24 décembre 2005, lac Awasa, Ethiopie,
Au petit matin le marché aux poissons, tout au bord du lac, est un espace baigné de lumière et béni des dieux.C'est un ballet incessant de cormorans, de marabouts, d'aigrettes, au-dessus des barques, près des enfants qui vident les poissons, autour des vendeurs de tilapias ou de poissons-chats. Des adolescents jettent des entrailles en l'air, elles ne touchent jamais l'eau, happées d'un claquement de bec de pélican.
Relents d'anguille morte, de vase sèche, de parfums de cumin, de cardamome, arômes de café fort, de thé au gingembre. Car on y tient gargote aussi, à même le sol boueux, sur des pneus empilés ou des carrés de tourbe asséchée. Tout peut servir de banquette : une branche basse horizontale de figuier, un siège de coiffeur, une mobylette désaffectée.
Un cri et c'est une volée de marabouts qui se précipite en râlant d'impatience sur une carcasse. Un plongeon et c'est une armée de cormorans qui s'abat sur une tête coupée. On vient en ce lieu pour les poissons mais les oiseaux leur volent la vedette. Un jeune garçon propose une promenade en bateau. Pourquoi pas? Il suffit de trouver un passage, même étroit, entre les roseaux, soyeux de soleil.
Silence. Quelques clapotis.
Il y aurait, tout près, des hippopotames. Mais aujourd'hui, ils sont invisibles. Des chevaux se baignent pour se libérer un temps des tiques et des mouches. Au loin, des petites filles saluent. Le canot s'immobilise dans les ajoncs.
La grâce a touché le paysage.
JAC, le 29 avril 2009
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