1700, année charnière. Sanchez fête le nouveau millésime chez Monseigneur, le Grand Dauphin Louis de France.
D'après une peinture de Jacinto Rigau y Ros (Hyacinthe Rigaud). Remerciements à la "base Joconde" qui a fourni la trame et le superbe cadre baroque doré à la feuille.
Monseigneur. Fils de roi, père de roi et qui jamais ne fut roi.
Mais quel hombre** !
Monseigneur a 39 ans. Il vient d’épouser en secondes noces Marie-Adelaïde de Savoie, fille du roi de Sardaigne. Elle allait être la mère de Louis XV. Il est né en mars 1661, soit neuf mois après le mariage royal de Saint-Jean de Luz dont on se rappelle les fastes et la Noche misteriosa ou El Entierro alegre (leçon 11).
D’aucuns chroniqueurs prétendent qu’il ressemblerait de très près à Don Sanchez, ce qui ne nous étonne guère.
" Qu’on luy essaye une barbe et c’est Don Sanchez El Español, El Estropeado tout craché, tal cual"…
<<<< (Jugez par vous-même en cliquant sur la vignette)
Quoi qu’il en soit, Monseigneur entend perpétuer le souvenir de sa maman, notre Marie-Thérèse bien-aimée, morte en 1683.
Pour ce faire, il va stimuler les Chocolates y Caramelos dans le royaume de France. Au-delà, ce n’est point son affaire.
L’Europe est en guerre perpétuelle. Les Orange de la Haye, alliés aux Angloyes de Westminster et aux Habsbourg de Vienne, s’opposent à la Maison de France qui est aussi celle de Versailles, de Dunkerque à Québec, la Nouvelle France.
Et chacun de convoiter le Trône Madrilène, avec d’autant plus d'avidité que Charles II Habsbourg, roi d’Espagne, choisit la date charnière de 1700 pour mourir sans héritier direct.
Deux candidats au trône d’Espagne sont en lice : L’Archiduc Charles de Habsbourg et Philippe d’Anjou, petit-fils légitime de Louis XIV et de notre Marie-Thérèse bien-aimée. Philippe l'emportera, mais...
On va droit à la Guerre de Succession!
Sanchez, lui, est pacifiste. Il rêve d’une Europe unifiée autour d’une idée force, son chocolat. Dans les salons de Monseigneur, on le voit sauter comme un cabri et criant « l’ Europe ! l’ Europe ! l’ Europe !
Cela est fort au goût du Petit Dauphin, Philippe d’Anjou qui adore cet abuelo canonique, mais étonnamment jeune. N’oublions pas qu’à cette époque, tous mouraient d’un rien avant que d’avoir vécu: rougeole carminée, anémie pernicieuse, bourbouille, viruelas petite et grande, dérangement des humeurs…
Et justement, le chocolat agit favorablement sur les biles jaunes et noires, la pituite et le sang qu’il purifie, évitant sanguijuelas, ventosas, sangrias et force clystères.
Madame de Grignan, fille de la pétulante Marquise de Sévigné qui avait beaucoup oeuvré dans la confiserie. Son souvenir demeure dans des boutiques fines à son enseigne.
Pour la circonstance, Monseigneur a réuni au château de Meudon, Madame de Grignan, fille de la Marquise de Sévigné, le Comte Monchéri des Rochers, Rodolphe Lindt, Sœur Tatin, religieuse à l’origine du « pet de nonne », le Chevalier Calisson d’Aix, la Marquise Bacio Perugina di Perugia, Afchain de Cambrai (dont la bêtise est légendaire) et le Marquis d’Aftereight, un Angloye pourtant, mais supporter du contesté Jacques II, protégé de Louis XIV. Francisco Procopio dei Coltelli, premier cafetier de France à l'enseigne de Procope, les rejoint.
Et c’est une grande stratégie qui se dessine sur la grande carte de l’Europe des golosinas, la CEG.
Don Ricardo Sanchez, en plein délire européen.
Estampe du temps.
La Comunidad Europea de las Golosinas restera un rêve et sera réduite à la rédaction d’une Charte, mais dans les faits, elle donnera lieu à l’ouverture d’innombrables ventas au-delà de la France, d’Algesiras à Rome, de Salzbourg à Antwerp.
Ces ventas subsistent encore aujourd'hui à la frontière franco-espagnole. Mais elles ont été transformées en drugstores où l'on trouve de tout à meilleur marché: pastis, manzana verde, cigarettes, jamon, bacalau, boquerones, atun, turrones, pimientos del Piquillo, chocolates, gasolina.
NOTE IMPORTANTE:
On remarquera que Sanchez ne fréquente plus guère le Roi Soleil. Non pas qu'ils soient brouillés: l'amitié demeure depuis Saint-Jean de Luz et les leçons de jota (leccion 12). La raison en est que Louis s'est remarié avec la Veuve Scarron, devenue Madame de Maintenon. Et c'est elle qui ne tient pas à voir Don Sanchez. Sa posture d'éternel "tétanisé ligamentaire" lui rappelle trop le calvaire qu'elle a vécu avec l'hyperscoliotique et non moins brillant esprit Scarron, son premier mari.

Sangria (con frutas)...
...y Sangria (con carne)
Encore un faux ami:
** hombre signifie HOMME et non pas OMBRE !

Ah, que j'aime les aventures de Sanchez!
Rédigé par : Elvira | 23/12/2004 à 16:41