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mai 2007, Santorin, Cyclades, Grèce,
Par centaines ils patientent sous leurs jolis colliers de pompons et de coquillages. Dans la descente qui mène au port, une petite place bordée d’un long mur bleuâtre, leur a été attribuée en guise de lieu de rencontres. Mais les pauvres ne fréquentent que des cuisses germaines, des épaules franques, des ventres alémaniques, des fesses ostrogothes ou des colonnes vertébrales raides gauloises.
Les postérieurs, parfois un peu lourds, se
libèrent en fin d’ascension de rires gras ou d’énormes cris de soulagement.
Enfin les baudets ont bien mérité une petite récompense, une photo souvenir,
pour leur faire oublier la faim et la soif : un grillage grossièrement
fixé, plaqué sur les naseaux, les empêche de boire ou de mâcher pendant le
service. Des walkyries ferrées de bijoux clinquants, bâtées de sacs de marques
prestigieuses, pèsent négligemment sur le dos fourbu des bêtes et se laissent
alors complaisamment prendre en photo par leur compagnon, lui –même affublé de
l’inévitable casquette de base –ball
nécessairement à l’envers.
Le
seul plaisir des grisons pendant leur pause est de brouter trois brindilles de
paille échappées de leurs propres… excréments ou de flairer quelque liquide
puant, lâché sur les pavés de lave par une de leurs copines . Que de cacas
d’ânes sur le macadam !
Les sages bourriques de l’île sont maigres
et baissent la tête par politesse.
Les chiens, eux, sont gros et gras et
insolents.
Ma
tendresse se porte naturellement vers le
beau nez d’âne…et non vers la truffe sale des toutous empâtés.
Si la montée tortueuse et escarpée qui va du
port au village est une épreuve pénible pour
les mollets humains, elle est surtout un calvaire pour les sabots des ânes et
des ânesses qui se suivent.
Une trouée de ciel bleu que personne
n’attendait plus, émeut les photographes
qui peuvent enfin s’adonner à leur vice. Les coupoles bleu roi resplendissent
au milieu des maisons blanches. Mais déjà l’orage les rappelle à l’ordre et les
premières gouttes les font rentrer sous terre.
Ce voyage n’est que succession de surprises. On va chercher à Santorin la noblesse du site volcanique, on en revient avec un parapluie ringard . On pensait y découvrir la beauté des ruelles, on ne perçoit que des ânes à chroniques .
JAC, le 13 avril 2009
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