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Handemol ® (ou « Main molle » en français) est un médicament d’origine hollandaise, découvert par une sorte de Louis Pasteur des pays plats, longtemps après la découverte des vaccins fondamentaux qui nous ont permis de franchir allègrement le XXe siècle sans autres petits bobos que la Grippe Espagnole, Verdun, les conquêtes et reconquêtes hithléro-pinocchio-fascistes, la Shoa, le Grand Empire sino-soviétique, le non moins Grand Merdier asiatico-moyen oriental éclaté sur tous les fronts, de Jerusalem à Kaboul.
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Le nouvel opium. Bon pour la culture des masses
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Handemol ® est un traitement de masse administré aux masses autant laborieuses que oisives, en tout cas dépourvues du réflexe de recul, seule parade à l’ingestion de nourritures faisandées.
Le chat l’a.
L’homme, non.
Il doit cultiver ce réflexe. Sinon, point de salut, sauf à consommer massivement Handemol ®, la panacée qui permet de survivre au vide intersidéral, à l’incuriosité, au vacuum way of life, ce syndrome de la vacuité qui affecte déjà 52% de la population américaine du nord et gagne du terrain sur le Vieux Continent.
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Associé aux jeux de cirque (circences) diffusés dans les «Estranges lucarnes », comme se plaisait à dire le roi Charles XIV de Gaulle, il sert à fabriquer du rêve à bon marché. Le rêve, l'événement, voilà l'avenir! Car éduquer les masses coûterait infiniment plus cher à la société et surtout, n'offrirait aucun intérêt économique.
Prenez le poète Fernando Pessoa, stéréotype de la stérilité en termes de sponsoring. Il n'est déjà personne, comment pourrait-on imaginer qu'il fût un jour une denrée marchande susceptible de générer des retours sur investissement?
Et à quoi bon éduquer (en pure perte) si du pain et des jeux suffisent à la perpétuation de notre espèce déjà fort menacée par l'IVG?
Alors Handemol ®, rêve à bon marché? Oui. Mais barato não hà ! Meilleur marché, y a pas. Ce qui est rarissime pour une drogue non générique.
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Money Dream isn’t dead
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Le Money Dream est la forme la plus élémentaire de ce rêve à bon marché. Il n’est certes pas nouveau. Dès les balbutiements de l’ORTF, en France, Jean Nohain animait « Reine d’un jour ». Un concept simple qui consistait à couvrir de cadeaux – mais pour un jour seulement – une pauvresse plutôt laide et boiteuse ayant beaucoup souffert et qui devait de préférence, dès la présélection des candidates, avoir été engrossée le jour de sa première communion par le curé du village, derrière les fortifications (Caroline la Putain, chanson connue).
Cela permettait à Lévitan (Des meubles garantis pour longtemps) de rétablir une justice sociale en dotant l'infortunée d’un mobilier complet en chêne massif sans une once d'aggloméré. Les shampooings Dop (Dop, Dop, Dop, elle est adoptée par Dop) la couvraient de détergents. Les Chaussures André (Le Chausseur sachant chausser) la chaussaient pour deux cents ans.
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Le RMS, le Reality Money Show était né, bien avant le RMI, ce tueur de rêve.
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Toute la France pleurait à chaudes larmes, à l’exception du bon Professeur Choron et de sa bande iconoclaste du Hara-Kiri originel qui allaient se gausser dès 1962 des lamentations ordinaires assorties de couillonnades oniriques.
Et puis est venu le CçC (difficile à prononcer) qui consiste à deviner le vrai prix d’une chose. En France, en Suisse, c’était assez ennuyeux, du fait de la gentillesse tristounette des animateurs, Jean-Pierre Pernaut, pour ne citer que lui, car s'il fallait encore parler de l'autre Jean-Pierre, le Foucault, on n'en finirait plus.
Au Portugal, c’est un régal du fait du talent de Fernando Mendes qui est un bon clown jovial, ventru (« O Gordo ») et humble, quoique affreusement cabotin, mais c’est son métier. Il rassure. Surtout les concurrents(es) qui forcent un peu dans la vie sur les sucres rapides. Tous embonpoint, durillon de comptoir etc. confondus, ils ne se sentent plus seuls.
On passera sur les jeux culturels (car il y en a !) qui n’ont d’intérêt que dans la mesure où ils donnent une autre dimension à la culture générale. Saviez-vous au passage qu’en matière de musique, seule compte au Portugal la connaissance érudite des millions d'albums sortis depuis 1970 ?
