Sanchez, leçon 47
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Notre héros est dans une forme éblouissante. Il peut se flatter d'être l'unique être humain au monde, capable de fêter ses cinq cents ans, sans une once de gras, sans une quelconque chute de vitalité. Car toujours veuf de quelqu'une, Sanchez n'est jamais resté emprunté.
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C'est à Marbella qu'il choisit de célébrer son jubilée astronomique (10 fois 50 ans). Mais auparavant, flashbackons*, autrement dit, remontons le temps.
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Statue de bronze érigée à Salamanca (1562) dans la Calle de las Escuelas, à la gloire de Sanchez. Le sculpteur l'a exceptionnellement représenté en pied. Sanchez tient à la main son diplôme de docteur en farmacia (mention Muy Bien).
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Rappel des faits
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Que les bons élèves, soucieux de culture ibérique, se réfèrent à la leçon 32
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Fraîchement libéré en 1938 sous caution (3,750 milliards de ptas) et sans un sou en poche, Ricardo Sanchez émigre au Mexique où il espère quémander un vague emploi auprès de Luis Buñuel, lui-même émigré dès 1935. Et puis, ayant vu passer de trop près le spectre de la mort, il éprouve le besoin de faire un pèlerinage sur ses propres pas, histoire de retrouver le bon vieux temps de ses vingt ans, du txocoalt et de la Conquête espagnole.
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Il avait une guitare pour tout bagage lorsqu'il croisa le jeune Julio Iglesias (qui n'avait alors que quatorze ans en 38) dans une rue de Ciudad Méjico. Le Niño chantait des chansons d'amour d'une petite voix perchée qui l'émut aux larmes.
Bien que ruiné, Ricardo avait déposé une pièce de 10 cruzeros dans la sébile du crooner* débutant qui vocalisait a capella avec une vaillance et une fierté toutes espagnoles.
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Mes belles que j'aime tant...
Pour l'aumône d'un baiser...
Croyez-moi au même instant...
Vous serez récompensées
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Une amitié indéfectible naquit alors entre eux. Ricardo et Julio firent équipe. "Vous les femmes", sur des accords lancinants de serrana flamenca firent un malheur dans les rues de Mexico, sans compter leurs improvisations de football, car le cantante de variedades tâtait joliment du ballon rond, au point qu'il hésitait entre faire star au Real Madrid et superstar au Hit Parade.
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Marbella 2002
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Nous voici à l'aéroport de Marbella 64 ans plus tard. Le jet privé de Julio vient de se poser en provenance de Miami. Ricardo l'attend dans le salon VIP, déjà bondé de célébrités au regard absent. Une seule femme, accompagnée d'un peintre en vogue, le reconnaît.
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Tiens, mais c'est notre Estropeado ! Aprovechen mis chocolates !
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El Estropeado sent l'ajo, le chorizo et le bacalao, c'est clair, mais il n'en a cure. Son écrasante supériorité canonique et son expérience pluricentenaire lui confèrent une fierté quasi biblique.
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Les deux amis tombent dans les bras l'un de l'autre et c'est la phrase ô combien historique de Julio:
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- Et toi non plus tu n'as pas changé!
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Le compliment ne manque pas d'une certaine élégance, d'autant que le Latin lover* n'est plus le juvénile petit chanteur des rues de Mexico, le Pequeño Principe, Al Faudel de la cancióneta.
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Il est buriné, tanné par les UV et sa peau est grêlée de cicatrices consécutives à une viruela contractée à l'adolescence. Mais cela semble être au goût de la très belle et jeune femme qui accompagne le célébrissime crooner.
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Sanchez, on s’en doute, tomba évidemment fou amoureux de A. Van Karembol, au teint si clair qu'il compara la fascinante beauté à celle de la Vénus de Botticelli. Jamais Sanchez, qui pourtant avait vécu, n’avait vu de femme aux jambes si longues :
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1m20 du talon à l’aine !
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Julio, plein de compassion, pardonna bien volontiers au jeune jubilaire ses grands écarts d’admiration. Sanchez, debout si l’on peut dire, arrivait tout juste au nombril de Vénus. Et encore…à la condition qu’il fût coiffé de son sombrero !
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Sanchez présentant ses hommages à la belle A. Van Karembol, gênée par les genoux de l'hidalgo qui touchent les siens par la force des choses.
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Et la fiesta continua !
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* Mots étrangers introduits dans le langage français sous l'effet de la conspiration anglo-saxonne qui vise à la reconquête des territoires occupés par les Gaulois.
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Votre PLUS culturel
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Fiesta veut dire tout simplement la fête. Méfions-nous des abus. Faire la fiesta n'est pas se camphrer la ruche, mais célébrer un événement sortant de l'ordinaire.
Exemple: les cinq cents ans de Sanchez
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