! Les
Masaïs ! Comment peuvent –ils vivre ainsi dans la poussière entourés de
félins, enveloppés de rouge, armés d’une lance et d’une massue, marchant sans
fin par les plaines, gardant les troupeaux aux odeurs fortes, dormant à même le sol dans des villages
circulaires construits de branchages d’épines pour empêcher l’incursion des
fauves ? Nomades assoiffés, sans argent, épris de liberté exigeante, au
prix de souffrances pour les yeux pleins de glaucomes des enfants, de blessures
mal cicatrisés aux jambes, de recherches désespérées d’eau par la nature aride…
Sur la piste ocre que bordent les talus d’un vert intense, marchent les Masaïs infatigables, drapés de dignité et de tissus nécessairement rouges, lobes d’oreilles troués par des anneaux d’or, crâne rasé à l’extrême. Dans un dénuement extrême.
JAC, le 17 mai 2009
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