Alors allez donc concourir. Vous ne risquerez que très rarement d’être confronté à une question chiante sur les non moins chiants Mozart, J-S Bach pères et fils, Haydn, Mendelssohn, Schumann, qui n’existent que pour une poignée d’intellos retardés aux manières de gonzesses.
Mais si en plus, vous connaissez par cœur la composition de la Sélection Nationale de 1986, le nombre de buts marqués par Helder Herculano Chombier contre le Zimbabwe à la 56e minute, alors vous avez toutes les chances de gagner 15 000 € sous les applaudissements chaleureux de votre club de quartier.
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Reality is born:
la « Main Molle » est arrivée
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Elle a commencé avec « Grand Frère », titre repris de l’anti-héros du livre de George Orwell, "1984". Un roman d’anticipation politique, visionnaire à son époque, mais totalement dépassé par la réalité bien avant l’échéance, déjà.
Grand Frère 2000 consistait à mater par le trou de la caméra, un florilège de has been vieillissants, dont on sait par avance qu’ils sont foutus, promis à l’abattoir du Hit Parade, mais dont on attend la résurrection (éphémère) de l’un(e) d’entre eux, au fil d’une idylle sulfureuse, d'un bel adultère comme on les aime chez les autres.
Mais Grand Frère était trop plat encore. Handemol ® crée une accoutumance. Il fallut aller plus loin dans la recherche en laboratoire.
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La Hacienda des Pétasses
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Le Portugal, pays délicieux, s’est enfin mis au parfum authentique des tas de fumier bio, en créant pour votre bonheur, frères humains, la Hacienda des Pétasses.
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La recette :
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Dans un cadre rustique, introduisez sous l’œil de caméras cachées, un bouquet de pétasses choisies pour leur brillant esprit d’escalier dans la gent people qui alimente la presse du même tonneau des Danaïdes.
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Panachez avec une ou deux intrigantes sur le retour (d’âge) gentiment liftées (lift = esprit d’escalier). Celles-ci ont pour mission de ne dire rien de significatif. Certaines bossent et ne craignent pas de mettre la main à la pâte, à l’épluche légumes, à la tourniquette (pour faire la vinaigrette. Merci Vian) ou au balai à chiottes. C’est bien. Ce sont des méritantes. Elles auront le respect des chefs de famille au foyer desquels on peut lire sur un ex voto : esta morada merece um bom chefe de familia.
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Oyes-tu ce que l'oie oit? Oh yes, I do !
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Elles auront secondairement le respect des mères de famille et de la ménagère de 50 ans et plus qui a trimé toute sa vie, qui est partie de rien pour arriver à pas grand-chose (merci Pierre Dac).
Certaines autres n’en foutent pas une rame, se font les ongles, se (nous) pèlent le jonc, fument des clopes, toussent, déblatèrent. Celles-là, les hommes les adorent car elles peuplent leurs fantasmes : ce sont les fameuses « Bonnes », prises sur la table de cuisine (Le facteur sonnera 3 fois) et pas dans le sens ancillaire, sens qui ne s’applique qu’à la catégorie précitée des bosseuses.
Je sais ce que je dis. J’avais une copine bonne, à Béziers. Et elle trimait dur, croyez-moi, pour une Bitterroise.
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Côté garçons, rien n’est plus simple. On prend une folle hypergloussante, ivre de décadence qui va réhausser le niveau culturel indigent des pétasses.
Une folle polyglotte à blason, monarchiste, bem educada, jeitosa, vaidosa, petit doigt en l’air, «petites fesses grosse bagnole» (Knock-le-Zout Tango, Merci Jacques Brel). Une plus folle que les folles, mais sans le secours du talent de Michel Serrault. Une qui force le trait au point de basculer dans la vulgarité bouffonne, ce qui plait ENOR-ME-MENT.
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Monsieur de Château-Blanc de Mesdeux: boa, stick, gants blancs, Chanel, Hermes
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On va lui opposer son contraire, un peón brésilien bâti comme un gorille, réputé fort en queue et sévèrement burné (il tourne des films X), mais gentil, doux comme un agneau, arrangeant, inventif, à toutes mains et bosseur. Le modèle même du bom rapaz, le bon jeune homme qui ferait un bon gendre.
Rien à voir avec Rocco Siffredi qui n’est qu’une verge arrogante, rien qu’une verge, démesurée il est vrai, ce qui force le respect dans les parties honteuses de l'opinion.
