1609, en Navarre, Biarn & Jurançon. Rien ne va guère entre l'Espagne et la France. Les Espagnols cernent encore le royaume aux quatre points cardinaux. En dépit de son abjuration, Henri IV conserve un vieux fond huguenot qui resurgit toujours face à l'Espagne catho. Et c'est l'incessante zizanie entrecoupée de projets de mariage royaux qui tombent fatalement à l'eau.
Sanchez n'a cure des luttes intestines qui empoisonnent les Pyrénées. Comme il dit, El negocio es el negocio
Il se rend donc à Pau, chargé de chocolats. Le bon roi le reçoit en toute simplicité en son château pour une "Poule-au-Pot-partie", en présence de la reine Marie de Medicis, des quatorze enfants (les Marmailloux) toutes légitimités confondues, de Charlotte des Essarts, Jacqueline du Bueil, ses secrétaires assistantes du moment et de Sully, sorte de Raymond Barre avant l'heure.

Au dessert, Don Ricardo fait goûter les chocolats qu'il fait préparer devant les convives par des chocolatiers juifs de Bayonne Saint-Esprit, franchisés sous la marque Chocolates y Caramelos Sanchez.
Et surprise ! Il offre au Roy un somptueux cadeau : une armure en chocolat réalisée par ses meilleurs ouvriers.
La fête est à son comble. Rubens l'a représentée sous le titre un tantinet pompeux d'Apothéose d'Henri IV. On peut y reconnaître Sanchez, distribuant une véritable débauche de chocolates y caramelos. On frise l'orgie, mais El negocio es el negocio...
Excepté le jeune Louis (futur XIII) qui recrache les chocolats, tous apprécient cette épice nouvelle que le ministre des finances Sully suggère d'ajouter aux mamelles de la France :
Labourage, pâturages et chocolats.
La question restera à l'étude. Le vieil économiste n'a plus le dynamisme d'antan. Il s'endort fréquemment sur ses propres paroles. Notre héros joue avec les Marmailloux à quatre pattes sous les tables, dans un joyeux fatras d'os de poulet et de papiers dorés. Le Vert-Galant les y rejoint, ne manquant pas de désigner à Sanchez les dessous de Charlotte des Essarts et de Jacqueline du Bueil, l'invitant même, avec son savoureux accent béarnais, à "mettrre la maing au bonheurrr".
Sanchez l'y mettra, stimulé, il faut le dire par les vins de Madiran, de Jurançon et les armagnacs vieux du Gers proche, infiniment plus fins que les piquettes de Jerez et de Malaga qu'il a coutume de boire en sa province brûlée. Les Fino ne sont pas encore ce qu'ils sont.
Le bon roy Henri maniant luy-mesme la cuillère à pot (estampe d'époque). Cliquez sur l'image pour voir le grand roi à la popote.
Sanchez jouant avec les Marmaillouxes. On remarquera la "tilde" qui est brodée sur son sombrero.
Il séjournera quelques mois à Pau, jusqu'au départ du roi pour Paris. Là hélas, Ravaillac attend le Vert Galant au tournant, rue de la Ferronnerie, un certain 14 mai 1610.
Cette affiche peinte par Velasquez, montre à quel point Sanchez était publicitairement en avance sur son temps.
Remarquez la légèreté du bilan de lecture. Vous ne pourrez pas dire qu'on vous gave de Pau. Cette légèreté de l'enseignement plaît dans les hautes sphères du business. Déjà, nous avons reçu les encouragements "à ne point trop charger" de messieurs Bush et Berlusconi.
* POP Abréviation de Poule-au-Pot

J'aime bien commencer le Lundi comme ça, dans la bonne humeur. Faut retourner au boulot maintenant parce que "El negocio es el negocio".
Rédigé par : João | 15/11/2004 à 11:01