ISPAHAN
Juillet
1973
Ispahan me fait l’effet d’un énorme choc esthétique et culturel. Le palais du Tchehel Sotun dit « aux Quarante Colonnes », la Mosquée du Roi, celle de la Mère du Roi …Des merveilles de construction et de décor.
( Jardins de l'hôtel Shah Abbas)
La
Place Medan-e-Pahlevi est
aussi un endroit de rêve, un rectangle vert de quatre cents mètres sur deux
cents, ceint de mosquées, de palais prestigieux. A l’origine on y jouait au
polo. Des étudiants barbus assis sur les pelouses passent des heures à lire le
Coran. Des amoureux transis ne se frôlent que du regard.
A
l’une des deux extrémités de la place, se trouve l’entrée du Bazar. De part et d’autre
s’affairent des ferronniers d’art. On y entend des chants d’oiseaux, des rires
d’ enfants, quelques coups de marteau et bien sûr, les appels des muezzins en écho.
Les
ruelles étroites sont encombrées de marchés joyeux. Aucune animosité. Les
sourires rassurent.
Une
étrange mosquée dite « des
minarets branlants attire la curiosité. Il suffit de grimper dans l’un
pour que l’autre se mette immédiatement à trembler, par un bien curieux mystère
de la physique des résonances. Un simple balancement de pieds dans une tour
provoque aussitôt une lente et longue oscillation dans celle d’à côté, pourtant
distante d’une quinzaine de mètres. Des scientifiques, paraît-il, viennent du
monde entier observer et surtout tenter de comprendre le phénomène. Aucune
réponse plausible n’a pu jusqu’alors être formulée.
Depuis un belvédère J’aime aussi regarder la vie sur le fleuve Zayandeh Roudh, qui serpente difficilement en un mince filet que les caravanes de chameaux et d’ânes chargés de tapis traversent sans peine à gué… Dans le crépuscule doré les bulbes légers des mosquées semblent flotter sur la ville.
(Mosquée du roi)
Je parcours les rives du fleuve dont l’eau parfois se perd dans les sables. Des vieillards enturbannés le traversent à dos de mulet. Sous les voûtes du pont des Trente- Trois Arches des familles entières boivent le thé, indifférentes aux oiseaux qui tentent de s’approcher.
(Pont des Trente-trois Arches)
Le
soir venu, je goûte à toutes les sauces de la cuisine persane : l’abgousht,
tout d’abord, mouton aux pois chiches et citrons cuits dans l’eau poivrée. Puis
le tchelo
kebab, monceau de riz au parfum de beurre rance et de noix grillées…Accompagné
de galettes cuites au feu de bois ou sur une pierre, le nang-e-sangak, que je
transcris de mémoire et phonétiquement bien sûr.
Le
lendemain on écume les boutiques où il est bon d’aiguiser sa curiosité sous
quelque prétexte que ce soit. Partout dans les rues tinte une musique de tar,
ponctuée de silences éloquents, de pauses inattendues. Quelques cordes pincées
et puis plus rien…Silence pendant de longues secondes. Et l’on reste là,
subjugué, le cœur serré d’émotion à guetter la suite. Cette musique est un
délicieux compromis entre une gavotte du XVIII ième siècle et un morceau de shamisen
japonais de geisha.
(Bazar-e-Bozorg, couches géologiques d'épices, du primaire au quaternaire)
Les
Isfahanis disent de leur ville : « Isfahan, nefs-e-djihân », ce qui veut dire que leur cité est « la
moitié du monde ».
Je n’avais en
ce temps là aucune peine à le croire.
(Masdjed-e-Lotfollah)
JAC, le 26 mars 2009
Tu me fais enfin voyager là ou j'avais envie d'aller, magnifique..
Rédigé par: Jutta | 14/04/2009 à 20:58
Somptueux, sublime: je suis subjugué.
Rédigé par: Daniel Bas dit Chedozot | 27/03/2009 à 16:46