L'opposition n'est que physique, car les deux extrêmes vont composer un jeu d'aveugle et de paralytique, former un couple d'amis indissociables, comme pour démontrer qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
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Voilà pour les premiers rôles. Les seconds couteaux seront des hommes braves ne pissant pas très loin, mais braves. Des bons garçons dans le genre de feu Sacha Distel. Et alors ? Et alors rien.
Il ne se passe rien en dehors d’une idylle entre le gorille et une guenon, vite bouzillée dans l’œuf par le peuple souverain qui chaque semaine, assène son jugement sommaire et fait tomber des têtes.
Handemol® les remplace.
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Vélage à l'hacienda (photo JCP)
Bis repetita placent(a)
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Il ne se passe rien en dehors de travaux quotidiens, d'adorables mais inaudibles babillages de dortoir (filmés en infarouge), de saynettes divertissantes et d’intrigues de pétasses (surtout de la part des fausses blondes), l’arrivée du chariot de ravitaillement des Mousquetaires « mais barato não hà », de chienchiens qui estourbissent des poules ou bouffent à la fourchette dans l’écuelle du Fossile (l’ex d'un prince, lit-on dans les magazines, qui gouverne selon le principe de Peter*).
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Pétasse chef en très bas-relief
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On y voit aussi des vaches qui s’entreforniquent rien que pour déclencher une bonne saillie de Quitte au But, dit La Comtesse :
– My God ! es lesbica, querida ! Jamais Salomè ! (en français dans le texte. Très chic, au Portugal, de glisser un mot français rimaillant)
Il y a quand même des temps forts, telle l’arrivée à l’Hacienda de l’épouse du beau prince De Mesdeux, de trente ans son aînée. Une Américaine de salon dont le visage aurait fait florès dans un film de Fellini sur le thème de l’inéluctable et irrésistible écroulement du flan caramel quand il a perdu de sa fraîcheur originelle.
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La guest star, telle qu'en elle même l'éternité la ruine
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Comme la first lady momentanée de la Hacienda est couverte jusqu’à l’éruption généralisée de bijoux rutilants, le peuple bande.
Il bande au milieu de sa misère noire, en dépit du rachitisme de son SMIC et de ses pensions, de son chômage, de son absence d’avenir, l’Avenir étant toujours réservé au rêve.
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C’est ça le miracle de Handemol ®.
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Effets indésirables :
Handemol ® peut rendre encore plus con tout ce qui risquerait de l'être déjà.
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* NDR : Allusion au fameux Principe de Peter qui veut que « Dans toute hiérarchie constituée, chaque employé tende à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence ».
Ce principe sacré est un trend très tendance, comme dit ma coiffeuse-visagiste. C’est si vrai qu’aujourd’hui, des princes tombent par terre par la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau par la faute à Rousseau.
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Premier ministre déchu qui ne pissait pas plus loin que le bout de son nez, mais qui avait l'immense vertu d'avoir concubiné avec Pétasse Chef, ce qui renforçait considérablement la légitimité de cette dernière.
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Comme disait Corneille:
Et monté sur le faîte, il aspire à descendre
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Ben voyons Elvira, ça tombe sous le sens! Ce n'est pas un psychodrame qui se joue, le spectacle est entièrement fabriqué. Le montage recoud le patchwork et donne l'impression de continuité. Et c'est relayé par la presse people qui n'a jamais eu autant de boulot à fournir aux photographes, rédactrices, imprimeurs. C'est la seule chose positive.
Rédigé par : JCP | 10/12/2004 à 18:44
En plus, j'ai vaguement entendu dire (lectures bloguesques) que tout est magouillé, chez les pourceaux de la "Quinta". Ils auraient des téléphones mobiles, l'électricité, le coiffeur à domicile et le cuistot... lamentable!
Rédigé par : Elvira | 10/12/2004 à 18:05
PS: savais-tu que c'est en France que cette émission a eu sa plus grande audience?
Rédigé par : Elvira | 01/12/2004 à 10:53
Tu es drôlement bien docu(l)menté, dis-moi! Même pour en rire, je n'arrive pas à regarder les émissions Handemol ®. La follasse m'horripile. Quelle moche image pour la communauté gay...
Connais-tu nos compositeurs portugais des XIX/XX siècle? Francisco de Lacerda, José Armando Fernandes, Luiz Costa, etc.... J'ai l'impression qu'à part moi, personne ne les connaît..!
Rédigé par : Elvira | 01/12/2004 à 10:05