PERSEPOLIS
Juillet 1973
( Site de Persepolis, merci à www.cliolamuse.com)
A
Persepolis, le silence de mort qui
plane sur les pierres est à peine troublé par les cris des oiseaux, le son
feutré des pas du gardien sur le gravier ou le vent qui siffle entre les
colonnes. Le soleil tombe droit sur les ruines.
Il
y a deux mille ans vivaient là des soldats, des chevaux, des dromadaires. La
scène est intacte…Le temps ne vient jamais à bout des efforts de l’homme. La
vie est sans doute cette force gravée dans ces pans de murs. Je suis vivant
aujourd’hui, tout comme Persepolis l’était
avant sa destruction, trois cents ans avant la naissance du Christ.
Le
vent ne cesse de se lamenter entre les colonnades, tourne dans un lit de
pierres, puis vient se répandre en gémissements puérils sur le forum,
grand ouvert au ciel d’un bleu intense.
Oui,
ces piliers blancs, brossés, polis de vent, lessivés de pluies, brûlés par les
incendies, meurtris, fissurés par les batailles, les séismes, sont bien en vie et toujours décidés à
résister, fût-ce à un cataclysme nucléaire.
Qu’importent
les années ! Cette cité est pour moi le symbole et le garant de l’immortalité
que je cajole et caresse dans mes rêves depuis cette visite. La mer vernit les
galets. Le vent frotte les colonnes. La terre fragmente nos squelettes. Mais en
dépit de ce travail de sape, qui m’empêchera de voir apparaître tout à l’heure le roi Darius posté sur un muret ?
Et les soldats de sa garde sur des marches ébréchées ?
Des
femmes ont soupiré d’amour à l’ombre des statues, je le sais. Des demoiselles
ont fait miroiter l’or de leurs bijoux pour éblouir des princes, c’est évident.
Ici, j’ai acquis une conviction : l’homme est destiné à laisser une
empreinte sur terre, une marque, un témoin de son passage et de quelque manière
que ce soit. Fût-ce un témoignage dérisoire. S’éteindre après avoir enregistré
un disque même s’il se révèle d’une qualité « moyenne », n’est pas
disparaître. Partir en laissant derrière soi un livre, c’est rester en vie.
Quand nous avons eu assez d’être giflés par le vent, nous avons regagné un splendide hôtel, Le Camp du Drap d’or, tout près de ce lieu prestigieux. Nous y avons poursuivi nos élucubrations sur Darius ou Alexandre Le Grand, jusqu’à tard dans la nuit.
JAC, le 28 mars 2009
J'imagine vos élucubrations tard dans la nuit: Persepolis, c'est bien là que les satrapes s'attrapèrent?
Rédigé par: Daniel Bas dit Chedozot | 30/03/2009 à 12:27